jeudi 29 octobre 2015

mardi 27 octobre 2015

En 1935, un album de caricature contre la réélection de Léon Betoulle à la mairie de Limoges...


Léonard (Léon) Betoulle est  né en 1871 à Limoges où il est mort en 1956. Il détient le record de longévité à la tête de la mairie de Limoges, soit 38 années cumulées. Il est membre de la SFIO. En 1905, il participe au lancement du journal Le Populaire du Centre.
Conseiller municipal puis adjoint au maire de Limoges, Emile Labussière, il démissionne en 1906, conduit une liste composée de nombreux élus démissionnaires de la majorité sortante, mais il est battu par le conservateur François Chénieux. Il conquiert finalement la mairie en 1912 en battant le Docteur Adrien Desbrières (Louis Goujaud, le mieux élu de la liste, doit céder à Léon Betoulle le fauteuil de maire lors d’une élection où les ponticauds présents à l’Hôtel de Ville conspuent son adversaire. Le ponticaud meurt huit ans plus tard et un monument est érigé par souscription à la mémoire de cet « ami du peuple »). Il est réélu en 1919, 1925, 1929 et 1935.
Il fut par ailleurs député, sénateur et président du Conseil général de la Haute-Vienne. 
Pour en savoir plus, on lira les articles écrits par l'historien Vincent Brousse dans le quotidien L'Echo au moment des élections municipales de 2014 et mon Histoire de Limoges, parue chez Geste Editions.
Au moment des élections municipales de 1935, est publié un livret grand format, en noir et blanc, signé Anthéor et Max, imprimé par la Société des journaux et publications du Centre, intitulé Les fossoyeurs de Limoges
On notera de nombreuses allusions (à volonté malveillantes), par exemple à la franc-maçonnerie, très présente à Limoges. Egalement à la tradition du "plaçou" consistant à donner un travail aux amis politiques... A la construction également, de logements sociaux. A Limoges, l’Office Public des Habitations à Bon Marché (O.P.H.B.M.) naît en 1919. Il doit remédier à l’état déplorable du logement des catégories populaires en cette période d’entre-deux-guerres. La municipalité socialiste engage un important programme de construction. De 1924 à 1956, l’O.P.H.B.M. livre 1 800 logements, sur huit sites différents. L’agréable cité-jardin de Beaublanc, construite par Roger Gonthier, en est le premier exemple. Elle se compose de 202 logements allant du deux au quatre pièces (avec gaz, électricité, eau courante), dans des petits bâtiments en pierre de deux niveaux avec jardin individuel pour chaque famille et des équipements collectifs (lavoirs, bains douche). En 1929, les premiers immeubles de la Cité des Coutures voient le jour (trop proches de la gare… selon les bourgeois). La construction s’achève en 1932. 540 logements, dotés du confort, sont répartis dans des bâtiments de quatre étages, avec des équipements collectifs et des commerces en pied d'immeuble. 25 ans plus tard, une troisième tranche de 75 logements est ajoutée aux deux premières. (A la fin des années 2000, deux cages d'escaliers de la rue Pressemane sont démolies, afin d'ouvrir l'intérieur de la cité.) Divers ouvrages et témoignages ont montré combien ces cités populaires avaient marqué ceux qui y avaient habité, combien un « esprit » propre s’y était développé. Les Coutures furent un lieu de résistance, pendant la guerre, mais aussi au moment des luttes sociales, par exemple en mai 1968. De 1936 à la veille de la seconde guerre mondiale, Limoges se dote de quatre nouvelles cités, de différents styles architecturaux : Casimir Ranson, Léon Betoulle, Ernest Ruben, Victor Thuillat (du nom du Vénérable des « Artistes Réunis » qui oeuvra à la transformation de Naugeat en hôpital spécialisé et à la réalisation de cités ouvrières), soit 524 logements. Mais les besoins en logements sont loin d'être satisfaits et le nombre de logements insalubres augmente. En 1950, les Habitations à Bon Marché deviennent les Habitations à Loyer Modéré (H.L.M.). L'Office H.L.M. de Limoges construit le Mas-Neuf, une partie de la cité du Docteur Jacquet, rehausse la cité Victor Thuillat d'un cinquième étage et adjoint un bâtiment à la Cité Casimir Ranson (soit 220 logements). En 1954, suite à l'appel de l'Abbé Pierre, les cités d'urgence sortent de terre (deux cités d'urgence, rue Colette et Paul Eluard : 100 logements), suivies par les logements populaires familiaux " LOPOFA " (Docteur Jacquet 100 logements) et les opérations Millions (Raoul Dautry : 120 logements). Ces constructions de logements sociaux s’accompagnent de l’organisation de colonies de vacances et de centres aérés qui permettent aux jeunes limougeauds modestes d’aller prendre l’air sur les rivages de l’océan ou à la campagne. Michel Laguionie a montré comment les francs-maçons (très présents dans l’entourage du maire) s’étaient préoccupés du développement des œuvres post et périscolaires, s’intéressant par exemple de près au Mas-Eloi.
Est également abordée la "stagnation" limougeaude. Progressivement, Limoges se désindustrialise : la porcelaine (frappée par la crise de 1929), malgré des efforts incontestables de modernisation, décline, tout comme la chaussure. Le nombre d’ouvriers diminue. Parce qu’elle perd de son attractivité, parce que ses enfants sont frappés par les guerres, Limoges voit sa population stagner : passant de 93 000 habitants en 1911 à 107 000 en 1954.
De même parle-t-on du Front Populaire réunissant les socialistes, les communistes et les radicaux face à la droite et surtout l'extrème droite, particulièrement menaçante depuis le 6 février 1934. On notera au passage que Léon Blum est représenté comme la presse antisémite aime le caricaturer... 
Je vous en propose ici la numérisation (collection personnelle, tous droits réservés), car il s'agit d'un beau document historique... 


































































