vendredi 16 janvier 2015

Après Charlie Hebdo, à Limoges et ailleurs


Je lis Charlie Hebdo, comme Libération, depuis les années 70, lorsque j'étais lycéen à Gay-Lussac, à Limoges. Mon père lui-même lisait parfois Hara-Kiri, que j'essayais de récupérer car certaines photos émoustillaient ma jeunesse collégienne... Ainsi, je me souviens fort bien du soutien à la campagne de Coluche, dont j'ai d'ailleurs republié la profession de foi dans ma revue L'Indicible frontière il y a quelques années.

Mon exemplaire de Charlie matin du mardi 17 mars 1981

Je pourrais écrire, moi aussi: "je suis Charlie", vraiment et sincèrement, puisque j'achetais le canard dans ma maison de la presse à la campagne. Parfois, bien entendu, j'y lisais des choses qui m'énervaient et je laissais passer quelques numéros avant de retourner l'acheter. Nous n'étions plus très nombreux, puisque fin 2014, Charlie avait des difficultés financières. Ses idées, ses dessins, ses prises de position n'étaient guère relayées par le reste de la presse ni dans le public. 
En tête de gondole, c'était plutôt Eric Zemmour, Houellebecq était dans les starting-blocks comme un révélateur, Dieudonné faisait le plein (près d'un millions de fans sur Facebook), la Manif pour tous défilait contre le mariage homosexuel, Bfm TV annonçait que les Français aimeraient passer leur réveillon avec Marine Le Pen, le talentueux écrivain corrézien Richard Millet avait signé un Eloge littéraire d'Anders Breivik, bref, la "France moisie" dont avait parlé Philippe Sollers en 1999 était toujours là: «Elle était là, elle est toujours là ; on la sent, peu à peu, remonter en surface : la France moisie est de retour. Elle vient de loin, elle n’a rien compris ni rien appris, son obstination résiste à toutes les leçons de l’Histoire, elle est assise une fois pour toutes dans ses préjugés viscéraux. Elle a son corps, ses mots de passe, ses habitudes, ses réflexes (...) Elle a son catalogue de clichés qui finissent par sortir en plein jour, sa voix caractéristique. Des petites phrases arrivent, bien rancies, bien médiocres, des formules de rentier peureux se tenant au chaud d’un ressentiment borné. Il y a une bêtise française sans équivalent, laquelle, on le sait, fascinait Flaubert. L’intelligence, en France, est d’autant plus forte qu’elle est exceptionnelle. La France moisie a toujours détesté, pêle-mêle, les Allemands, les Anglais, les Juifs, les Arabes, les étrangers en général, l’art moderne, les intellectuels coupeurs de cheveux en quatre, les femmes trop indépendantes ou qui pensent, les ouvriers non encadrés, et, finalement, la liberté sous toutes ses formes. La France moisie, rappelez-vous, c’est la force tranquille des villages, la torpeur des provinces, la terre qui, elle, ne ment pas, le mariage conflictuel, mais nécessaire, du clocher et de l’école républicaine. C’est le national social ou le social national. Il y a eu la version familiale Vichy, la cellule Moscou-sur-Seine. On ne s’aime pas, mais on est ensemble. On est avare, soupçonneux, grincheux, mais, de temps en temps, La Marseillaise prend à la gorge, on agite le drapeau tricolore. On déteste son voisin comme soi-même, mais on le retrouve volontiers en masse pour des explosions unanimes sans lendemain. L’Etat ? Chacun est contre, tout en attendant qu’il vous assiste. L’argent ? Evidemment, pourvu que les choses se passent en silence, en coulisse. Un référendum sur l’Europe ? Vous n’y pensez pas : ce serait non, alors que le désir est oui. Faites vos affaires sans nous, parlons d’autre chose. Laissez-nous à notre bonne vieille routine endormie. La France moisie a bien aimé le XIXe siècle, sauf 1848 et la Commune de Paris. Cela fait longtemps que le XXe lui fait horreur, boucherie de 14 et humiliation de 40. Elle a eu un bref espoir pendant quatre ans, mais supporte très difficilement qu’on lui rappelle l’abjection de la Collaboration (...)" Lors de la campagne présidentielle 2007, j'avais pour ma part également écrit dans Libération tout ce qu'il y avait à craindre d'un Ministère associant identité nationale et immigration.
Charlie, c'était l'anti-France moisie, c'était l'esprit libertaire issu de 68 (on a envie d'écrire: "le bon" 68, pas celui des commissaires du peuple, mais celui des anars et utopistes sympathiques), celui par exemple d'Alexandre le bienheureux d'Yves Robert avec Philippe Noiret, Marlène Jobert et toute une chouette distribution...
"Le travail, je m'en fous, je suis en vacances pour la vie!", cette réplique du film me fait songer avec émotion aux dessins de Wolinski, au regard à la fois féministe et si attendri sur les femmes, que je partage. Charlie, pour moi, c'était aussi l'assurance de retrouver régulièrement Cabu, que je lisais depuis Le Grand duduche et qui aimait le jazz, comme moi. Je le considérais comme un grand frère, plus que comme un père. Et puis il y avait tous les autres, jusqu'à Philippe Lançon, blessé dans l'attentat, qui écrivait à la fois dans Charlie et dans Libé, qui m'a fait découvrir tant de livres et d'auteurs, avec sa plume exceptionnelle... Charlie, c'était l'irrévérence talentueuse (et aussi une autre cause qui m'est chère, animale, celle-ci). 



