mardi 25 juillet 2017

L'échec mémorable du Parti Socialiste aux législatives de 2017

Laurent Lafaye, candidat battu, 1er secrétaire fédéral du P.S. de la Haute-Vienne, vice-président du Conseil départemental
(c) Le populaire du Centre
 
 
La Haute-Vienne - de même que Limoges - n'est plus une "terre socialiste". Les trois circonscriptions, jusqu'alors tenues par Catherine Beaubatie (depuis l'éviction de Monique Boulestin en 2012), Alain Rodet et Daniel Boisserie, ont été perdues lors des élections législatives de 2017. Y compris donc dans la circonscription d'Alain Rodet, réputée "imperdable", où se présentait Laurent Lafaye, candidat malheureux aux précédentes sénatoriales. Vice-président du Conseil départemental il est toujours, à ce jour, à la tête du P.S. haut-viennois. 
En parcourant les archives de ce blog, on lira des articles commentant la décrépitude progressive et annoncée du P.S. local (y compris notre billet précédent sur les apparatchiks), dont la première et retentissante défaite a été celle des municipales à Limoges. Nous n'y reviendrons pas pour expliquer la défaite aux législatives, mais il faut les garder en mémoire. De même le livre de Robert Savy, Le crépuscule des socialistes, chez Geste Editions, qui portait un titre prophétique. Pourtant, tout le bilan socialiste à Limoges, en Haute-Vienne, en Limousin, n'était pas à jeter, loin de là! Ce sont sans doute les pratiques qui ont d'abord été sanctionnées.
Si les perdants ont pris pour "excuse" la déferlante "En marche" pour expliquer leur cuisant échec, cela ne saurait suffire car des éléments locaux et nationaux sont intervenus. Il est évident que la calamiteuse présidence de François Hollande, sa déplorable communication, la politique mise en oeuvre par son gouvernement et soutenue par la majorité des députés sortants, a grandement contribué au tsunami macronien. Beaucoup d'élus socialistes limousins, semble-t-il, n'ont pas saisi combien la population était loin d'être enchantée par la réforme territoriale imposée par surprise, non annoncée lors de la campagne présidentielle, et si mal préparée (le Limousin passant du Centre à l'Aquitaine en peu de temps...). Elle est toujours impopulaire auprès de ceux qui commencent à en comprendre les effets néfastes. De même que les errements calamiteux concernant le train, la dégradation de la ligne historique Paris-Limoges-Toulouse (Limoges-Bénédictins va-t-elle se transformer en musée dans un jour prochain?), au profit de projets plus qu'incertains d'une L.G.V. inutile entre Limoges et Poitiers, fantasme mollement défendu par Hollande et définitivement remisé par l'actuel président. Il est vraisemblable que la modification des rythmes scolaires aura joué un rôle et, plus encore, l'inepte réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem (battue elle-même aux législatives) qui aura vraisemblablement privé le P.S. d'une part non négligeable de son électorat enseignant traditionnel. Bien entendu, la politique sociale-libérale menée en particulier par Hollande-Valls-Macron plutôt que l'aide aux plus fragiles attendue d'un exécutif "de gauche", la volonté d'imposer la "loi travail" et l'idée de la déchéance de la nationalité, ont entraîné le rejet que l'on sait, parfois violent. Néanmoins, tous les "grands élus" socialistes de la Haute-Vienne ont soutenu la candidature de Manuel Valls aux primaires. Or, c'est Hamon qui a gagné, dans le département, comme nationalement. En février 2017, Laurent Lafaye répondait aux questions de Françoise Pain, de France Bleu Limousin; par exemple à celle-ci: "Mais comment défendre l'abrogation de la loi travail alors que vous l'avez soutenue ? Je ne vais pas tomber dans la schizophrénie ! J'assume toujours. Je n'oublie pas et Benoît Hamon non plus n'oublie pas que dans la loi travail, il y a aussi des avancées, comme la garantie jeunes, et je pense qu'il en tiendra