Le retour des armoiries de Limoges...


Les armoiries de Limoges ("de gueules, au chef de Saint Martial de carnation, orné à l’antique d’or, ombré de sable, entre deux lettres gothiques d’or S et M ; au chef d’azur, chargé de trois fleurs de lis d’or") avaient été adoptées au Moyen Âge par les consuls de la ville, en hommage à l'évangélisateur du Limousin, sur le tombeau duquel fut construite la grande abbaye que l'on sait. Le chef de France fut attribué en 1421 par le dauphin Charles, le futur roi Charles VII, en hommage à la résistance des habitants, bourgeois et consuls de la ville contre les Anglais, "pour accroître leur cœur à servir la couronne de France de mieux en mieux." Depuis lors, au fil des siècles, les Limougeauds apprécièrent ces armoiries. En témoignent les représentations à l'Hôtel de Ville inauguré le 14 juillet 1883: dès la façade, sous l'horloge, le visiteur peut contempler un cartouche en pierre; dans l'escalier d'honneur, un vitrail représente les armoiries avec l'inscription (qui n'est pas anodine): "Officina Diligentia" (l'atelier du travail bien fait); sur la face nord de la fontaine: l'effigie de saint Martial; sur un médaillon de la cheminée du salon bleu (ex-salle du conseil), avec la devise: "Spes Mea Deus" (Dieu, mon espoir); en fond de l'actuelle salle du conseil, deux blasons sont frappés aux armes de la ville: ils ont été réalisés en 1970 par l'émailleur Georges Magadoux. 
Mais en 1991, la municipalité a souhaité "moderniser" son image - et sans doute la laïciser - en remplaçant dans sa communication les anciennes armoiries par un "logo" symbolisant les arts du feu (Eric Fabre - Agence Signis). 

Bien entendu, cela ne plut pas à certains défenseurs du patrimoine historique de la ville, comme le juriste Alain Texier, qui fonda l’association Blason ( Bannir Les Abandons Systématiques des armOiries ancieNnes) pour s’opposer à la vogue des logos. 
Les anciennes armoiries ont cependant fait leur retour - depuis les dernières élections municipales remportées par la liste d'Emile-Roger Lombertie - sur la une du magazine municipal Vivre à Limoges, à côté du logo. Nul doute qu'au moment où il est question - comme nous l'avons maintes fois espéré ici depuis la création de ce blog - de réhabiliter la place de la République et de mieux mettre en valeur - souhaitons-le! - les vestiges de l'abbaye, le souvenir de Martial a toute sa légitimité.



dimanche 18 octobre 2015

La disparition de Jean-Marie Masse, qui fit de Limoges une capitale européenne du jazz


Le génial fondateur du hot club de jazz, dont je fus membre, vient de disparaître à Limoges. Un hommage à la hauteur de ce qu'il apporta à la ville doit lui être rendu! J'espère de tout coeur qu'une rue de Limoges portera prochainement son nom et que son impressionnante discothèque sera conservée et mise en valeur comme il se doit. 



samedi 17 octobre 2015

L'étrange référendum du Parti Socialiste

Votons pour faire gagner l'unité!

