lundi 18 juillet 2016

La disparition de Frédéric Bazin



 Photos ci-dessus: en juin 2007, Frédéric Bazin propose une exposition sur la presse underground à la Bfm de Limoges, lors de mon festival "Revues et bla bla bla"

En 2006, Frédéric propose un stand de la librairie Livresse au Pavillon du Verdurier, dans le même cadre


Un grand ami s'en est allé.

Je le connaissais depuis le début des années 1980, depuis qu'il avait encouragé ma revue littéraire naissante, Analogie. Et notre amitié, fidèle, était discrète. Il m'a finalement plus prouvé la sienne que moi la mienne...
Frédéric avait créé la librairie de livres anciens Livresse, qui voyagea de Limoges à Brive en passant par Feytiat. J'y trouvais régulièrement mon bonheur.
Frédéric était aussi l'âme du salon du livre ancien de Limoges - à l'occasion duquel je l'ai vu pour la dernière fois à la Toussaint 2015. Il y a trop longtemps, avant que le crabe accomplisse son oeuvre dévastatrice. J'aimais y vagabonder, y découvrir des merveilles, y rencontrer des amis.
L'un de nos meilleurs moments aura sans doute été son invitation à dédicacer dans sa librairie briviste mon essai L'ivresse des rimes. "Tu comprends, dans ma librairie Livresse, je ne pouvais pas faire autrement". Nous avions beaucoup parlé, il s'était un peu livré et puis, en fin d'après-midi, nous avions partagé un vin de Bourgogne qu'il avait débouché pour la circonstance...
A partir d'aujourd'hui, il reposera dans la terre du Lot, et je ne l'oublierai jamais.


dimanche 10 juillet 2016

Réaménagement de la place de la République à Limoges: le changement, c'est maintenant!



Ci-dessus, photographies de la photothèque de Paul Colmar publiées dans notre livre Limoges années 1950 1960 1970 chez Geste Editions (2015):
destruction de l'ancien mail de la place, du théâtre Berlioz, vue aérienne de l'ancien cirque-théâtre.


On ne reviendra pas sur les destructions et constructions malheureuses de l'ère Longequeue. La place de la République - ancienne place Royale - a été irrémédiablement abimée, pour laisser place à une architecture années 60 qui lui a enlevé tout son cachet. Les vestiges de l'abbaye Saint-Martial qui n'ont pas disparu ont été alors entassés dans une crypte sur le côté, dont l'entrée était particulièrement mal mise en valeur, à la périphérie du parking souterrain.
Pendant quatre décennies, habitants et touristes ont foulé une triste place grise, à peine égayée par un bassin et un manège, puis par des terrasses, sans souvent savoir que leurs pas les conduisaient sur les traces d'une formidable abbaye médiévale dont je parle dans mon Histoire de Limoges (Geste Editions, 2014): c'était un lieu de spiritualité, et encore plus de culture, avec ses ateliers d'orfèvrerie, d'émaillerie, ses expériences musicales, en lien avec les troubadours, la réflexion architecturale qu'on y mena - le tout sur l'itinéraire du pèlerinage de Saint-Jacques. Lieu exceptionnel dans le royaume de France et au sein de la Chrétienté européenne. Jusqu'à il y a peu, rien ne le rappelait.
A la faveur de fouilles conduites ces dernières années, grâce à l'impulsion d'associations comme Renaissance du Vieux Limoges, mais aussi d'avis donnés par divers historiens et spécialistes du patrimoine - y compris sur ce blog - la place de la République et son (ré)aménagement sont devenus un enjeu politique, surgi notamment au moment de la campagne des élections municipales de 2014 qui vit la victoire de la liste UMP-centre droit conduite par Emile-Roger Lombertie. Incontestablement, comme Vincent Léonie, adjoint chargé du patrimoine, Xavier Lhermite, archéologue et moi-même, le disions dans l'émission de Jérôme Cadet "Les informés du Tour" lors du passage du Tour de France à Limoges, on constate un renouveau de l'intérêt des Limougeauds pour leur patrimoine, et pour cette place centrale, et l'actuelle municipalité l'a bien compris - faire un aménagement réussi du lieu serait pour elle un pas important vers une nouvelle victoire. Le marché de Noël redynamisé qui s'y déroule désormais montre combien la place de la République pourrait redevenir un lieu de vie incontournable du centre-ville. La municipalité de droite veille scrupuleusement à écouter la population sur ce sujet et à l'informer, par exemple du résultat des fouilles conduites: cela passe par des panneaux explicatifs in situ et des soirées à l'opéra-théâtre, qui surprennent par le nombre élevé des personnes présentes... Notons que l'éphémère mais réactif mouvement "Nuit Debout", né de la déception face à la politique de François Hollande et à la "loi travail", s'est installé sur cette place, lui conférant une symbolique politique (c'était aussi là que c'était cristallisé l'opposition au Front National entre les deux tours de l'élection de 2002).