Sans doute étions-nous animés un peu par l'esprit Charlie lorsque nous avons été plusieurs, dans les années 70, à lancer des journaux lycéens dans notre bahut, lorsque ce n'était pas encore à la mode (la preuve, cela m'avait valu une convocation dans les locaux des Renseignements Généraux, rue Fitz-James à Limoges, mais aussi une lettre de menaces assortie de croix gammées, que j'ai conservée en "souvenir"...). Le meilleur, je m'en souviens, le plus authentiquement Charlie avait pour titre Sciences Infuses et j'en garde de rares exemplaires. 
Alors, comme beaucoup, l'attentat et l'horrible semaine qui a suivi m'a sidéré. J'ai absorbé des images, des informations, j'ai tenté de gérer mes émotions, mais aussi celles de mes jeunes fils et de mes élèves collégiens, avec qui il a fallu pêle-mêle expliquer en urgence ce qu'était le journal, reparler de la liberté d'expression, des droits de l'homme et du citoyen, de la démocratie (toutes choses déjà au programme par ailleurs), de l'épineuse question de la représentation du prophète qui n'est pas interdite par le Coran, fils et élèves qu'il a fallu rassurer aussi.
Le soir-même de l'attentat, nous étions d'ailleurs plusieurs, avec l'écrivain limougeaude Maud Mayéras, à appeler sur les réseaux sociaux à un rassemblement place de la République. Très vite, à partir de 19h, celle-ci fut remplie de gens qui avaient envie de dire leur émotion, leur solidarité, parfois leur colère.


 La place de la République, à Limoges, commençant à se remplir le soir de l'attentat...

Dès le lendemain et jusqu'au samedi, d'autres rassemblements eurent lieu, à l'appel du Club de la presse, devant l'Hôtel-de-Ville, à Saint-Just-le-Martel, capitale limousine et française du dessin de presse et d'humour. Gérard Vandenbroucke, son créateur, désormais président de la Région Limousin, ami des dessinateurs, disant jusque sur France Info à la fois son émotion et la nécessité de défendre les valeurs humanistes défendues par Charlie