Dans Le Populaire du Centre du vendredi 16 octobre, une photographie de Laurent Lafaye, responsable de la Fédération socialiste de la Haute-Vienne, "inquiet du possible score de l'extrême droite dans certaines régions", et un titre: "Un référendum contre toutes les droites". Ce qui n'est plus tout à fait la même chose (on se souvient de François Mitterrand fustigeant le F.N. mais pratiquant l'ouverture vers le centre-droit). Donc, face aux difficultés de son parti et à celles du gouvernement et du président de la République (qui bat des records d'impopularité), Jean-Christophe Cambadélis a sorti de son chapeau un référendum que les petites mains du P.S. (très vivement encouragées par courriels et appels téléphoniques) sont chargées d'aller organiser sur les places et les marchés, y compris de Limoges et du Limousin. Une question: "Face à la droite et à l'extrême droite, souhaitez-vous l'unité de la gauche et des écologistes?". La ficelle politicienne est un peu grosse. Et l'on peut légitimement se poser la question suivante: qui est responsable de la désunion actuelle de la gauche? Le P.S.? Ou ce qu'il est convenu d'appeler "la gauche de la gauche" (les Verts ne comptant pas beaucoup aujourd'hui et le spectacle qu'ils donnent n'y étant pas pour rien)? 
Certes, la désunion favorise toujours les défaites, comme ce fut le cas lors des élections municipales à Limoges en 2014. Mais le P.S. et le gouvernement ont-ils fait la moindre autocritique? La politique menée par François Hollande et Manuel Valls est-elle respectueuse du programme et des promesses de 2012? Et même les déclarations faites, par Emmanuel Macron ou le premier ministre, par exemple, sont-elles de grandes déclarations "de gauche"? (35h, statut des fonctionnaires, conflits sociaux, etc.). La réforme des collèges - très impopulaire - est-elle de gauche? La multiplication des vacataires à l'Education Nationale va-t-elle dans le bon sens? La multiplication des cars sur les routes de France est-elle écologique? La non fermeture de la centrale de Fesseinheim (Sortir du nucléaire) est-elle raisonnable? Le pacte de stabilité a-t-il favorisé les employés et les ouvriers? Où en est la grande réforme bancaire et fiscale annoncée? Etc. Autant de questions et parfois de renoncements qui ont divisé la gauche, y compris à l'intérieur du Parti Socialiste, et très vite provoqué le désamour. La déception va avoir, dès les prochaines élections et après, au moins deux conséquences: une abstention massive des électeurs habituels du P.S. (comme les enseignants) et l'inexorable progression, malheureusement, de l'extrême-droite, particulièrement chez des populations qui se sentent abandonnées, comme l'ont montré les analystes politiques et les géographes - on se souvient d'une captivante conférence à ce sujet par Philippe Grandcoing et Vincent Brousse à la Bfm de Limoges après les Départementales.  
Corinne Moriel-Darieux, co-fondatrice du Parti de Gauche, parle d'esbroufe au sujet du référendum. Elle déclare: "C'est le PS, en menant une politique d'austérité, libérale et productiviste au gouvernement, qui a divisé la gauche. Et il tenterait de se refaire une santé par un référendum pour mieux masquer ses errements ? Retraites, droit du travail, austérité, cadeaux aux lobbies et au MEDEF... Pourquoi ne demande t-il pas plutôt, par réferendum, si les Français souhaitent qu'une politique de gauche soit enfin appliquée dans notre pays !" Mais, a-t-on envie de répliquer, la réponse à cette question pourrait surprendre... Elle pourrait même être: "non". On sait combien les sondages peuvent être trompeurs (ils donnaient pratiquement Lionel Jospin président de la Rpublqiue...), mais ils ne sont actuellement guère favorables à la gauche - si ce n'est dans la grande région Aquitaine. 
Jean-Christophe Cambadélis a déjà affirmé qu'il prendrait une initiative importante au lendemain des résultats de ce référendum (dont on se demande par ailleurs comment il peut être représentatif de ce que veulent les Français...). Cette initiative sera-t-elle la même quelque soit le résultat? Dans ce cas pourquoi faire le référendum, alors? Autant passer directement à l'initiative... 
Une question pourtant primordiale est évacuée aussi par ce référendum, c'est celle du rapprochement possible entre P.S. et centre-droit - puisqu'ils ont en commun certaines valeurs, même s'ils s'en défendent (après tout, François Bayrou avait voté pour François Hollande et certaines déclarations humanistes d'Alain Juppé, en bon disciple de Montaigne, sont clairement plus proches des idées d'une gauche intelligente que du F.N.).
Il se murmure qu'une stratégie possible du président de la République pour 2017 serait de se présenter (malgré les déclarations improbables à propos de l'évolution de la courbe du chômage) pour être le candidat de toute (?) la gauche contre l'extrême-droite. Certains pensent même que ce référendum serait le premier acte de cette comédie qui, souhaitons-le, ne virera pas à la tragédie.

