lundi 31 mars 2014

La victoire historique de la droite à Limoges

Centre-ville de Limoges et lignes de trolleys
 
Les élections municipales de 2014 ont été sources de surprises à Limoges – à commencer par celle de l’alternance à droite. En effet, le député-maire Alain Rodet, en place depuis 1990, a décidé de se représenter à la tête d’une liste accueillant socialistes, « personnalités », écologistes et radicaux de gauche, somme toute assez peu renouvelée. Rompant avec l’union de la gauche dès le 1er tour, le Front de Gauche – Parti Communiste Français a décidé de présenter une liste autonome, avec Gilbert Bernard, attaquant durement la politique du maire sortant alors que les communistes avaient participé à la mandature précédente (certains restèrent d’ailleurs sur la liste d’Alain Rodet). Autre surprise à droite : les centristes du MODEM et de l’UDI, conduits par Pierre Coinaud, se présentèrent sur une liste indépendante de celle de l’UMP, amenée quant à elle par Roger-Emile Lombertie et notamment le jeune Guillaume Guérin, président départemental du parti. Deux autres listes extrémistes se présentaient également : celle de Lutte Ouvrière (Elisabeth Faucon) et celle du Front National, dont le leader Vincent Gérard avait été condamné peu de temps auparavant à quatre mois de prison avec sursis pour violences avec arme. Si beaucoup pensaient qu’Alain Rodet devrait affronter un deuxième tour, peu imaginaient le faible score qu’il allait obtenir au premier : à peine plus de 30% (pour une abstention de 39,5 %). L’UMP obtenant la seconde place (23,80%), et le Front National frôlant les 17% - autre résultat historique. Derrière, centristes et Front de Gauche n’avaient pas à rougir. Tandis que le parti d’extrême-droite se maintenait au deuxième tour, le Front de Gauche fusionna du bout des lèvres avec la liste d’Alain Rodet, chacun comprenant son manque de motivation (le meeting initialement prévu n’ayant pas lieu), alors que la liste centre-droit fusionnait avec celle de l’UMP. Les résultats furent vécus par beaucoup comme une déflagration : la liste UMP-centre-droit d’Emile-Roger Lombertie arrivant en tête avec 45,07 % contre 43,81 % pour la gauche (587 voix d’écart) et 11,10 % pour le F.N dont certains électeurs ont manifestement fait le choix de la droite républicaine. L’abstention demeurant élevée à 35,79 %. Le quotidien local Le Populaire du Centre pouvait titrer à juste tire : « une défaite historique à gauche ». L’historien Vincent Brousse analysant ainsi le vote dans Libération : « L’hypercentre se droitise, tandis que le vote frontiste s’enracine dans les quartiers populaires. Parallèlement, le PS perd du terrain dans ses zones de confort : les quartiers résidentiels. » Malgré un bilan somme toute assez satisfaisant, d’autres raisons plus politiques ont sans doute joué dans la défaite de la gauche, en dehors de la situation nationale (même si le F.N., l’U.M.P. et le Front de Gauche ont donné une dimension nationale à leur campagne, s’opposant à la fois au maire sortant et à la politique menée par le président François Hollande) : le fait que le maire sortant se soit lancé – pour certains – dans un « mandat de trop », d’autant plus qu’il était âgé de près de 70 ans et cumulait sa fonction d’édile avec celle de député ; celui que sa liste, bien qu’accueillant des Verts et quelques personnalités nouvelles, ne soit guère renouvelée ; une forme de crispation du P.S. local, illustrée notamment par l’éviction avec fracas deux ans plus tôt de l’ancienne députée Monique Boulestin et de ses soutiens – crispation qui a d’ailleurs créé des problèmes aux socialistes dans d’autres villes de la Haute-Vienne (la création post municipales d'un compte twitter attaquant l'ancienne députée augure mal d'une remise en question pourtant salutaire) ; le fait encore que certains « dossiers » aient nui aux relations avec la gauche du P.S. comme celui de la Ligne à Grande Vitesse Limoges-Paris ou du nouveau stade ; ou bien encore le dépérissement sensible du centre-ville déploré par certains ; le fait, enfin, que l’ancrage traditionnel à gauche de la ville, longtemps considéré comme faisant partie de l’identité même de celle-ci, n’était plus une nécessité pour les nouvelles populations. D'autres enfin parlent d'un triumvirat d'élus du département qui auraient contribué à la défaite... un(e) ancien(ne) adjoint(e) sortant parlant d'un P.S. local comme "un champ de ruines". Toujours est-il que, pour ces diverses raisons et d’autres, ce bastion de la gauche depuis plus d’un siècle a basculé à droite et qu’Emile-Roger Lombertie, psychiatre, est devenu le maire de Limoges en cette année 2014. 
Alain Rodet et Emile-Roger Lombertie inaugureront ce week-end ensemble "Lire à Limoges" et cela fera un an que ce blog - finalement très suivi - aura été créé. J'en reparlerai le moment venu.