Après, il y a eu cette grande "marche républicaine" montrant à la fois la solidarité de certains, mais étant, comme toute grande manifestation de ce genre, provoquée par l'émotion, un "fourre-tout" où chacun vient avec ses convictions, parfois bien éloignées de l'esprit Charlie. Comme l'a écrit Gérard Biard dans le Charlie des survivants: "Nous ne sommes pas dupes pour autant. Nous remercions de tout notre coeur ceux, par millions, qu'ils soient simples citoyens ou qu'ils incarnent les institutions, qui sont vraiment à nos côtés, qui, sincèrement et profondément "sont Charlie" et qui se reconnaîtront. Et nous emmerdont les autres, qui de toute façon s'en foutent (...) Nous voulons envoyer un message au pape François, qui, lui aussi, "est Charlie" cette semaine: nous n'acceptons les cloches de Notre-Dame sonnent en notre honneur que lorsque ce sont les Femen qui les font tinter." Si l'on a pu se féliciter de la présence dans le cortège de divers responsables politiques français et étrangers, la présence de certains gouvernants peu adeptes de la liberté d'expression ou de la laïcité dans leur propre pays a pu surprendre. De même cet appel maladroit du 1er ministre israélien aux juifs de France leur disant qu'Israël est leur foyer. Non: la place des Français juifs est en France - ils ont d'ailleurs, et depuis longtemps, participé à sa construction, à sa vie artistique, intellectuelle et scientifique. La France leur doit, comme à tous ses enfants, protection, mais leur départ serait un grave échec pour elle. A ce sujet, on ne peut qu'approuver cette position relatée par Julie Carnis dans Libération: "le représentant de la communauté juive de Limoges, Charley Daian, a d’abord exhorté très sérieusement les juifs de France à ne pas «céder à la peur». Puis, s’adressant aux juifs de Paris, il a lancé un appel à l’Alya non pas vers Israël mais… vers Limoges. «Dans un texte, je leur explique qu’ici nous avons une belle qualité de vie, des écoles de très haut niveau, des théâtres, des cinémas, que l’immobilier est très abordable, mais surtout que nous vivons dans le respect les uns des autres et que nous avons une très belle synagogue !» A quoi son vieil ami, le recteur de la grande mosquée de Limoges, Hassan Izzaoui, a répondu dans un éclat de rire : «Tu pourras leur dire aussi qu’on a une très belle mosquée !» 

Les évènements ont d'ailleurs permis d'entendre (sans doute parce que les médias les ont plus relayés que d'habitude) des paroles émanant de penseurs modérés et humanistes issus de l'islam et d'autres familles de pensée. Ils ont également révélé la stature présidentielle de François Hollande, la parole pertinente de Manuel Valls, et la dignité des députés républicains de gauche et de droite, capables de se lever pour chanter ensemble La Marseillaise dans l'hémicycle. Et rappelé, si besoin en était, de manière tragique, que la police est au service de la République, qu'elle est là pour protéger la population, parfois jusqu'à la mort. Ils ont montré, par ailleurs, qu'une partie minoritaire de la population ne se sentait pas Charlie et que certains étaient prêts à croire dans les théories du complot diffusées par le web. Face à l'ampleur du phénomène, la ministre de l'Education Nationale a tiré le signal d'alarme en affirmant jeudi, au micro de R.T.L., qu'"un jeune sur cinq cro(yait) à la théorie du complot".

Dessin de Wolinski paru dans le Charlie des survivants

Alors, et maintenant ?

Le terrorisme islamiste est un fascisme. Comme les autres, comme le nazisme, il se nourrit de la misère sociale, de la déculturation, de l'échec scolaire - de la bêtise, aussi. Il est entretenu, attisé de l'extérieur. Internet lui est favorable. Il y a donc plusieurs réponses à lui apporter, complémentaires les unes des autres. Bien entendu, comme elle le demande, la police nationale (et les polices municipales), doit bénéficier de moyens accrus de protection et d'investigation, tout comme les services de renseignement intérieurs et extérieurs, tout en veillant à ce que leurs missions soient placées sous le contrôle de la représentation nationale. Sur le plan militaire et diplomatique, et dans le cadre défini par les Nations Unies, la France - comme elle le fait déjà, doit poursuivre sa lutte contre les bases arrières du terrorisme; il est évident que l'Union Européenne (qui semble avoir retrouvé un peu d'unité suite aux attentats) doit monter en puissance dans ce domaine et ne pas laisser la France seule. Bien entendu, il faudra aussi un long, très long, travail à la fois diplomatique et militaire international pour tenter de réduire les menaces, qui se sont accrues ces dernières années: en Afrique, en Syrie, en Irak, en Afghanistan... Il faudra bien aussi un jour qu'un Etat palestinien puisse exister à côté d'Israël. Que les payas arabes prennent leurs responsabilités.

