mardi 28 janvier 2014

Hommage à Thérèse Menot (1er mars 2006, collège Maupassant, Limoges)



Pour ceux qui ne la connaîtraient pas, je commencerai par rappeler le parcours de Thérèse Menot: fille d’un cheminot engagé dans Résistance-Fer de Pierre-Buffière, elle travailla de 1940 à 1942 aux Assurances sociales puis à Gnome et Rhône. Contactée par Planteligne, Thérèse distribue La Vie ouvrière. Elle rejoint l’A.S. Combat et dérobe des cartes de travail vierges dans le bureau du chef du personnel -qu’elle signale comme « très à l’écoute de la préfecture »- pour fournir à des jeunes peu désireux de partir en Allemagne des faux justificatifs d’emploi. Thérèse évoluait dans un milieu particulièrement dangereux, où se côtoyaient indécis, collaborateurs et saboteurs. Dénoncée, elle est arrêtée par la gestapo le 4 janvier 1944 sur son lieu de travail et déportée à Ravensbrück. Dans le livre « Visages de la résistance 1940 - 1944 », paru chez Lucien Souny, Thérèse a rappelé le rôle des femmes dans le conflit et dans la résistance: femmes de cheminots, institutrices, postières, commerçantes ou paysannes. Et à travers elle aujourd’hui, nous rendons hommage non seulement à la résistance, non seulement aux déportés, mais en même temps à ces femmes-citoyennes, qui n’avaient pas le droit de vote avant la guerre mais se sont battues pour libérer la France. Et tout au long de sa vie, Thérèse a milité pour la reconnaissance des droits de la femme.
        A partir de son arrestation, Thérèse Menot est aux prises directes avec la barbarie: coups, emprisonnement, camp de Compiègne, et déportation en wagon à bestiaux, où meurent déjà des malheureuses. 980 femmes à jeun dans un wagon où l‘air est vicié. Et puis c’est l’arrivée à Ravensbrück, où il fait - 27° et où les femmes S.S. hurlent et frappent, c’est le choc terrible de la rencontre avec des êtres faméliques, presque des spectres, pieds nus dans la neige. La dysenterie, le typhus. Les crânes tondus, les punitions, les humiliations, et toujours la schlague. Tout cela, Thérèse le vivait avec son amie Neige, républicaine espagnole. Le travail forcé, l’assèchement des marais, les pieds dans l’eau froide. Et à nouveau un voyage en train, vers les monts de Bohême et une usine de munitions où les déportées firent ce qu’elles pouvaient pour saboter le travail. Thérèse, jugée trop forte tête, fut envoyée pour déblayer les chemins enneigés de la forêt. L’une des choses qui permettait de garder la tête haute, c’était la poésie, c’était une femme qui récitait Verlaine, Rimbaud ou Victor Hugo. Et puis vint, après toute cette souffrance, la Libération et le retour à Limoges en mai 1945 et déjà, l’incompréhensible, cette femme croisée qui lui lance: « Elle était maligne la petite, mais les boches l’ont dressée! » La tristesse aussi, puisque son père est mort. Et la stupéfaction quand, de retour à l’Arsenal, elle est confrontée  la gêne et à l’ingratitude de ses collègues.
        Depuis son retour, Thérèse Menot n’a cessé de témoigner, inlassablement, avec détermination et en même temps avec modestie, ce qui est ô combien à son honneur, de cette barbarie qu’elle avait connue, notamment auprès des jeunes générations, particulièrement dans les établissements scolaires. Avec mes grands-parents qui eux-mêmes fabriquaient des faux-papiers, avec mes parents qui m’accompagnaient à Oradour, avec quelques autres témoins rencontrés dans mon enfance et mon adolescence, lorsqu’élève au collège Donzelot ou au Lycée Gay-Lussac, je participais au concours de la résistance, elle a sans nul doute participé à ma vocation de professeur d’histoire. Et depuis que j’exerce ce métier, j’ai toujours fait en sorte que mes élèves entendent à leur tour ces témoignages qui nourrissent notre connaissance de l’histoire, que ce soit le témoignage direct, les enregistrements ou les écrits… Ici se rencontrent devoir de mémoire et travail d’histoire. L’an passé, avec les élèves du collège Maupassant participant au concours de la résistance, nous avons invité Thérèse Menot à venir témoigner, une nouvelle fois. Ce qui nous a tous frappé et atterré, à la fin de son intervention, c’est quand elle nous a dit recevoir toujours des lettres anonymes d’insultes et de menaces. La bête immonde bouge encore et l’actualité récente nous le montre - la résistance est donc toujours nécessaire et son idéal à ne jamais oublier. C’est pourquoi nous avons souhaité, avec les élèves, rendre hommage aux résistants et aux déportés en donnant le nom de Thérèse Menot à une salle du collège. C’est chose faite aujourd’hui et le fait d’y associer le nom de Lucien Berdasé, résistant limougeaud de la première heure, reconnu « Juste parmi les nations » conforte ce souci et cet hommage. Je n’oublie pas non plus aujourd’hui dans ce collège qui porte son nom, que Guy de Maupassant montra dans « Bel Ami » comment l’antisémitisme peut gangrener une société - celle où éclata l’affaire Dreyfus, l’un des jalons, si l’on veut, vers l’horreur dont nous venons de parler.
        Permettez-moi de citer en conclusion un autre résistant, René Char et ses Feuillets d’Hypnos:
        « On ne se bat bien que pour les causes qu’on modèle soi-même et avec lesquelles on se brûle en s’identifiant. »