lundi 24 mars 2014

A Limoges, un 1er tour surprenant... mais pas tant que cela...

Ceux qui lisent régulièrement cette publication en ligne savent que j'avais pronostiqué de manière argumentée la percée du Front National à Limoges, celle-ci ne m'a donc pas surpris. 16,95%, c'est un score important mais il faut sans doute se féliciter que ce soit la droite républicaine menée par Emile-Roger Lombertie qui arrive en deuxième position avec 23,79% qui réussit incontestablement son entrée en politique en faisant mieux que Camille Geutier en 2008. Nul doute que le centre-droit conduit par Pierre Coinaud, dont la liste accueillait des personnes de qualité - et qui avait eu le courage de faire cavalier seul au premier tour - va rejoindre l'UMP. Il totalise 12,31 %, ce qui est également un bon score. La droite "classique" cumule donc 36,10%. A Limoges, la majorité des électeurs qui se sont exprimés - 53,05%! - ont donc voté à droite ou à l'extrême-droite: une première historique. 
La vraie surprise - même si un deuxième tour était envisagé - est celle du score obtenu par la liste regroupant des socialistes, verts, radicaux et communistes conduite par Alain Rodet: 30,11% - résultat à mettre bien entendu en relation avec le taux particulièrement élevé de l'abstention: environ 40%, qui laisse penser qu'un certain nombre d'électeurs "traditionnels" et potentiels de cette liste ne se sont pas déplacés (de même que certains militants, à ce que l'on sait), pour diverses raisons parfois complémentaires - on a entendu: un "mandat de trop" pour la tête de liste, une liste pas assez renouvelée, les suites de "l'affaire Boulestin" (ravivée par un récent article de L'Express), le cumul des mandats, la question de la L.G.V., la déception par rapport à la politique menée par François Hollande, etc. Tout cela avait d'ailleurs sans doute conduit le Front de Gauche à oeuvrer pour rompre la vieille union de la gauche limougeaude pour partir seul; si celui-ci n'arrive qu'en quatrième position, avec 14,15%, il réalise incontestablement un beau résultat, devenant presque "faiseur de roi"... à gauche. A l'heure où j'écris ces lignes, les négociations que l'on imagine âpres battent leur plein. Le total des voix du P.S./F.d.G est de 44,26%. Il n'est pas certain que l'on puisse y adjoindre les 2,8% de Lutte Ouvrière - dont Elisabeth Faucon se félicite de la progression des voix.
La clef de cette captivante et historique élection réside en grande partie chez les abstentionnistes et dans la capacité qu'auront les candidats, en particulier de gauche, à les convaincre - ce qui n'est pas gagné. On peut certes penser que certains abstentionnistes ont voulu envoyer un "signal" au député-maire sortant et voteront au second tour pour une liste qui serait confortée sur sa gauche par le Front de Gauche, mais on ne sait jamais (comme on vient de le voir).
Le Populaire du Centre a publié le résultat par bureaux de vote. Emile-Roger Lombertie est arrivé en tête dans les secteurs suivants: Montmailler; Limosin Emailleurs, Limosin Hôtel de Ville, Feuillants, Gay-Lussac, Hôtel de Ville Sud, Roger Franck, Montjovis soit 9 quartiers sur 38. Et Alain Rodet gagne dans les secteurs suivants: Portes Ferrées, Joliot Curie, Madoumier, Aigueperse, Jean Le Bail, Léon Blum, Jean Macé, La Bastide, Le Vigenal, Ronsard, Beaubreuil (tous quartiers soit  4), Dautry, La Monnaie, Bénédictins. Soit 17 quartiers sur 38.
On regardera également avec attention les cartes ci-dessous:

En rose les bureaux où Rodet arrive en tête, et fait plus que Lombertie et Coinaud. Bleu foncé : où Lombertie arrive en tête. Bleu clair, où Lombertie plus Coinaud supérieur à Rodet.
 (c) Th.Moreau, V. Brousse (que je remercie)

(c) Th. Moreau, V. Brousse Ph. Grandcoing et France 3 Limousin

 
 

dimanche 23 mars 2014

Les écoles primaires comme lieux d'enseignement, monuments patrimoniaux et lieux du vivre ensemble




            Lorsque sont promulguées les lois de la IIIème République sur l’obligation scolaire, la quasi-totalité des enfants de Limoges sont scolarisés dans les écoles municipales. En 1995, à l’occasion de son centenaire, Pierre Delage et moi-même avons publié une histoire de l’Ecole de La Monnaie à laquelle je renvoie pour les détails et les précisions. Celle-ci trouvait son origine dans une école mutuelle ouverte en 1818, qui s’installa en 1848 dans le local de la Monnaie, rue Sainte Valérie, en bordure du quartier mal famé du Viraclaud. Le directeur demanda que les vitres soient dépolies « pour enlever à la vue des élèves le spectacle des scandales qui se renouvellent trop fréquemment dans la rue et les maisons voisines. » Cette école, dès sa création, était communale et laïque (même si on y enseignait le catéchisme). Originalité de la pédagogie (y compris par rapport à la notre): le fait que l’enseignement était individualisé à des groupes (les « cercles ») d’une dizaine d’élèves, sous la direction d’un élève « plus avancé », âgé de douze à dix-sept ans : le moniteur. Les cercles se formaient et se déformaient selon la progression de chaque individu dans chacune des disciplines principales : lecture, écriture, calcul. Le maître veillait à l’organisation générale. 162 élèves de 6 à 8 ans acquéraient les bases avant d’entrer dans le monde du travail en apprentissage. Certains – les plus doués et les moins impécunieux – poursuivaient leurs études pour devenir moniteurs ou instituteurs. L’Ecole Normale d’Instituteurs avait été crée en 1833.
            La loi du 19 mai 1875 permet aux enfants de rester à l’école jusqu’à douze ans mais s’ils travaillent dans un atelier, ils doivent suivre les cours du soir – mais après une journée de travail de 10 à 12 heures, l’absentéisme est général… Progressivement, les salaires des maîtres s’améliorent. En 1880, l’Ecole devient entièrement gratuite, ce qui nécessite un gros effort de la part des communes. Les programmes se diversifient et des activités périscolaires se développent, comme les promenades à la campagne, au-delà de la Vienne, qui permettent aux petits citadins de découvrir d’autres horizons. C’est le temps du manuel d’histoire de France d’Ernest Lavisse, instrument d’éducation civique et morale au service du « Roman national ». On y lisait par exemple : « Il vaut mieux être venu au monde en ce temps-ci, qu’autant des Gaulois. »
            En 1911, l’école de La Monnaie est transférée route d’Ambazac (Aristide Briand), dans une école de filles – ces dernières migrant au Grand Treuil. Bordant les voies de la ligne Paris-Limoges, elle devient l’école des cheminots pour plusieurs décennies, tandis qu’en 1907 est construite l’église Saint-Paul Saint-Louis (sans toutefois assez d’argent pour financer le clocher) à destination de cette même population. L’écrivain limougeaud Georges-Emmanuel Clancier a raconté dans ses Mémoires ses souvenirs du quartier. 