Mais en France, il y a aussi urgence à réduire les fractures qui tiennent à l'écart certaines populations et favorisent leur repli identitaire. C'est la France et ses entreprises qui, depuis plusieurs décennies, est allée chercher certaines populations pour les faire travailler dans ses industries (automobile par exemple), ou le secteur du B.T.P. Ces immigrés ont aidé à construire la France des XXème et XXIème siècles, puis ils ont été - pour certains - oubliés par la République. Dans l'article qu'il a écrit dans Libération le 14 janvier 2014, Philippe Lançon a raconté que juste avant l'attaque des terroristes, à Charlie, une discussion avait opposé Tignous qui "se demandait ce que la France avait vraiment fait pour éviter de créer ces monstres furieux et il piqua une formidable et sensible gueulante en faveur des nouveaux misérables. Sa voix remontait soudain des temps de la Commune. Bernard Maris lui répondit que la France avait beaucoup fait, déversé des tonnes d'argent." Le débat n'est pas fini, mais on sait bien qu'une grande partie de cette population a été déclassée et s'est sentie exclue, rejetée (il n'y a qu'à écouter certains discours d'extrême droite); l'urbanisme mal pensé a aggravé les choses. Les pères de la 1ère génération, d'origine modeste, se sont tus, et bien des enfants ou petits-enfants se sont retrouvés seuls. L'autorité parentale s'est parfois effondrée. Certains ont relevé le défi et s'en sont sortis, par les études, se sont investis dans des métiers, des associations, en politique (même si les partis leur ont laissé peu de place pendant longtemps), mais d'autres ont sombré, parfois dans la délinquance; d'autres encore se sont radicalisés dans un islam salafiste, rejoints par des convertis (un tiers des 12 000 salafistes français seraient des catholiques ou des protestants convertis). Là encore, internet a favorisé la diffusion des propos radicaux, sans compter les récents appels au jihad qui ont rencontré un certain écho chez des jeunes. Les espoirs des années 80 sont retombés, différentes promesses n'ont pas été tenues par la gauche, comme l'emblématique droit de vote des étrangers plusieurs fois promis par le P.S. Des sonnettes d'alarme diverses ont pourtant retenti: des émeutes, le film La Haine de Matthieu Kassowitz en 1995, les violences urbaines de 2005 (trois semaines d'état d'urgence), les paroles de certains chanteurs (de rap en particulier), des constats d'échec de la politique de la ville ont régulièrement été faits et publiés; encore en juillet 2012, la Cour des Comptes soulignait que le Programme national de rénovation urbaine (PNRU) "n'a pas atteint ses objectifs" et la poursuite de son financement est "très incertaine". Selon elle, cet échec découle de "défauts de gouvernance" de la politique de la Ville. A la marge, on peut sans doute aussi regretter l'abandon par Nicolas Sarkozy de la police de proximité initiée par Lionel Jospin. D'ailleurs, la réduction des services publics dans les banlieues (et partout ailleurs) a aggravé la situation.