samedi 10 octobre 2015

Parution du "beau livre" LIMOGES ANNEES 1950 1960 1970 chez Geste Editions (L. Bourdelas/P. Colmar)


La cathédrale et le pont St-Etienne, années 1970 (c) J.M. Bourdelas
L'une des photographies de cet ouvrage

Il est des périodes historiques contemporaines que l’on croit bien connaître car on pense s’en souvenir. Des faits, des paysages et des images, des personnes, même, qui nous semblent encore assez proches. C’est le cas des années 1950 – 1960, que nous pouvons avoir vécues, jeunes adultes ou enfants. Mais chacun sait que les souvenirs sont parfois illusoires, toujours incomplets, inconstants. J’aime assez cette phrase de Jules Supervielle : « les souvenirs sont du vent, ils inventent les nuages. »[1] L’historien doit donc être – comme toujours mais peut-être encore plus – très vigilant lorsqu’il envisage cette période.
Cette époque (1945 – 1973), c’est celle des « Trente Glorieuses », pour reprendre l’expression de Jean Fourastié – même si elles ne le furent pas pour tous. Une « révolution invisible » s’opère : l’économie de la France, blessée par la guerre, repart – c’est d’ailleurs un moment de quasi plein emploi –, la croissance est forte, le baby boom est en cours, ainsi que l’apport bénéfique de l’immigration, même si celle-ci n’a pas été toujours bien traitée. C’est encore le temps de « la fin des paysans », selon Henri Mendras : les années 1950 sont celles de l’exode rural. Un monde de traditions séculaires s’effondre. La « modernité » est en marche, le progrès scientifique s’amplifie, la société de consommation apparaît (le premier hypermarché voit le jour en 1963) – c’est le règne de l’électro-ménager et de l’automobile. Boris Vian s’en amuse dans La complainte du progrès. L’habitat s’améliore, comme le niveau d’éducation et celui de la santé de la population. Les femmes et la jeunesse émergent, se révoltent, s’affirment et obtiennent plus de droits. La culture évolue et se « démocratise », radio, télévision et magazines sont en plein développement. La musique pop se fait entendre grâce aux électrophones. Après la fin de la guerre d’Algérie en 1962, la France ne connaît plus la guerre sur son sol. De même le pays participe-t-il activement à la politique européenne. On a donc pris l’habitude de considérer cette embellie comme un âge d’or, une parenthèse enchantée. Certains en furent cependant exclus.
Limoges est, comme les autres villes du pays et à son rythme, partie prenante de ces différentes évolutions. Elle va passer en douceur du statut de ville moyenne à celui de capitale régionale. Quitter l’ère du maire Léon Betoulle pour celle de Louis Longequeue, élu le 10 décembre 1956[2]. Le boom démographique y a bien lieu, à Limoges même – avec une population qui gagne près de 37 000 habitants entre 1954 et 1975 pour atteindre 144 000 habitants – et surtout dans toute son aire urbaine. Un vaste programme de construction se met en place, en particulier de logements sociaux ; des pavillons individuels font aussi leur apparition. Les quartiers périphériques se développent (c’est le temps des cités et des Z.U.P.), tandis que subsistent un certain temps des quartiers anciens et parfois insalubres, en attendant la future gentrification. Des terrains de sport voient le jour, à commencer par le parc de Beaublanc, envisagé dès avant la guerre ; des espaces verts se développent. Jusqu’au milieu des années 1970, le Centre hospitalier jouxte l’Hôtel de Ville, à l’emplacement de la Bibliothèque francophone multimédia actuelle. Limoges est aussi une ville culturelle, qui abrite en son sein, tout au long de ces années, des lieux de théâtre (Jean Vilar y fait un triomphe en 1955) et de musique (elle devient capitale du jazz grâce à Jean-Marie Masse), des musées, des émailleurs inventifs, mais aussi des artistes d’importance – ne citons parmi d’autres que le plasticien dadaïste Raoul Hausmann ou le peintre Claude Viallat – et des écrivains et poètes de grand talent, parmi lesquels : Georges-Emmanuel Clancier, Robert Margerit, ou encore Joseph Rouffanche[3].