***

              Ces écoles de la IIIème République, dont le réseau fut dense à Limoges, sont à la fois, aujourd'hui, des lieux d'enseignement, des lieux parfois du "vivre ensemble", en accueillant certaines activités associatives, et pourraient l'être encore plus, par exemple le week-end en remettant au goût du jour ce que furent jadis les patronages, véritables lieux d'apprentissage de la sociabilité. Ce sont également des marqueurs patrimoniaux forts de la ville et de sa mémoire qui, à ce titre mériteraient d'être valorisés comme tels - l'occasion, par là-même, de se souvenir des valeurs républicaines, au premier rang desquelles, peut-être: l'éducation.

mardi 18 mars 2014

Le nom de Georges Guingouin

(Archives municipales de Limoges)
 
Il serait sans doute temps que le nom de Georges Guingouin soit donné à un lieu "d'ampleur" à Limoges, qu'il libéra. Pourquoi pas le nouveau pont ou le complexe sportif de Beaublanc, ou au nouveau stade?

mercredi 12 mars 2014

1848: ce moment où Limoges s'ancra (définitivement?) à gauche... et perspectives électorales



Dans la première moitié du XIXème siècle, c’est toujours le négoce et le commerce de détail qui occupent la première place à Limoges et en fournissent l’essentiel des notables (avec les hommes de Robe, il est vrai), tandis que le bâtiment accompagne le développement urbain.
Jusqu’à la moitié du siècle, l’industrie limougeaude est surtout celle du textile, dont les manufactures sont installées sur les bords de Vienne (notamment autour du pont Saint-Martial ou aux Casseaux) pour bénéficier de la force hydraulique. On tisse aussi beaucoup à domicile, parfois près de seize heures par jour. La production dépasse celles de Nantes et Cholet et s’exporte vers les Antilles. On vend des vêtements de coton et de laine, des couvertures, du calicot et du cachemire. Des teinturiers indépendants ou liés aux entreprises apportent leur contribution. Vingt-cinq fabriques de flanelles et droguets emploient en 1844 près de huit cents hommes, deux cents femmes et cinq cents enfants. La manufacture de chapeaux d’Etienne Jouhaud utilise une machine à vapeur. Mais l’activité, qui emploie des personnels peu qualifiés et peu payés, décline face à la concurrence du Nord, de l’Est et de Normandie. En 1852, mille huit cents ouvriers et artisans travaillent dans le secteur de la chaussure ; plus de cinq cents personnes dans la saboterie. D’autres sont employées par des brasseries, diverses fabriques, et même dans une usine à gaz. Vers la même époque, Limoges abrite près de quatre mille cinq cents ouvriers de la porcelaine, travaillant notamment dans les manufactures de François Alluaud (aîné), de la veuve Tharaud, de Michel & Vaslin, de Jean-Baptiste Ruaud et de Jean Pouyat. Le secteur des ateliers de décoration est en pleine expansion. Ainsi l’Américain David Haviland fait-il décorer ses propres modèles, inspirés du goût des Etats-Unis, principaux importateurs, avant de créer une entreprise assurant la totalité des phases de fabrication.
C’est le bois des flottages sur la Vienne (activité remontant au moins au XIIème siècle) qui alimente d’abord les fours : ceux-ci sont arrêtés en amont du pont Saint-Etienne, au Naveix, par un ramier. En 1855, les flottages atteignent 107 000 stères. La rivière est (en dehors de l’hiver et du plein été) encombrée en permanence et de multiples conflits apparaissent entre riverains et marchands de bois. Progressivement, le bois est remplacé dans les fours à porcelaine par le charbon, apporté par le train à partir de 1856. Le flottage du bois décline rapidement et prend définitivement fin en 1897.
Philippe Grandcoing – à qui l’on doit une très fine et essentielle étude de la ville au milieu du siècle : La Baïonnette et le Lancis, Crise urbaine et révolution à Limoges sous la Seconde République (PULIM, 2002) – note, à propos de la période : « ville ouvrière, Limoges l’est assurément […] mais ne conviendrait-il pas mieux de parler de ville où prédomine l’élément populaire ? ». Il indique également que la bourgeoisie est dominante mais socialement composite. La ville est en pleine croissance, attirant des migrants de diverses conditions sociales, issus des campagnes et de plus loin encore ; elle dépasse 40 000 habitants au milieu du siècle (55 000 en 1870). Tous les secteurs de Limoges voient d’ailleurs leur population augmenter. L’historien remarque encore que l’existence de quartiers singuliers « n’émerge guère des archives » – à part peut-être celui « des ponts » et de la Boucherie – et qu’un peu partout maisons bourgeoises et immeubles populaires se font face, sans que les deux « catégories sociales », par ailleurs elles-mêmes diverses, se connaissent véritablement. Néanmoins, la ville change : agrandissement du champ de foire, aménagement du Champ de Juillet et de l’avenue du même nom, ouverture d’un abattoir, construction du Pont-Neuf et de l’avenue le reliant à Limoges, nouvelle route d’Aixe (aujourd’hui Baudin), avenue du Crucifix (Garibaldi) reliant la place Tourny à la route de Paris, avenue de la Gare, théâtre place Royale (de la République), Palais de Justice (1846), halle place de la Motte (1852).
C’est toujours Philippe Grandcoing qui analyse et montre comment Limoges accueille avec joie la révolution de février 1848, comment aussi la bourgeoisie, notamment l’avocat démocrate socialiste Théodore Bac, prend les choses en mains. Progressivement un antagonisme social oppose cependant les ouvriers (qui se regroupent notamment dans la Société populaire) à cette bourgeoisie et la ville entière bascule dans l’émeute le 27 avril, au lendemain des premières élections au suffrage universel qui se déroulent sous tensions et confèrent la victoire en dehors de Bac, à des républicains modérés élus par les paysans du département. L’essentiel du peuple qui se révolte et cherche à s’armer est néanmoins encadré par les leaders socialistes – même si certains éléments populaires plus violents échappent à leur influence, en particulier les Naveteaux armés de leurs gaffes, qui ne sont pas sans rappeler les piques des sans-culottes de 1793 et effraient les bourgeois. Le comité qui se met en place ne l’est que très temporairement puisque le 18 mai, trois mille hommes de troupe entrent dans la ville pour mater la rébellion. La répression judiciaire frappe ensuite les émeutiers, à l’exception notable de Théodore Bac. A partir de ce moment, semble-t-il, et à l’occasion de divers scrutins locaux et nationaux, deux camps s’opposent désormais à Limoges : républicains conservateurs face aux républicains plus avancés ; de plus, la ville s’ancre nettement à gauche, en élisant des représentants démocrates socialistes. C’est parmi les porcelainiers que sont recrutés les principaux cadres du mouvement (milieu où se sont développés l’action syndicale et le mouvement coopératif).
La résistance au coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte, en décembre 1851, est pourtant quasi nulle à Limoges, même si, durant le Second Empire, la contestation sociale et politique réapparaît régulièrement, jusqu’à 1871 qui voit l’apparition d’une éphémère « commune de Limoges » (au cours de laquelle un officier est tué). Philippe Grandcoing écrit fort justement que « Limoges « ville rouge » n’est pas simplement une construction mentale forgée de l’extérieur […] Il s’agit aussi d’une image intériorisée par une grande partie des habitants […] devenue réalité politique, les amenant à conformer leurs attitudes à cette représentation de leur cité. » Ce fut bien le cas en 1905, au moment des "troubles" si bien raconté dans Le pain noir de Georges-Emmanuel Clancier, qui figure parmi les 100 premiers noms du Comité de soutien à Alain Rodet - et cela explique sans doute aussi le succès du téléfilm qui en fut tiré par Serge Moati, lui-même membre de ce Comité. Ce fut encore le cas au moment de l'affaire Barataud en 1929 et plus tard avec la Résistance (même si Léon Betoulle vota les pleins pouvoirs à Pétain et si tous les socialistes n'y participèrent pas). Et encore en mai 1968, lorsqu'un drapeau rouge fut accroché au campanile de la gare des Bénédictins. Et même en 1981 et à d'autres occasions. 