compte." Pourtant, il y avait bien un peu de schizophrénie. Et lorsque le responsable du P.S. déclarait, à propos de François Fillon, qu'il éprouvait à son égard "le sentiment d'une déconnexion (...) C'est révélateur de la distance qu'il y a entre certains politiques et la population", il ne semblait pas se rendre compte lui-même, comme les socialistes en général, y compris le président de la République qui avait quand-même été empêché de se représenter (!), que les Français, dans les usines, les bureaux, les salles des professeurs, sur les marchés, reprochaient la même chose à tous les partis politiques traditionnels, en particulier au Parti Socialiste (qui a perdu son nom jusqu'à l'Assemblée Nationale!). Déconnexion totale, en effet! 
On a eu l'impression, pendant cinq ans, que François Hollande et le P.S. naviguaient "à vue"; comme si, pendant les longues années passées dans l'opposition n'avaient pas servi à préparer un projet, mais uniquement ces fameuses "synthèses" mixant un peu tout et n'importe quoi, au gré des écuries de tel ou tel. Une pauvreté intellectuelle, en quelque sorte. Lorsque l'on va sur le site du P.S. de la Haute-Vienne, on ne trouve en page d'accueil qu'un billet du 15 mai annonçant les réunions publiques des candidats, mais aucun "bilan", deux mois après, de l'élection. De même lorsque l'on clique sur "Les publications" dans la "Tribune du premier secrétaire", on ne trouve que deux billets de 2013, dont un intitulé "Mobilisons-nous pour l'enquête publique LGV". Lorsque l'on suit ce lien, on obtient: "Erreur 404 La page que vous recherchiez n'existe pas"... Quant au dernier numéro de L'espoir en ligne, c'est celui de décembre 2016, où l'on pouvait lire notamment: "A l’image du gouvernement, nos parlementaires Haut-Viennois ont su porter des réformes de progrès tout en faisant remonter les problématiques locales grâce à une action de proximité auprès des citoyens de leur circonscription. Oui la gauche au pouvoir a réalisé de grandes réformes, adaptées à la réalité du pays et en adéquation avec son idéal." Il semble bien que les électeurs n'aient pas été convaincus. 
Alors, quel avenir pour ce parti, dont les quelques députés élus ont abandonné le mot socialiste pour se transformer en "nouvelle gauche"? Sans doute serait-il souhaitable qu'une prise de conscience ait lieu et qu'elle soit exprimée, une auto-critique, si l'on veut. Sans doute faudrait-il qu'un profond renouvellement ait lieu, des responsables et des idées. Le groupe Nouvelle Gauche a déclaré: "Attachés à reconstruire une alternative, c'est-à-dire une capacité à assumer demain la responsabilité de l'Etat, les députés du groupe Nouvelle Gauche  participeront activement à l'indispensable réinvention de la gauche. En ce sens, toutes les propositions, tous les amendements du groupe porteront la double marque de la crédibilité et de la volonté maintenue de transformer durablement notre société." Quant à la direction collégiale du P.S., dont Hamon est parti, elle déclare s’atteler à établir une « feuille de route de la rénovation » qu’elle devrait présenter à la fin août, avant de la soumettre  au vote des militants. Le tout avant l’organisation d’un congrès, prévu pour le début de l’année 2018. Mais repartir sur les mêmes pratiques, les mêmes jeux d'appareils locaux et nationaux serait mortel. Il faudrait ouvrir les fenêtres en grand pour changer d'air. Pas certain que cela se fasse sans résistances, ici comme ailleurs. La rénovation complète est pourtant le gage de la reconquête, surtout qu'en Limousin comme nationalement, le P.S. est face à la France Insoumise qui incarne aujourd'hui - quoi que l'on pense d'elle - une gauche combattive, au macronisme (qu'il a réchauffé en son sein au gouvernement), aux Républicains et au Front National, qui progresse et devient même électarelement dangereux dans l'ex-capitale régionale limousine.