En 1954, à Limoges, le secteur primaire atteignait 2,29 % de la population active ayant un emploi, le secteur secondaire 43,23 % et le secteur tertiaire 54,48 %. En 1982, le tertiaire représentait 63,38 % et le secondaire 31,03 %[4]. Si Limoges accueille Renault véhicules industriels et Legrand, la grande ville ouvrière (chaussure, porcelaine…) et des luttes sociales du 19ème siècle est devenue une ville de services (administration, commerces), dont les habitants votent régulièrement pour le Parti Socialiste.
Il y eut à Limoges, sans doute plus que dans certaines autres villes, dans la période contemporaine – disons à partir de la fin du 19ème siècle – des démolitions qui, sans doute, auraient pu être évitées, même si elles furent justifiées par la nécessité, la volonté, d’aménager la ville, de l’assainir (y compris moralement), de la moderniser. Léon Betoulle (maire socialiste de 1912 à 1956) écrivit à ce sujet : « Le Passé ne saurait suffire, il faut vivre le Présent et envisager l’Avenir ! Et lorsque des sacrifices sont devenus nécessaires, il faut savoir les accomplir, avec regret, peut-être, mais sans récriminations »[5] ; cette philosophie moderniste faillit conduire à la destruction du pont Saint-Etienne ! Des destructions ou des enfouissements eurent bien lieu au 20ème siècle, des statues disparurent. En réaction à certains projets, des citoyens se mobilisèrent pour éviter le pire : Jean Levet et Renaissance du Vieux Limoges sauvèrent le quartier de la Boucherie – l’association continuant aujourd’hui à se mobiliser –, il fallut sauver au moins la façade de l’ancien Hôpital Général (incluse dans la Bibliothèque Francophone Multimédia) ou empêcher la destruction du Ciné-Union, haut lieu du coopératisme ouvrier (devenu Centre Dramatique National du Limousin). En 2008, Limoges est entrée dans le réseau des « Villes d’art et d’histoire » label décerné par le ministère de la Culture aux collectivités qui mettent en valeur leur patrimoine et le font connaître auprès de leurs habitants et visiteurs. C’est dire s’il demeure des choses intéressantes à voir, à découvrir, et même à mettre en valeur, sans doute.
Ouvrez ce livre, précieux grâce à la formidable collection photographique du journaliste Paul Colmar, sa « photothèque ». Ancien journaliste et photographe de presse (Centre-Presse, Centre-France), celui-ci a constitué au fil du temps un véritable musée de vues (photographies, cartes postales) de la Haute-Vienne et de Limoges au fil des temps – il possède même une pièce unique : la photo de la capitale régionale la plus ancienne connue à ce jour, un daguerréotype de 1845 qui montre la rue des Taules, aujourd'hui disparue. Paul – passionné d’histoire locale – a la grande générosité de permettre à ses concitoyens d’avoir accès à ces photographies exceptionnelles, en les mettant à la disposition de ses confrères journalistes ou des historiens. C’est d’ailleurs un homme agréable avec qui il fait bon travailler, dans son appartement-musée situé au cœur de Limoges. En effet, il ne ménage pas son temps pour faire aboutir les projets qui permettent de dévoiler le paysage ancien ou plus récent, et donc – surtout ? – d’analyser, de comprendre ce que fut la ville et ce qu’elle est devenue, au-delà de la simple nostalgie.
C’est ce que je m’efforce de faire – en sa compagnie – dans cet ouvrage qui nous permet d’appréhender ce que fut Limoges au temps des « Trente Glorieuses » et nous la fait aussi regarder aujourd’hui avec plus d’acuité et, sans doute, de sympathie. Et puis, comme l’écrivit Marguerite Yourcenar, « quand on aime la vie, on aime le passé parce que c’est le présent tel qu’il a survécu dans la mémoire humaine. »[6]



[1] Le Corps tragique, Gallimard, 1959.
[2] Histoire de Limoges, Geste Editions, 2014.
[3] L. Bourdelas, Du pays et de l’exil Un abécédaire de la littérature du Limousin, Les Ardents Editeurs, 2008.
[4] Histoire de Limoges, Privat, 1989, p. 291.
[5] Cité par M. Toulet in « 2000 ans de vandalisme 4e partie : le long XIXe siècle 1814-1913 », Bulletin de liaison Renaissance du Vieux Limoges, n° 72, février 2015, p. 31.
[6] Mishima ou la Vision du vide, Gallimard, 1981.