Comment va donc se traduire cette identité qui s'auto-renforce, si l'on peut dire, lors des prochaines élections municipales? Peut-être pas, comme lors de précédentes élections, par le passage au 1er tour du maire sortant et candidat, qui réussit à accueillir sur sa liste des socialistes, des radicaux, des verts et même des communistes, et à recueillir le soutien, par exemple, de Marcel Rigout. Mais il y a fort à parier qu'Alain Rodet, fort d'un bilan somme toute positif et d'un programme argumenté, sera le gagnant de cette élection municipale. Et que les communistes auront à pâtir de leur décision de rompre la vieille union de la gauche dans la ville. Aussi sincères et honorables soient-ils, il leur est bien difficile de critiquer un bilan auquel ils sont totalement associés (c'est sans doute pourquoi, lorsque l'on dialogue avec eux, ils placent très vite la conversation sur le plan national...), de même qu'il est assez osé que Marie Labat, 6ème sur la liste, puisse écrire dans le programme de "Limoges terre de gauche" que cette liste "est la seule à ne pas faire l'autruche face aux difficultés énergétiques...", alors que la liste Rodet compte un nombre non négligeable de verts et que ce thème fait partie des priorités du prochain mandat, avec déjà un bilan plutôt satisfaisant (la ville a d'ailleurs reçu en 2012 le trophée éco-action). A suivre donc, nous en reparlerons.