samedi 18 mars 2017

Apparatchik, un métier vieux comme le monde

Lors d'une récente et captivante rencontre au Café littéraire à Limoges, le socialiste critique Robert Savy, juriste éminent, ancien adjoint au maire de Limoges, ancien député de la Haute-Vienne et surtout ancien président de la Région Limousin - unanimement reconnu ou presque - a évoqué, parmi les causes du déclin actuel du Parti Socialiste une sorte de systématisation du politicien professionnel, totalement coupé de la société. Une dérive qui affecte non seulement ce parti mais les autres également. Mais c'est d'autant plus déplorable pour les partis qui devraient être proches et à l'écoute du peuple. Le constat de Robert Savy est partagé également par René Dosière, qui dénonce depuis de nombreuses années gabegie, mauvaise gestion et pratiques douteuses dans l’organisation de nos finances publiques et signe un nouvel ouvrage: Argent, moral et politique (Seuil), préfacé par Jean-Louis Debré. Député rocardien de l’Aisne et ancien vice-président de l’Assemblé nationale, Dozière s’est fait connaître par son travail scrupuleux et tenace sur la gestion des finances publiques. Il est l’auteur notamment de L’argent caché de l’Élysée (2007), L’argent de l’État (2012), L’État au régime (2012). Les deux hommes proposent, chacun à leur manière, de prendre des mesures qui limiteraient le fait que la politique soit un métier. 
Que les élus connaissent la "valeur travail" dont certains parlent tant, ou les difficultés réelles des Français. Qu'ils sachent ce que c'est d'avoir de vrais horaires, un patron, des contraintes, et qu'ils entendent ce qui se dit à la cantine ou à la machine à café. Sans doute cela serait-il profitable pour eux, mais indéniablement pour la politque, conduite aujourd'hui par nombre de gens qui apparaissent comme "hors-sol" aux électeurs et alimente, avec les excès financiers, les emplois familiaux, la non transparence financière, un populisme désormais dangereux et va alimenter les votes à la présidentielle et aux législatives. Combien sont-ils, ces apparatchiks, ces membres de la nomenklatura, qui, comme au vieux temps de l'U.R.S.S., ne doivent leur salaire et leur ascension qu'au parti? Combien sont-ils à avoir connu ces carrières qui conduisent, après deux ou trois ans à l'Université, d'un mouvement ou d'un syndicat de jeunesse à un cabinet ou une permanence parlementaire puis à un poste d'élu sans avoir jamais connu Pôle Emploi ni, finalement, ce qu'est la "vraie vie"? Les exemples se trouvent à foison en région (en Limousin, on a longtemps parlé de plassou pour désigner les postes ou le travail obtenu par accointance politique) et nationalement. Manuel Valls, titulaire d'une licence d'histoire, jeune socialiste puis attaché parlementaire, élu conseiller régional, membre du cabinet de Rocard, administrateur de la MNEF, délégué interministériel, membre du cabinet de Lionel Jospin, élu municipal, député, maire d'Evry, etc. Le parcours de Benoît Hamon est similaire - y compris la licence d'histoire... Bien entendu, tout cela est parfaitement légal mais payé par l'argent des impôts - locaux ou sur le revenu.
Quelles solutions? Elles seront difficiles à prendre, tant la professionnalisation dont on parle concerne de plus en plus d'élus, dont ceux qui font les lois... Mais on peut toujours rêver. Fixer, radicalement, un âge minimum pour accéder à la fonction de député, par exemple? Limiter, bien entendu, le nombre des membres des cabinets, à tous les échelons? Nommer comme membres de ces cabinets des gens ayant exercé une profession dans le champ de leur compétence? Avoir obligatoirement exercé une profession véritable (et non fictive) avant de pouvoir devenir élu ou membre de cabinet ou assistant parlementaire? Et plus largement, réformer de fond en comble la Constitution, en y introduisant également une dose de tirage au sort, tout comme les Athéniens qui inventèrent la démocratie. Et, puisque l'on parle d'eux, on relira avec plaisir et intérêt le Gorgias de Platon. 



samedi 18 février 2017

"Socialisme crépusculaire" et présidentielles...