Avec la police et les travailleurs sociaux, ce sont les enseignants qui sont aussi en première ligne. Et on leur demande beaucoup, sans doute trop. Certes l'Ecole doit faire son maximum, mais elle a besoin des familles pour l'y aider. L'intégration d'anciennes populations immigrées - on songe à celles venues d'Italie, d'Espagne ou du Portugal - a été facilitée par le fait que les parents poussaient leurs enfants à travailler, à s'accrocher, ne leur laissaient rien passer. Ce n'est plus toujours le cas aujourd'hui - quelque soit l'origine ou la culture des élèves. Le métier a été dévalorisé ces trente dernières années: le pouvoir d'achat des professeurs ne cessant de baisser, leur "autorité" s'amenuisant, souvent avec leur liberté pédagogique. Un certain nombre de parents considèrent aujourd'hui l'Education nationale comme un prestataire de service comme un autre, et estiment qu'ils sont aussi compétents que les professionnels quant à l'éducation que doivent recevoir les enfants en milieu scolaire. De plus en plus, les punitions ou sanctions sont contestées. Et jusqu'à il y a peu, le mot d'ordre était d'être en priorité "bienveillant" avec les élèves. Les programmes sont en cours d'allègement, l'évaluation doit être "moins traumatisante" (comme si apprendre et se cultiver ne nécessitait ni efforts ni contraintes). Du coup, le métier ne fait plus recette et les jeunes ne se présentent plus au concours. En juillet 2013, l'Inspection générale de l'administration de l'Education Nationale et de la Recherche a rendu un rapport au ministre à ce sujet, soulignant une diminution constante des candidatures à partir de 2004, connaissant une brusque accentuation en 2011, pour diverses raisons. Or, comme le soulignait le 15 janvier le philosophe et ancien ministre Luc Ferry, l'autorité des professeurs doit être restaurée et soutenue. En fait, le métier doit être revalorisé, comme le demandent les syndicats. L'Education Nationale a souffert de la suppression d'un grand nombre de personnels entre 2002 et 2012, alors que c'est d'eux dont on a besoin pour répondre aux défis évoqués plus hauts - et pas seulement des professeurs, mais des assistants d'éducation, des personnels sociaux, médicaux, infirmiers, d'orientation, techniques...Et puis il faut une volonté politique affirmée. Le 13 janvier 2015, la ministre a annoncé la mobilisation de l'école pour les valeurs de la République et a défini des priorités dans le cadre de l'éducation à la citoyenneté: la contribution au sentiment d'appartenance à la communauté nationale par la maîtrise de la langue française ; le renforcement de la laïcité ; la lutte contre les discriminations pour favoriser l'égalité sous toutes ses formes ; la participation et l'engagement des élèves ; l'implication de l'enseignement supérieur et de la recherche pour éclairer la société sur les fractures qui la traverse. On ne peut que la soutenir sur cette voie. La maîtrise de la langue française doit être la priorité absolue dès la maternelle. C'est sans doute très bien de faire de l'anglais à l'école primaire, mais savoir parler la langue française correctement - c'est-à-dire avec ses subtilités - est la première étape obligatoire pour acquérir un esprit critique et une culture qui éviteront les drames que l'on vient de connaître. Pour comprendre la pensée de Voltaire à propos de la tolérance, il faut être capable de le lire! Pour faire une lecture critique et nuancée d'un texte religieux, politique, ou autre, il faut maîtriser la langue! Mais allons plus loin: pour l'instant, l'éducation civique est enseignée dans le secondaire traditionnellement par les professeurs d'histoire-géographie (la dotation horaire hebdomadaire pour cette matière a d'ailleurs baissé ces dernières années); à l'issue du collège, dans le cadre du Diplôme National du Brevet, les élèves passent une épreuve conjointe d'histoire, géographie et éducation civique... Or, il y a quelques années, on a ajouté une nouvelle épreuve - certes intéressante - à ce diplôme, consacrée à l'histoire des arts, assortie d'un coefficient 2. Et si, plutôt, dans le cadre des nouvelles priorités ministérielles, on remplaçait cette épreuve d'histoire des arts par une épreuve autonome d'éducation civique, cette discipline bénéficiant par exemple d'une heure hebdomadaire supplémentaire? Allons encore plus loin: actuellement, la philosophie est enseignée uniquement en terminale, comme un "couronnement" des études. Et si, dès la seconde, et en première, un cours spécifique d'histoire des idées, dispensé à la fois par des professeurs d'histoire et de philosophie, préparait cette année de philosophie? Enfin, l'histoire des religions est abordée au collège et au lycée, en particulier en histoire: il est absolument nécessaire que les professeurs continuent à dispenser cet enseignement, sans l'occulter: c'est aussi une réponse éclairée aux intégrismes les plus divers. Je me souviens avoir envoyé à Vincent Peillon, durant la campagne présidentielle, un dossier comprenant à la fois un constat et des propositions concrètes. Il m'avait répondu que cela constituait un "véritable programme"... François Hollande a dit qu'il ferait de la jeunesse et de l'Education sa priorité: il est temps de tenir promesse.