dimanche 9 mars 2014

Henri-Louis Lacouchie est mort

Il nous faut annoncer la disparition d'Henri-Lacouchie, ancien instituteur, militant de la F.O.L. et du théâtre populaire, dans l'esprit de Jean Vilar, metteur-en-scène et directeur de troupes amatrices qui ouvrit la voie à bien des comédien(ne)s par la suite. C'est lui qui dirigea les centres culturels municipaux de Limoges de 1970 à 1980, à la demande de l'ancien maire Louis Longequeue. 

Il était un peintre de talent sous le pseudonyme de LAC, et avait présenté une rétrospective de son oeuvre il y a quelques années au Pavillon du Verdurier à Limoges. 

C'était aussi le père du poète Alain Lacouchie.

Je lui rendrai prochainement hommage dans deux ouvrages à paraître - l'un fin 2014, l'autre en 2015.

vendredi 7 mars 2014

Un proviseur sur la liste d'Alain Rodet




J.C. Torres et P.M. Lachaud, président des Anciens de Gay-Lu
à la cérémonie d'hommage aux morts du lycée - 2013



Certains ont été surpris (à tort ?) de le voir s’engager dans les Municipales : agrégé de philosophie, diplômé en sciences politiques, Jean-Christophe Torres, proviseur du vénérable Lycée Gay-Lussac, auquel il pourrait contribuer à redonner tout son lustre (même si la façade est par ailleurs superbement mise en lumière désormais) est candidat sur la liste d’Alain Rodet. Auparavant, il fut professeur de philosophie, formateur à l'IUFM, puis responsable de formation auprès des personnels de direction. Depuis juin 2012, il est co-rédacteur en chef de la revue Cap Education.  
Il est par ailleurs l'auteur d'ouvrages chez L'Harmattan: L'ÉTHIQUE DU CAPITALISME, La question de la vertu à l'ère du libéralisme ; DU NARCISSISME, Individualisme et amour de soi à l'ère postmoderne – réflexion essentielle – ; et trois ouvrages à propos de l’éducation, à propos de l’évaluation, des enseignants (quelle reconnaissance pour un métier en crise ?) puis dernièrement sur un sujet qui fait débat, en particulier avec certains syndicats comme le SNES et dont, par ailleurs, la mise en application semble ralentie par le centralisme jacobin : QUELLE AUTONOMIE POUR LES ÉTABLISSEMENTS SCOLAIRES ? Réflexions sur la liberté pédagogique dans les collèges et les lycées. L’argument : face à la massification des publics scolaires accueillis dans tous les établissements comme face à la diversité de leurs besoins, le défi reste de produire une réponse pédagogique plus adaptée et plus réactive. Définie par l'enquête PISA (2009) comme l'un des éléments qui agit le plus directement sur la réussite des élèves, l'autonomie des établissements scolaires ouvre ainsi des perspectives pour mieux penser l'éducation et redonner du sens à l'action publique. Il a déclaré il y a peu : « la seule réponse à cette équation, selon moi, est de remettre en cause le centralisme, de construire une école capable de s’adapter aux besoins de ses élèves. »
Il sera intéressant de voir quelle délégation lui sera attribuée, en cas d'élection.

mardi 4 mars 2014

Chaque lundi, Vincent Brousse est dans L'Echo

Chaque lundi, pendant cette campagne municipale à Limoges,
l'historien Vincent Brousse
propose, dans le quotidien L'Echo,
une captivante histoire des élections municipales... à ne pas manquer!