Dans son livre (à succès) Le crépuscule des socialistes en Haute-Vienne, Robert Savy, ancien député et ancien président du Conseil régional du Limousin (région rayée d'un trait de plume par François Hollande...), écrit en conclusion que "le moment est peut-être venu pour les socialistes et pour toute la gauche d'engager une réflexion sur la manière de rendre leurs valeurs vivantes, localement, en France et en Europe, dans la société du XXIème siècle". C'est vraisemblablement ce qu'ont aussi voulu dire les électeurs limousins au second tour de la primaire socialiste en votant majoritairement pour Benoît Hamon et en désavouant de la sorte les élus qui, à l'exception notable de Jean-Claude Peyronnet, soutenaient Manuel Valls, et donc s'affichaient comme solidaires de son bilan. Comme le dit le philosophe Jean-Claude Michéa, "depuis son origine, la "gauche" (...) s'est toujours définie comme ce parti du "mouvement" et du "progrès" dont les ennemis constitutifs ne pouvaient être, par définition, que le "vieux monde", le "conservatisme" et la "réaction" (de ce point de vue, Macron est l'homme de gauche par excellence). La force de la critique sociale originelle (...) c'est (...) d'avoir tout de suite compris que la principale menace à laquelle l'humanité allait désormais se voir confrontée se situait (...) dans l'avènement progressif d'un ordre entièrement inédit. Celui que symbolisait ce nouveau monde industriel libéral (...) dont les premiers effets déshumanisants étaient du reste déjà clairement perceptibles." Et Michéa de citer Engels en 1845: "Partout indifférence barbare, dureté égoïste d'un côté et misère indicible de l'autre, partout la guerre sociale, la maison de chacun en état de siège, partout pillage réciproque sous couvert de la loi, et le tout avec un cynisme, une franchise tels qu'on est effrayé des conséquences de notre état social et qu'on ne s'étonne plus de rien, sinon que tout ce monde fou ne soit pas encore disloqué." (Le Nouvel Observateur, 9/02/2017). Cette remarque est d'une sidérante actualité, la situation s'est d'autant plus dégradée avec le passage au capitalisme financier et à sa mondialisation, ainsi qu'à la destruction de l'environnement. On s'étonne alors d'autant plus qu'une réflexion du Parti Socialiste, sociale, écologique... n'ait pas eu lieu lorsque François Hollande dirigeait le parti, ce qui a eu - entre autres résultats - pour conséquence cette "navigation à vue", parfois très éloignée des valeurs de la gauche, conduite (?) en particulier par François Hollande, Emmanuel Macron à Bercy et Manuel Valls à Matignon, sans parler de Najat Vallaud-Belkacem. L'idée d'une déchéance de nationalité, la "loi travail", la réforme du collège, la refonte des régions (...) ont suscité des oppositions parfois particulièrement vives et/ou tendues. Et, contrairement à ce que pourrait faire croire la communication gouvernementale, c'est toujours le cas. Il est étonnant que les "grands" élus du Limousin ne l'aient, pour la plupart (à l'exception de ceux de Creuse), pas compris, ce qui témoigne, finalement, d'une sorte d'éloignement des préoccupations du terrain, au point d'apparaître conservateurs. « C’est le signe d’une absence de flair politique, a observé Jean-Claude Peyronnet, ancien sénateur P.S. Ce vote correspond à ce que veulent les électeurs de gauche. » Rien qu'en Haute-Vienne, la participation, en hausse de près de 20 % au second tour de la primaire, a largement profité à Hamon. Au lendemain du vote, Gérard Vandenbroucke, n° 2 de la Nouvelle Aquitaine, soutien de Valls, déclarait: « Entre deux programmes, un réaliste et un autre laissant la part à l’envie et au rêve, il semble que les électeurs aient fait le choix de l’envie et du rêve. Mais le réalisme, ça peut aussi éviter des désillusions. » (Le Populaire du Centre, 30/01/2017). Comment ne pas se rendre compte, à l'issue d'un quinquennat qui ne permet même pas à François Hollande de se représenter, que c'est lui qui est responsable des désillusions? Désormais, les trois candidats socialistes aux élections législatives doivent préparer leur (ré)élection, avec Benoît Hamon comme nouvel homme fort, légitimé par les primaires. Ils doivent faire campagne alors que le P.S. a déçu et qu'il est à bout de souffle et que, localement, il a subi nombre de revers. Seule la suite (présidentielles, législatives...) va permettre de mesurer où en est le vieux parti d'Epinay, s'il survit difficilement ou s'il a la force et l'intelligence de se réformer - nationalement et localement. 