        Et puis je voudrais faire un cadeau à Thérèse Menot, qui a repris vie en créant en 1948 l’équipe de basket féminine de l’Arsenal, un ballon qui est comme la fraternité, parce qu’on se le passe de mains en mains, qui est aussi comme le symbole de la résistance: il faut garder l’initiative, être combatif contre ceux qui veulent vous intercepter, et aller jusqu’à son but…

        Laurent Bourdelas, 1er mars 2006.
         

               

Nocturne républicaine à Limoges en réaction à la venue de Dieudonné

Excellente idée du député-maire de Limoges, Alain Rodet (candidat à sa réélection), et de nombreuses associations anti-racistes, ouvrir le Musée de la Résistance de Limoges tandis que Dieudonné, militant politique et ancien humoriste, était sur la scène du zénith de la ville devant de jeunes adeptes de la "quenelle", si l'on en croit des photographies postées sur internet par ses fans.
Une soirée digne, près de la belle cathédrale aux vitraux illuminés, pour se souvenir que le Limousin fut une terre de résistance et d'accueil pour les victimes de l'attaque éclair des Allemands contre la France en mai 1940, puis des Juifs, malgré les persécutions nazies et de Vichy. En réponse aux videos abjectes montrant Dieudonné convier des négationnistes pour parler avec lui ou faisant intervenir un comédien vêtu en déporté pour lui donner la réplique. J'ai songé à tout cela en regardant l'uniforme de déportée de la chère Thérèse Menot, à qui nous avions rendu hommage au collège Maupassant à Limoges, de son vivant. J'étais heureux d'être là avec mes deux fils, avec ma compagne, philosophe, de me souvenir de mes grands-parents maternels qui imprimaient de faux papiers pour l'Armée Secrète et les Juifs, au risque de leur vie. Il y avait du monde, d'ailleurs - à commencer par une grande partie du conseil municipal et le maire. Il y avait Camille Senon, survivante du tramway d'Oradour-sur-Glane, militante et témoin de toujours (candidate aux municipales sur la liste du Front de Gauche), à qui je suis allé dire combien le livre de mémoire publié avec l'historien Guy Perlier m'avait touché. Comme l'a dit Alain Rodet avec juste raison, le souvenir de la résistance et des martyrs nous oblige.Il y avait là des socialistes, donc, des écologistes, des associatifs et de simples citoyens. Je n'ai pas vu les responsables du centre ou de la droite, ni même ceux de l'extrême-gauche, mais je ne suis pas resté toute la soirée. Peut-être sont-ils passés après mon départ.
Il y avait une grande affluence, mais il n'y avait pas la grande foule. A quelques mètres de là, indifférents, de jeunes étudiants riaient devant un bar. Il faut pourtant demeurer en alerte, car la parole, les actes, se sont libérés depuis quelques temps déjà. 
Le racisme, l'antisémitisme, l'homophobie... sont tapis quelque part dans l'ombre, mais n'ont pas disparu, surtout en ces temps de crise et de fragilité. La parole politique doit d'ailleurs être parcimonieuse et intelligente et ne pas promettre ce qu'elle sait être impossible à atteindre; car la déception nourrit le découragement, les peurs et le mécontentement - les années 30 nous l'ont montré en Europe.