Sans doute faudrait-il aussi revoir la politique carcérale, comme semble en avoir pris conscience Manuel Valls. Pour tous les prisonniers. La prison est un lieu de souffrance pas uniquement parce que c'est un lieu légitime de privation de liberté, mais aussi parce que les bâtiments, les cellules, les moyens, sont souvent inadaptés. Et la souffrance peut aussi être partagée par les gardiens. C'est un lieu de radicalisation de certains, comme les récents attentats l'ont mis en lumière. Il y a donc là aussi une réflexion urgente à mener. 

D'une manière plus générale, sans doute faudrait-il se poser la question de la formation des imams de France: paradoxalement, bien que nous soyons dans un pays laïque, la contrôler, d'une manière ou d'une autre, serait sans doute positif; de même, comme l'avait souhaité Nicolas Sarkozy, sans doute serait-il nécessaire d'avoir des institutions du culte musulman vraiment représentatives. Imams et institutions se devant de n'être dépendants d'aucun Etat étranger.

Enfin, on constate que la suppression de la conscription obligatoire a fait disparaître l'un des ultimes lieux (avec toutes ses imperfections d'alors) de brassage social et de populations. Alors que l'on constate aujourd'hui que l'armée est sans doute l'une des institutions qui facilite le plus l'intégration. Sans doute faudrait-il à nouveau réfléchir à donner du sens à l'appartenance de chacun à la Nation, par exemple - comme l'a évoqué François Hollande - en établissant un service civique obligatoire, civil, policier ou militaire, pour les filles et les garçons, de 10 mois.

Et pour finir, ou pour couronner le tout, il faut absolument maintenir et renforcer la laïcité, qui fait la force de notre République, garantissant à la fois à chacun la liberté de conscience et la paix sociale. Il ne faut rien lâcher dans ce domaine, bien au contraire. Comme l'écrit Jacques Juillard dans Marianne: "Beaucoup de Français musulmans, dans leur for intérieur, acceptent ces règles du vivre-ensemble que nous appelons la laïcité. La plupart des autorités religieuses de l'islam pensent de même. Il y a pourtant, de la part des plus intégristes et des plus prosélytes, une tentative tenace pour obtenir des statuts particuliers, au chapitre de l'alimentation et du vêtement, ces deux matières dont toutes les religions se servent pour imposer leur particularisme. La bataille est en cours (...) on conclura qu'il ne faut pas céder." Tout est dit: il ne faut pas céder. En Europe, en France et à Limoges en particulier. 

On le voit, toutes les mesures à prendre, les réformes à mener, nécessitent des moyens et une autre politique qu'une stricte austérité. Il faudra les mobiliser, au besoin par une contribution spéciale, à condition qu'elle soit progressive et proportionnelle. Il faudra de la volonté et du temps, de l'unité politique aussi. Il en va de l'avenir de notre pays et de sa démocratie. Si cela n'est pas fait, la porte sera ouverte aux communautarismes, aux extrémismes et au chaos.

Un dessin offert par l'ami Honoré à l'occasion de mon mariage...
Hommage à son élégance et à sa culture.