Il est bien compliqué pour le commentateur politique, même historien, de travailler sérieusement aujourd'hui, tant cette Vème République, elle-même à bout de souffle, semble moribonde en ce moment d'élections. Les surprises qui émaillent la campagne (élimination de Juppé, renoncement d'Hollande, montée en puissance de Macron, choix d'Hamon, ennuis de Fillon, etc.) ne facilitent pas l'analyse. Il y a un an, Jacques Attali affirmait qu'on ne connaissait pas alors celui qui serait président. Peut-être avait-il raison. En 2016, il affirmait toutefois qu'Emmanuel Macron "fait partie de cette nouvelle génération dont le pays a besoin. Je l'ai dit il y a longtemps et je continue à le penser : les Français aimeraient élire un inconnu, ils aimeraient faire table rase de la classe politique. De ce point de vue, Emmanuel Macron représente le désir des Français de remplacer totalement leur classe politique. Les Français veulent une révolution." (France Info, 26/10/2017) Mais ce qui semble certain, c'est que malgré ses propres casseroles, Marine Le Pen est en passe non seulement d'être au second tour mais, désormais, de gagner l'élection présidentielle. Une vague de mécontentement, vieille de plusieurs années, de décennies, nourrie par la désillusion (Sarkozy, Hollande), le mépris, l’écœurement, la souffrance (professionnelle, territoriale, personnelle...) alimente cette probabilité que seuls les aveugles ne veulent pas voir. Les affaires d'argent qui plombent la campagne des Républicains la renforcent comme, à ce jour, la désunion de la gauche (Jadot, Mélenchon, Hamon). Tandis que les socialistes confient en off  qu'ils pourraient n'avoir qu'une cinquantaine de circonscriptions, les stratèges du F.N. avancent qu'il pourrait y avoir un triomphe de leur parti en cas de victoire de Marine Le Pen. Tout est incertain, et l'on ne croit plus les sondages. En tout cas, les législatives seront au moins aussi importantes que la présidentielle pour la suite. 

Et, localement, mais nous y reviendrons probablement, la situation spécifique - l'évolution - sur la commune de Limoges, où la pauvreté et l'incertitude sociale semblent aussi gagner du terrain, pourrait surprendre. Les résultats électoraux devront donc y être finement analysés afin d'envisager les prochaines municipales.

lundi 23 janvier 2017

Environ 9 000 votants de moins qu'en 2011 pour le 1er tour de la Primaire du PS en Haute-Vienne

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Le P.S. n'aura pas pu éviter, à nouveau, des cafouillages de comptabilité, mais il est clair que Benoît Hamon est bien arrivé en tête de la primaire organisée par son parti, avec pour invités quelques petits candidats autorisés. Au moment où j'écris ces lignes, fort du soutien d'Arnaud Montebourg, il semble favori du second tour face à Manuel Valls, qui doit assumer une large partie du bilan Hollande (dont l'usage répété du 49.3, l'idée de la déchéance de la nationalité, la loi travail, la réforme contestée du collège, les cadeaux fiscaux aux entreprises sans contrepartie, etc.). Apparatchik socialiste comme Manuel Valls, Benoît Hamon s'est cependant imposé comme le chef des "frondeurs" et comme le leader, devant Montebourg, de la gauche du Parti Socialiste - parti dont le chef n'aura guère brillé durant le mandat hollandais. Il aura su imposer ses thèmes de campagne (comme François Fillon à droite), en particulier le revenu universel, concept tout à fait légitime à gauche, en tout cas plus que le CICE! Très fragilisé, le Parti Socialiste va devoir résister à ce schisme profond entre "social-libéralisme" vallsien (qui avait été rejeté en 2011) et coup de barre à gauche. Certains proches de l'ancien 1er ministre évoquant déjà en catimini - selon France 2 - leur possible ralliement à Emmanuel Macron en cas de victoire de Benoît Hamon.

En Limousin - d'après les chiffres communiqués par Le Populaire du Centre le 23 janvier - Manuel Valls - soutenu par tous les "grands" élus - arrive en tête en Haute Vienne (38,43% contre 32,55% pour Hamon), en Corrèze également (où quelques facétieux un peu masochistes ont glissé des bulletins au nom de François Hollande... - 37,43% contre 33,65%), mais la Creuse s'affirme plus à gauche, en donnant 41,52% des voix à Hamon contre 31,98% à l'ancien 1er ministre. Michel Vergnier, député-maire de Guéret, soutenait d'ailleurs Benoît Hamon. On note que dans les deux départements où Valls est en tête, Hamon ne décroche pas. A Tulle, fief hollandais, Valls ne devance son rival que d'une trentaine de voix. A Limoges, seuls 2% les séparent. Finalement, le soutien de tous les "grands" élus haut-viennois n'a pas été aussi suivi qu'ils auraient pu le penser. « Soutenir Manuel Valls, avait pourtant déclaré Laurent Lafaye, candidat aux législatives sur l'ancienne circonscription d'Alain Rodet, c’est une forme de reconnaissance de l’action menée. C’est de la cohérence. »

Mais ce qui est très frappant et, il faut bien le dire, guère étonnant, par rapport à la primaire de 2011, c'est que si plus de 11 000 personnes se sont déplacées pour voter, leur nombre est inférieur d'environ 9 000 par rapport à 2011. Une importante baisse, comme à l'échelon national, qui témoigne manifestement du désamour des habitants du département par rapport au P.S. et à ses alliés, mais également de leur déception par rapport à la politique menée par François Hollande depuis 5 ans et Manuel Valls de mars 2014 à décembre 2016. Mais - qui sait ? - la dynamique Benoît Hamon va peut-être déplacer les sympathisants qu'il reste au P.S. vers les bureaux de vote? 