Laurent Bourdelas présente Le ventre de Limoges sur France Bleu

Mardi 4 mars 2014 après le journal de 18h, sur France Bleu Limousin 103.5, je présente et fais gagner:

Une journée dans le ventre de Limoges

photographies de Pascal Champlon et textes de Laurent Maurel
Collection Les marchés de France/Editions Horizons culturels

Un fort beau livre sur les magnifiques Halles de Limoges... (avec une préface d'Alain Rodet)

(et ensuite la chronique est en podcast)

lundi 3 mars 2014

J'étais au carnaval de Limoges...

La célèbre harmonie limougeaude des Gueules Sèches

Le Carnaval de Limoges figure parmi les grandes manifestations populaires de la Ville. Il était cette année consacré au voyage. Et j'y ai assisté, comme depuis mon enfance, lorsque les roulements de tambour m'émouvaient et que je serrais bien fort la main de ma mère.
On estime à environ 75 000 le nombre de personnes (de toutes conditions et de tous âges) qui assistent à cette cavalcade, entièrement gratuite. Bien entendu, le public est majoritairement "familial": souvent parents et enfants. On voit de nombreux jeunes massés sur le parcours. Le Carnaval attire manifestement un public venu d'au-delà les strictes limites de la ville.
Le défilé qui a lieu le premier dimanche de Mars, se déroule sur un parcours d’environ 3 kilomètres dans les rues du centre-ville et s’achève par la traditionnelle noyade du mannequin Carnaval dans la Vienne après 3 heures de spectacle (ici, le maire ne distribue ni ne multiplie les poissons pour les lancer au bon peuple, comme dans d'autres villes). Ce qui ancre les festivités dans le quartier jadis essentiel des ponts. La coulée Vienne - Casseaux - pont St-Etienne - pont St-Martial, qui a déjà bénéficié fort heureusement de l'aménagement des bords de la rivière, mériterait sans doute d'être encore plus valorisée (c'est incontestablement une réflexion à poursuivre).


15 chars d’apparat, réalisés sur un thème différent chaque année, ainsi qu’une vingtaine de groupes musicaux et d’animation constituent la cavalcade. Le regret que l'on pourrait formuler est que jadis (j'y ai moi-même participé sur le char de Montplaisir, dans les années 70...!), les membres des diverses associations de quartiers étaient sur les chars, ce qui leur donnait beaucoup plus de vie - c'est sans doute par principe de précaution que les accompagnants sont désormais, pour la plupart mais pas tous il est vrai, hors des chars...
Tous les styles sont représentés (folkloriques, fanfares de parade traditionnelles ou carnavalesques, show bands, groupes historiques, artistiques, attractions visuelles…). Outre les principales sociétés locales, des ensembles de grande qualité venus de toute la France et de divers pays d’Europe (une dizaine à chaque édition), sont invités. Ainsi cette année 2014, des Brésiliens, Hollandais ou des Polonais, parmi d'autres... Et puis il y a l'inévitable Miss, cette année Eugénie Vignaud - au prénom si délicieusement Second Empire...


Environ 1 200 personnes assurent l’animation, auxquelles viennent s’ajouter les agents municipaux, la Police Nationale, de nombreux bénévoles chargés de la préparation et de l’encadrement du cortège (entre 250 et 300).




 Certes, il est de bon ton, chez certains, de se gausser de cette manifestation sans doute trop "populaire" à leurs yeux... mais il est incontestable qu'il s'agit d'une tradition ancienne de la ville et qu'il est évident qu'elle procure beaucoup de joie à ceux qui y assistent (surtout lorsque le temps est clément, ce qui n'est pas évident en cette saison!), ce qui est bien le but recherché.


samedi 1 mars 2014

Claude Bensadoun sur la liste de centre-droit "Aimons Limoges"

Claude Bensadoun fut durant plusieurs années un très actif galeriste, rue Jules Noriac. Sa regrettée galerie d'art CONTRASTE, dans le prolongement de sa Maison des bibliothèques, donna à découvrir d'excellents artistes - pour ma part, je me souviens de Souchaud ou de Pierre Jarraud, avec lequel je devins ami suite à son exposition chez Bensadoun.
Claude Bensadoun poursuit aujourd'hui une activité artistique avec la photographie. L'une de ses filles, Sophie, est réalisatrice de documentaires.