L'heure est désormais aux décisions.
Les fouilles conduites sur la place ont montré leur grand intérêt.

Cliquer ici à ce sujet

Désormais, l'heure est à l'aménagement. Nous avons déjà écrit sur ce blog à ce propos. Il est évident que la tradition d'enfouissement qui a prévalu à Limoges depuis des dizaines d'années, en particulier pour les vestiges gallo-romains (notamment d'Augustoritum, sur l'emplacement de l'actuelle médiathèque), doit en partie cesser. Les Limougeauds le veulent, les touristes en feront leur miel. Depuis presque dix ans, la ville a obtenu le label Ville d'art et d'histoire, mais n'a pas réalisé le Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine (CIAP) que prévoit la convention. Certes, le Musée des Beaux-Arts accueille de belles salles consacrées à l'histoire de la ville, mais on doit envisager leur déplacement raisonné vers une nouvelle structure dédiée - libérant ainsi par ailleurs de nouveaux espaces pour montrer les oeuvres en réserve au musée. Se pose la question de l'implantation du Centre: soit un bâtiment nouveau place de la République (attention à l'architecture, par pitié!), ou l'utilisation de deux bâtiments situés non loin de la place, dont un appartient déjà à la Ville et bénéficie d'une très belle architecture: le pavillon du Verdurier (mais serait-il assez grand?) qui pourrait être associé, dans une démarche dynamique de parcours, à la chapelle du lycée Gay-Lussac rénovée - c'est un lieu historique important, que l'on a connu très visité à l'époque des biennales de l'émail qui mériteraient d'être réinventées! L'autre lieu, idéalement situé à une porte du centre-ville, entre place Jourdan et place de la République, étant l'ancien hôtel de commandement militaire, très beau bâtiment à réhabiliter, doté d'un joli parc... Endroit où l'équipe centre-droit de Pierre Coinaud rêvait d'aménager un musée de l'impressionnisme.
La présence des vestiges médiévaux mis en valeur et l'éventuel CIAP suffiraient à drainer un large public - c'est le cas, à travers la France, de tous les lieux antiques ou médiévaux ainsi présentés (Bavay, par exemple, dans le Nord).
Mais cet aménagement ne saurait suffire. Il faut réfléchir à l'esthétique - sans tomber dans les excès contemporains qui avaient par exemple prévalu place d'Aine ou la froideur de la place de la cathédrale, revoir le revêtement. Bien entendu maintenir les terrasses, peut-être remettre un bassin (repensé) en eau, pourquoi pas un manège, un simple boulodrome festif - amusant en centre-ville et toujours automatiquement investi, remis à la mode par la culture bobo, bordé d'arbustes ou de fleurs, préserver un espace pour des activités ponctuelles  et de la végétation décorative au moins sur les pourtours.

Place Fournier avant le réaménagement de la place de la République
Photothèque Paul Colmar/Limoges années 1950 1960 1970 (Geste Editions, 2015)

L'occasion - en cas de volonté politique vraiment ambitieuse - de repenser le plan de circulation. Supprimer les places de stationnement de la rue Saint-Martial, rendre celle-ci piétonne et remettre en valeur la place Fournier et la statue de Jeanne d'Arc. Impliquer la direction des Galeries Lafayette pour qu'ils envisagent une autre décoration que celle, colorée mais décatie, des années 70 qui borde les escaliers. Mener avec les autres commerçants une réflexion à propos des façades. Et surtout: réserver la rue Jean Jaurès aux piétons, cyclistes et trolleys, pour en faire un lieu de promenade et commercial charmant, entre la place et les autres rues piétonnes.Voilà près de 25 ans que cette réflexion a été menée à Strasbourg et ailleurs, ne désespérons pas pour Limoges!
On le voit, les enjeux, historiques, culturels, urbains et politiques, économiques, sont d'envergure. Il ne saurait être question de les ignorer ou de ne faire que des "mesurettes": c'est une partie de l'avenir de notre ville qui se joue aujourd'hui. Bien entendu, ce réaménagement ne saurait occulter d'autres aménagements nécessaires: l'entrée de ville des Casseaux et les bords de Vienne (port du Naveix, four à porcelaine...); mise en valeur du baptistère aujourd'hui à l'abandon; mise en valeur également du four à porcelaine situé derrière l'hôtel de police...
Pour ces réflexions, ces combats, les édiles nous trouveront toujours à leurs côtés.