Après la possible victoire de Benoît Hamon, certains pourraient rêver d'une union de la gauche, avec Yannick Jadot (le programme de Hamon prend en compte les problèmes environnementaux) et, pourquoi pas, avec Jean-Luc Mélenchon. Un an après la commémoration - discrète il est vrai, notamment en Limousin - de 1936, cela aurait du sens. Seule l'union permet la victoire. Et puis ce serait une belle façon de renouer avec l'esprit de Jean Jaurès, dont on se souvient du discours à la jeunesse, en 1903: " (...) le courage, c’est d’aimer la vie et de regarder la mort d’un regard tranquille ; c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense. Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. » Mais on est loin du compte et puis Macron, Fillon et Le Pen sont en embuscade...



 

samedi 7 janvier 2017

Georges Guingouin au cinquantenaire de la Libération de Limoges (1994)

(c) L. Bourdelas

En 1994, j'eus la chance d'assister aux commémorations de la Libération de Limoges, en présence de Georges Guingouin. Je pus le photographier à l'issue d'un discours fort. On distingue également sur la photo Marcel Rigout, vice-président ADS du Conseil général, ancien directeur du journal communiste L'Echo du Centre, Alain Rodet, et Roland Dumas, au garde-à-vous, fils du résistant Georges Dumas, fusillé en 44 par les nazis, lui-même résistant à 20 ans, plus tard avocat de Guingouin.

Limoges, le Comte de Clermont et le barbichet... (1987)

 (c) L. Bourdelas

En 1987, avec le soutien de François Mitterrand, président de la République, avait eu lieu partout en France la commémoration du Millénaire Capétien - Hugues Capet ayant été élu roi de France par ses pairs en 987.
La revue Analogie, que je dirigeais, avait contribué à cette commémoration en organisant un colloque à l'Université de Limoges - Sciences humaines, dont les actes furent publiés dans son n°2, avec le soutien des Editions du CNRS. Elle participa par la suite activement au Bicentenaire de la Révolution Française.
A l'occasion de ce Millénaire, Limoges reçut la visite d'Henri d'Orléans, comte de Clermont, fils du Comte de Paris. Il fut notamment reçu par le président de la CCI, par Louis Longequeue, alors sénateur-maire, qui lui remit la médaille de la Ville de Limoges, et par Robert Savy, président du Conseil régional du Limousin. Visitant une exposition à la B.U., il fut également accueilli par un groupe folklorique et des musiciennes en barbichet, ce qui lui plut beaucoup. 
A l'occasion d'un repas privé place Fontaine des Barres, était aussi présent Stéphane Bern, qui venait de créer le magazine Dynasties.
Le lendemain, il assista en compagnie de son épouse à un concert de l'ensemble Organum en la collégiale de Saint-Léonard-de-Noblat, suivi d'un dîner auquel je participais, en présence de Michel Bernard, député RPR. Henri d'Orléans est aujourd'hui Comte de Paris.

lundi 2 janvier 2017

Le logo contesté de la Nouvelle Aquitaine

Le nouveau logo de la Nouvelle Aquitaine
sur les grilles de l'ancien Conseil régional du Limousin
1er janvier 2017
Après le "bloc provisoire" de quelques mois facturé 6 400 euros H.T. par l'agence bordelaise Citron Pressé, selon Sud-Ouest (ce qui faisait scandaleusement cher l'inscription "Région Aquitaine Limousin Poitou-Charentes"!), la Nouvelle Aquitaine dispose d'un nouveau visuel de communication.
C'est un lion qui sied bien au nouveau duc d'Aquitaine, le puissant Alain Rousset. En langage institutionnel, cela donne: "l’identité visuelle de la Région Nouvelle-Aquitaine est déployée depuis le 16 décembre 2016. Après la fusion des 3 ex-Régions Aquitaine, Limousin, Poitou-Charentes, elle est l’illustration de l’histoire commune des trois territoires et le symbole du nouveau défi relevé par la nouvelle entité." Les communicants de la région précisent: "un logo pour l’ensemble de la communication corporate (sic) et institutionnelle de la collectivité. Le logo se décline en 2 versions, verticale et horizontale." Nostalgie de l'ancien duché, on indique aussi qu'a été créé un blason "pour la communication protocolaire du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine. Son utilisation est strictement réservée au conseil régional." On comprend bien que, depuis le Moyen Âge, le blason a une autre gueule (pour employer le langage héraldique) qu'un vulgaire logo. La Ville de Limoges l'a bien compris, qui réutilise les anciennes armoiries avec saint Martial. 




