samedi 18 février 2017

"Socialisme crépusculaire" et présidentielles...



Dans son livre (à succès) Le crépuscule des socialistes en Haute-Vienne, Robert Savy, ancien député et ancien président du Conseil régional du Limousin (région rayée d'un trait de plume par François Hollande...), écrit en conclusion que "le moment est peut-être venu pour les socialistes et pour toute la gauche d'engager une réflexion sur la manière de rendre leurs valeurs vivantes, localement, en France et en Europe, dans la société du XXIème siècle". C'est vraisemblablement ce qu'ont aussi voulu dire les électeurs limousins au second tour de la primaire socialiste en votant majoritairement pour Benoît Hamon et en désavouant de la sorte les élus qui, à l'exception notable de Jean-Claude Peyronnet, soutenaient Manuel Valls, et donc s'affichaient comme solidaires de son bilan. Comme le dit le philosophe Jean-Claude Michéa, "depuis son origine, la "gauche" (...) s'est toujours définie comme ce parti du "mouvement" et du "progrès" dont les ennemis constitutifs ne pouvaient être, par définition, que le "vieux monde", le "conservatisme" et la "réaction" (de ce point de vue, Macron est l'homme de gauche par excellence). La force de la critique sociale originelle (...) c'est (...) d'avoir tout de suite compris que la principale menace à laquelle l'humanité allait désormais se voir confrontée se situait (...) dans l'avènement progressif d'un ordre entièrement inédit. Celui que symbolisait ce nouveau monde industriel libéral (...) dont les premiers effets déshumanisants étaient du reste déjà clairement perceptibles." Et Michéa de citer Engels en 1845: "Partout indifférence barbare, dureté égoïste d'un côté et misère indicible de l'autre, partout la guerre sociale, la maison de chacun en état de siège, partout pillage réciproque sous couvert de la loi, et le tout avec un cynisme, une franchise tels qu'on est effrayé des conséquences de notre état social et qu'on ne s'étonne plus de rien, sinon que tout ce monde fou ne soit pas encore disloqué." (Le Nouvel Observateur, 9/02/2017). Cette remarque est d'une sidérante actualité, la situation s'est d'autant plus dégradée avec le passage au capitalisme financier et à sa mondialisation, ainsi qu'à la destruction de l'environnement. On s'étonne alors d'autant plus qu'une réflexion du Parti Socialiste, sociale, écologique... n'ait pas eu lieu lorsque François Hollande dirigeait le parti, ce qui a eu - entre autres résultats - pour conséquence cette "navigation à vue", parfois très éloignée des valeurs de la gauche, conduite (?) en particulier par François Hollande, Emmanuel Macron à Bercy et Manuel Valls à Matignon, sans parler de Najat Vallaud-Belkacem. L'idée d'une déchéance de nationalité, la "loi travail", la réforme du collège, la refonte des régions (...) ont suscité des oppositions parfois particulièrement vives et/ou tendues. Et, contrairement à ce que pourrait faire croire la communication gouvernementale, c'est toujours le cas. Il est étonnant que les "grands" élus du Limousin ne l'aient, pour la plupart (à l'exception de ceux de Creuse), pas compris, ce qui témoigne, finalement, d'une sorte d'éloignement des préoccupations du terrain, au point d'apparaître conservateurs. « C’est le signe d’une absence de flair politique, a observé Jean-Claude Peyronnet, ancien sénateur P.S. Ce vote correspond à ce que veulent les électeurs de gauche. » Rien qu'en Haute-Vienne, la participation, en hausse de près de 20 % au second tour de la primaire, a largement profité à Hamon. Au lendemain du vote, Gérard Vandenbroucke, n° 2 de la Nouvelle Aquitaine, soutien de Valls, déclarait: « Entre deux programmes, un réaliste et un autre laissant la part à l’envie et au rêve, il semble que les électeurs aient fait le choix de l’envie et du rêve. Mais le réalisme, ça peut aussi éviter des désillusions. » (Le Populaire du Centre, 30/01/2017). Comment ne pas se rendre compte, à l'issue d'un quinquennat qui ne permet même pas à François Hollande de se représenter, que c'est lui qui est responsable des désillusions? Désormais, les trois candidats socialistes aux élections législatives doivent préparer leur (ré)élection, avec Benoît Hamon comme nouvel homme fort, légitimé par les primaires. Ils doivent faire campagne alors que le P.S. a déçu et qu'il est à bout de souffle et que, localement, il a subi nombre de revers. Seule la suite (présidentielles, législatives...) va permettre de mesurer où en est le vieux parti d'Epinay, s'il survit difficilement ou s'il a la force et l'intelligence de se réformer - nationalement et localement. 

Il est bien compliqué pour le commentateur politique, même historien, de travailler sérieusement aujourd'hui, tant cette Vème République, elle-même à bout de souffle, semble moribonde en ce moment d'élections. Les surprises qui émaillent la campagne (élimination de Juppé, renoncement d'Hollande, montée en puissance de Macron, choix d'Hamon, ennuis de Fillon, etc.) ne facilitent pas l'analyse. Il y a un an, Jacques Attali affirmait qu'on ne connaissait pas alors celui qui serait président. Peut-être avait-il raison. En 2016, il affirmait toutefois qu'Emmanuel Macron "fait partie de cette nouvelle génération dont le pays a besoin. Je l'ai dit il y a longtemps et je continue à le penser : les Français aimeraient élire un inconnu, ils aimeraient faire table rase de la classe politique. De ce point de vue, Emmanuel Macron représente le désir des Français de remplacer totalement leur classe politique. Les Français veulent une révolution." (France Info, 26/10/2017) Mais ce qui semble certain, c'est que malgré ses propres casseroles, Marine Le Pen est en passe non seulement d'être au second tour mais, désormais, de gagner l'élection présidentielle. Une vague de mécontentement, vieille de plusieurs années, de décennies, nourrie par la désillusion (Sarkozy, Hollande), le mépris, l’écœurement, la souffrance (professionnelle, territoriale, personnelle...) alimente cette probabilité que seuls les aveugles ne veulent pas voir. Les affaires d'argent qui plombent la campagne des Républicains la renforcent comme, à ce jour, la désunion de la gauche (Jadot, Mélenchon, Hamon). Tandis que les socialistes confient en off  qu'ils pourraient n'avoir qu'une cinquantaine de circonscriptions, les stratèges du F.N. avancent qu'il pourrait y avoir un triomphe de leur parti en cas de victoire de Marine Le Pen. Tout est incertain, et l'on ne croit plus les sondages. En tout cas, les législatives seront au moins aussi importantes que la présidentielle pour la suite. 

Et, localement, mais nous y reviendrons probablement, la situation spécifique - l'évolution - sur la commune de Limoges, où la pauvreté et l'incertitude sociale semblent aussi gagner du terrain, pourrait surprendre. Les résultats électoraux devront donc y être finement analysés afin d'envisager les prochaines municipales.

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