dimanche 19 janvier 2014

La disparition de Stéphane Bein

Michel Frugier évoque la rue Aristide Briand photographiée par Laurent Bourdelas





Cela avait été un succès de l’année 2003 : en marge de « Lire à Limoges », Laurent Bourdelas avait présenté au pavillon de l’Orangerie à Limoges son exposition photographique « Rue d’enfance » : trente photographies sélectionnées parmi plus de 500 prises l’été d’avant tout au long de la rue Aristide Briand, la plus longue de Limoges, qui part de la gare des Bénédictins et va jusqu’aux bois de la Bastide, entre ville et campagne. Enfant puis adolescent, Laurent avait vécu juste à côté, comme son ami et prédécesseur l’écrivain Georges-Emmanuel Clancier, qui lui confia, à l’occasion de la visite de l’exposition : « j’ai eu plaisir à retrouver ici notre rue d’enfance. » Les photographies étaient d’ailleurs accompagnées par des textes d’écrivains comme Marie-Noëlle Agniau, Alain Lacouchie, Gérard Frugier, Pierre Bergounioux ou bien encore Patrick Mialon, et de Laurent Bourdelas lui-même (ils ont été publiés dans un n° de la revue L’Indicible frontière). Le livre d’or de l’exposition conserve les traces de son succès, puisqu’en deux semaines, elle accueillit plusieurs centaines de visiteurs – qu’ils connaissent ou non la rue (à ce titre, les mots laissés par des Espagnols ou des Japonais sont intéressants). Beaucoup d’habitants ou d’anciens habitants s’y retrouvèrent même et y échangèrent leurs souvenirs. Marie-Noëlle Agniau écrivit un très beau texte inspiré par cette exposition : « L’œil photographique ».
Par la suite, Laurent Bourdelas – qui se rattache à la street photography sans toutefois photographier les gens (après avoir commencé dans les années 1980 et 90 en réalisant des portraits et des nus) – à poursuivi ses parcours photographiques. Ainsi, en janvier 2007, le Palais du Luxembourg a-t-il accueilli « Le Chant d’Oradour », photographies d’Oradour-sur-Glane et méditation sur la végétation reprenant ses droits au milieu des ruines, puis, plus tard, la ville limousine de Saint-Yrieix-la-Perche exposa ses clichés en plein air, sur des kakémonos.
Mais la rue Aristide Briand a continué à l’accompagner. Professeur, il a animé un atelier d’écriture et de photographies dont elle était le sujet avec des collégiens. La présentation de leurs travaux au théâtre Expression 7 a connu un beau succès. Et puis, dix années après, il a eu envie de retourner arpenter sa rue d’enfance. Et de la photographier à nouveau. Ce qui frappe celui qui a vu la première exposition et voit ces nouvelles photographies, c’est bien la persistance d’un « regard » sensible au détail comme au plan large ; la volonté de rechercher des choses déjà vues mais de les montrer autrement : ainsi de ces roses de métal au-dessus d’une porte jadis proposées en gros plan, maintenant presque dissimulées par un engin de travaux publics ; plus encore, le travail plus prononcé avec les reflets et donc les superpositions improbables, surréalistes – que regarde-t-on, que voit-on vraiment ? C’est dans ce reflet que l’on apercevra le seul humain, son propre fils, vêtu de bleu ciel et dédoublé.
La rue a changé : des espaces autrefois ouverts (notamment en bordure des voies ferrées) sont aujourd’hui inaccessibles ; des façades, des commerces, des espaces, se délabrent ; la sociologie de la rue change ; mais elle demeure pleine de charme, de secrets et donc de surprises. Incontestablement, c’est lui-même que photographie Laurent Bourdelas en photographiant la rue de son enfance ; c’est le passé heureux enfui qu’il traque ; et même sans passants, cette artère est pleine de vie mais aussi de fantômes. Ce fut la « rue des cheminots », comme son père et les amis de celui-ci, avec ses petits commerces étouffés par la suite par le supermarché proche ; avec ses bars ; avec toute une convivialité qui semble disparue : celle de l’école républicaine, mais aussi de l’église. En plus de ses talents de photographe, ce que nous donne à voir Laurent Bourdelas ici, c’est un idéal rétrospectif dont il serait nostalgique.