(site du Conseil régional de la Nouvelle Aquitaine)



Bien entendu, dès que l'on voit ce blason ou ce logo, on songe immédiatement aux armoiries de Richard Coeur de Lion:


C'est dire si le communicant - sans doute respectueux, cette fois, de l'argent des contribuables (même si l'on attend de connaître le montant de la facture) - n'a pas été chercher trop loin. Après tout, Richard Ier d'Angleterre (1157-1199) fut incontestablement un Aquitain: il fut notamment, duc d'Aquitaine et comte de Poitiers. Le fils d'Aliénor fut d'ailleurs couronné duc d'Aquitaine à Limoges et trouva la mort non loin, à Châlus-Chabrol. On nous dit aussi que le tracé des nouvelles limites de la région formerait une tête de lion, dont le profil serait calqué sur la façade atlantique - pourquoi pas? Quant à la la crinière, elle symboliserait les eaux: fleuves et rivières qui la parcourent. Mais comme le fait remarquer France 3: "si la tête du fauve est censée suivre les nouvelles frontières de la région, elle oublie plusieurs départements : La Vienne, les Deux-Sèvres, et la Creuse. Dans ce département Limousin, nous avons constaté une certaine frustration, teintée de résignation." Il faut dire que les Limousins n'étaient guère enthousiastes à l'idée de l'intégration de leur ancienne région dans la nouvelle - une réforme territoriale mal ficelée qui n'avait pas été annoncée dans le programme de François Hollande en 2012 - a-t-elle aussi contribué à cette grande impopularité qui l'a empêché de se représenter? En novembre 2015, l'ancien président du Conseil régional du Limousin Robert Savy - homme de grande valeur - déclarait à La Montagne qu'avec cette réforme, "il s’agit visiblement de conforter l’empire colonial d’une métropole (Bordeaux). Et ce sera d’autant plus difficile que les élus limousins seront 24 dans la grande assemblée, sur 183 élus. Pour se faire entendre, il faudra que chacun soit très bon…" 
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Mais à peine le nouveau logo de la Nouvelle-Aquitaine est-il dévoilé que beaucoup - comme Le Canard enchaîné - s'étonnent de sa similitude avec celui du Territoire de Belfort! Selon France Bleu, la directrice de la communication de la région Nouvelle-Aquitaine, Aurélie Loubes, se défend : "Notre service juridique a identifié 5 720 dépôts de logos utilisant la tête de lion. En plus, les couleurs et la crinière du notre sont très différents de celui de Belfort". Cette dernière affirmation est, on en conviendra, tirée par les poils de la crinière, tant les teintes sont proches (peut-être un peu plus bordeaux pour l'Aquitaine, ce qui serait normal...)! 
Selon l'institution départementale, "le logo du Conseil général du Territoire de Belfort, adopté le 15 novembre 2005, représente, de manière stylisée, la tête du lion de Bartholdi, symbole de la ville de Belfort, la gueule formant la lettre "C" des mots "Conseil général", ces derniers surmontés du nom du territoire, le tout dans des couleurs rouge carmin et jaune olive. Le logo se veut fédérateur et doit permettre d'identifier facilement le Conseil général, ses actions et de traduire la modernité du département." L'arrivée de celui de la Nouvelle-Aquitaine va un peu brouiller les choses et il sera plus difficile d'identifier l'un ou l'autre territoire. Même si on note que le lion aquitain tourne la tête vers la gauche, comme son président, et celui de Belfort vers la droite, comme Florian Bouquet, président Les Républicains.
On verra donc qu'en pense l'Inpi (Institut national de la propriété industrielle), qui n'a pas encore validé le logo de la Nouvelle-Aquitaine, mais reconnaissons qu'il s'agit là, pour le moins, d'une maladresse de la part de professionnels en théorie spécialistes de la communication.