            Michel Frugier

jeudi 16 janvier 2014

Un bien indigeste (Roland) Giraud

Je me souviens de ma grand-mère faisant réchauffer le giraud acheté dans une boucherie de la rue du même nom, lorsque j'étais enfant. Elle le dégustait avec mon père qui en était aussi friand, mais ma mère et moi ne l'appréciions guère. C'était pourtant l'une des spécialités de la cuisine limougeaude, un boudin de veau et de mouton (d'ailleurs plutôt du sang d'agneau). 
Et puis le Giraud, pour moi, c'est surtout Bob Giraud, l'écrivain né à Nantiat et passé par Limoges, devenu piéton de Paris, et auteur de si beaux livres comme Le vin des rues...
Je m'étrangle ce 16 janvier avec un bien autre indigeste Giraud! Le comédien dont Le Populaire du Centre nous rapporte les propos dans l'émission de France 5 "C'est à vous la suite": "Dans la pièce, on parle de Limoges, ça fait beaucoup rire [...] Limoges, c'est la seule ville de France où on ne va pas en tournée. C'est LA ville où il ne faut pas aller au théâtre [car les spectateurs] ne viennent pas. D'ailleurs aucune tournée ne passe par Limoges." Un jugement de valeur d'une bêtise confondante lorsque l'on sait combien - au moins depuis Pierre Debauche -, les habitants de Limoges aiment le théâtre, qu'ils peuvent apprécier dans sa diversité à l'Opéra-Théâtre, à L'Union, dans des salles comme Expression 7 ou La Passerelle, dans les centres culturels ou lors du Festival international des francophonies. Roland Giraud ne connaît rien à Limoges, à son public, à ses théâtres, semble-t-il...
Mais ce qui est, somme toute, rassurant, c'est qu'il affirme qu'aucune tournée ne passe par Limoges (ce qui n'est pas tout à fait exact): cela nous permet d'échapper à une forme de théâtre de boulevard poussif et vieillissant. Finalement, c'est peut-être cela, le vrai problème de Roland Giraud: le public de Limoges est exigeant.

dimanche 12 janvier 2014

Fermeture du Trolley, haut lieu culturel limougeaud dans les années 70 - début 80

Ouvert dans les années 1970 par Fabien et Tatoo rue des Grandes Pousses à Limoges, Le Trolley devint vite l'un des endroits underground et branché de la ville alors un peu endormie - comme L'Echappée Belle, le café-théâtre de Charles Caunant rue du Temple. Se produisaient là des groupes de rock et divers artistes, dont Buren! Renaud, Guy Bedos et bien d'autres vinrent y manger... Les journalistes de Libé y passaient. L'ambiance était survoltée. On accrochait un sapin décoré à l'envers au plafond pour Noël. Pour ma part, j'y fis ma première exposition de photographies en 1982, accompagné par les poèmes de Pascale Michelon et Jean-Pierre Nivôse. En 1985, j'y lançais (avec l'excellent punch de Fabien) la revue d'art et de critique Analogie, qui allait durer jusqu'en 1998.
Puis l'équipe changea, Serge et Patrick prirent la suite, les choses devinrent plus calmes (mais on mangeait de bons plats créoles). A la fin des années 90, ce sont les Anciennes Majorettes de la Baule, rue Haute-Vienne, qui furent le lieu de la branchitude arty. Néanmoins, diverses manifestations furent encore organisées au Trolley - je me souviens d'un dîner hommage au poète Joseph Rouffanche, de lectures-rencontres-dîners avec des auteurs, d'expositions diverses.
L'aventure s'est achevée en décembre dernier. Je n'étais pas au courant. Le Trolley (ainsi nommé car jadis meublé de sièges du célèbre bus limougeaud) est vide.
On rêve d'un lieu aussi fou.

mardi 7 janvier 2014

Carmen comme le symbole du renouveau de l’Opéra-Théâtre de Limoges



Pour commencer l’année 2014, l’Opéra-Théâtre de Limoges – dirigé par Alain Mercier – propose la superbe Carmen mise en scène par Frédéric Roels et dirigée musicalement par Robert Tuohy – désormais talentueux directeur musical associé de l’Opéra-Théâtre de Limoges et de l’Orchestre de Limoges et du Limousin, venu de l’Orchestre National de Montpellier. J’avais aimé, par le passé, le travail théâtral de la Compagnie Fievet-Paliès, jadis installée à Limoges, autour de Carmen, la nouvelle et la Carmen arabo-andalouse d’Olivier Desbordes au Festival de Saint-Céré – que je ne désespère pas de voir invité un jour en Limousin. J’ai beaucoup aimé la puissance et la sobriété de cette version dépoussiérée et fidèle à la fois de l’opéra comique de Bizet sur le livret de Meilhac et Halévy et je n’ai pas vu le temps passer, grâce à une mise en scène, une interprétation lyrique et musicale efficace et réussie, grâce aussi aux costumes de Lionel Lesire, aux décors intemporels et à la scénographie de Bruno de Lavenère, aux lumières pertinentes de Laurent Chastaingt – dont on comprend qu’il ait été trois fois nominé aux Molières.
            Interprétant la mythique séductrice gitane et sévillane, Annalisa Stroppa, mezzo-soprano, habituée des plus grandes scènes à travers le monde, chante magnifiquement, puissamment, sensuellement, ces airs universellement connus et réussit la prouesse de nous surprendre. En short court, en jupe et sandales, le corps harmonieux, elle sait en quelques gestes ou pas de danse être la cigarière provocante, la prisonnière éplorée et séduisante, la contrebandière des montagnes, mais surtout la femme libre jusqu’à la mort imaginée par Mérimée dans sa nouvelle. Elle triomphe de ce rôle exigeant pour la plus grande joie d’un public ravi. A ses côtés, les autres chanteurs – même ceux dont les rôles pourraient sembler plus secondaires – sont excellents ; en particulier, bien sur, le ténor américain Brian Jagde qui interprète Don José, amoureux jusqu’à la désertion et au crime. Belle puissance du chant masculin. Malheureusement souffrante, Karen Vourc’h, soprano Victoire de la Musique de la Révélation classique en 2009 compose une Micaëla attendrissante dans sa confrontation sans espoir avec Carmen. Thomas Dear, baryton basse, interprète Escamillo avec ce qu’il faut d’arrogance. Et tous les autres doivent ici être salués. En particulier les musiciens limougeauds et leur Chef, plein d’un talent incontestable, que l’on aimerait mieux voir dans leur fosse ; Jacques Maresch, le chef de chœur, le Chœur de l’Avant-Scène, dirigé par Catherine Pourieux et Patrick Malet – les enfants y sont charmants et tout à fait doués.
            Toute cette belle troupe réussit à donner beaucoup de vitalité à l’opéra – parfois de violence, avec la quasi tentative de viol sur Micaëla par les soldats dans une flaque d’eau, l’apparition des couteaux tranchants, le meurtre final qui rougit l’eau du sang de Carmen, comme l’annonçaient le graphisme de l’affiche et du programme. La violence même de l’amour, sujet de l’œuvre : Et si tu m’aimes, prends garde à toi !
            Le public, venu nombreux, ne s’y trompe pas qui applaudit à tout rompre et fait revenir plusieurs fois les artistes et l’équipe pour saluer sur la scène du vénérable théâtre qui fête ses 50 ans. Les spectateurs attendent aussi la Carmen dansée d’Antonio Gades. Ce feu d’artifice chatoyant symbolise le renouveau de l’Opéra-Théâtre de limoges et l’on ne peut que s’en féliciter. Que de chemin parcouru depuis les opérettes des années 70, lorsque j’apprenais la critique, adolescent, en compagnie de Jacques Ruaud, de L’Echo ! L’austère façade grise et bétonnée du bâtiment – construit à la place du beau cirque-théâtre municipal en 1963 par Pierre Sonrel – semble vouloir attirer le plus de spectateurs possible et leur crier elle-aussi « Si tu ne m’aimes pas, je t’aime ! »

vendredi 3 janvier 2014

1605: Henri IV à Limoges



Le 30 juillet 1845, l’archiviste de la Haute-Vienne A. Leymarie offre au duc et à la duchesse de Nemours le récit de la visite à Limoges d’Antoine de Bourbon et de Jeanne d’Albret en 1556, et celle d’Henri IV, en 1605, annoncée aux consuls par le duc d’Epernon, gouverneur en Limousin. C’est à lui que nous empruntons pour évoquer cette venue.
            La préparation de l’accueil du roi occupe trois semaines. Henri IV fait d’abord une entrée « sans cérémonie», comme vicomte, 30 000 personnes criant « Vive le Roy ! ». Six jours (pluvieux) après, il décide de faire son entrée royale (cette fois sous le soleil), au départ de Montjovis, où il commence par dîner avec les princes du sang, maréchaux de France, officiers et chevaliers. Prenant ensuite place sur un trône surélevé sous un dais, décoré de velours violet et de fleurs de lys dorées, il assiste à la procession du clergé, composée de 300 religieux avec leurs croix, qui passent en chantant, puis de 1 500 hommes des neuf compagnies des troupes de la ville, en tenues colorées, avec leurs bannières et au son des fifres et des tambours. Leur commandant prononce quelques mots de fidélité à l’égard du roi. Suivent cinquante jeunes hommes des familles réputées de la ville, en manteau écarlate, à cheval, précédés par des trompettes et clairons. Ceux-ci se proclament « très humbles, très obéissants et très fidèles sujets et serviteurs. » Viennent ensuite le vice-sénéchal et ses lieutenants, puis les hommes de Justice, en tenue, qui se mettent tous à genoux devant le souverain, tandis que le président Martin livre en leur nom un autre témoignage de fidélité et d’obéissance. Les consuls arrivent, montés à cheval, en robes de velours, accompagnés par les sergents, et par les bourgeois les plus notables. A chaque fois, le roi – dont on mentionne le visage joyeux – répond. On part ensuite vers la ville. Les consuls accompagnent Henri IV vers la porte Montmailler, décorée de rameaux et de peintures (représentant notamment un autel dédié à la clémence du roi), notamment par une statue de Lemovix, mythique fondateur de la ville, tenant dans sa main droite une clef d’argent et dans l’autre un cœur enflammé. Musiciens et chanteurs participent de l’accueil. Un enfant déguisé en ange apporte les clefs de la ville au monarque : « Avec ces clefs, les biens mêmes, la vie/De ce peuple est acquise à votre Majesté… » Depuis les Arènes, les canons de la ville se mettent à tonner. Les six consuls élèvent un somptueux poile coloré au-dessus du roi. Partout, sur le trajet, les maisons sont décorées, la foule se presse jusqu’aux toits, venue de toute la province, et crie « Vive le Roy ! ». Le cortège arrive à Saint-Martial – elle-même décorée – tandis que les cloches sonnent à toute volée. Henri IV est accueilli par l’évêque et par les religieux puis s’avance dans la nef parée comme le chœur de velours et de tapisseries, de rameaux de laurier et de lierre, tandis que s’élève le Te Deum. Les trésors sont ouverts, ainsi que le reliquaire du saint Patron de la ville. Lorsque le roi et les consuls sortent en direction du logis royal, sous une lune éclatante, torches et flambeaux éclairent les rues comme en plein jour.
            Le lendemain, les consuls en grande tenue offrent à Henri IV deux médailles d’or le représentant ainsi que le Dauphin.         

Voeux

La chapelle du Lycée Gay-Lussac bientôt réhabilitée
 
 
Je vous présente mes meilleurs voeux à l'occasion de 2014: santé et joie si possible. Cette année sera captivante puisqu'elle verra se dérouler de nouvelles élections municipales. J'espère que ce modeste blog servira à les éclairer à sa manière.