mardi 31 décembre 2013

Dieudonné à Limoges? (suite) La bonne réponse d'Alain Rodet.

AFP.
Dieudonné doit se produire à Limoges le 25 janvier prochain. Des manifestations sont prévues si le spectacle est maintenu..
Le député-maire PS de Limoges, Alain Rodet, a estimé ce lundi que si le ministre de l'Intérieur Manuel Valls n'était pas "en mesure d'empêcher les spectacles de Dieudonné", lui-même s'opposerait à la venue dans sa ville de l'humoriste, le 25 janvier prochain, "par tous les moyens" légaux, sous une forme "qui reste à définir".
"Nous y pensons depuis longtemps", a expliqué à une correspondante de l'AFP M. Rodet. "Localement, nous recevons de plus en plus de lettres d'indignations au sujet de ce spectacle", a-t-il souligné. "Le MRAP, SOS Racisme, mais aussi la communauté israélite, ainsi que les associations de résistants ont fait savoir leur opposition à la venue de Dieudonné", certains ayant annoncé leur intention de manifester le jour J aux abords du Zénith, où doit se produire l'humoriste, a-t-il ajouté.
"Cet homme qui multiplie les provocations et les dérapages a largement dépassé les limites de la liberté d'expression", a ajouté l'élu socialiste.
M. Rodet estime que donner une tribune à Dieudonné "n'est pas acceptable, et encore moins dans un département comme le nôtre qui s'est fortement impliqué dans la Résistance et a lutté contre la persécution des juifs pendant la guerre".
"La tenue d'un tel spectacle serait d'autant plus inacceptable que la région a été le théâtre d'un grand moment de paix et de réconciliation en septembre, quand, pour la première fois depuis la guerre, un président allemand (Joachim Gauck, ndlr) s'est rendu à Oradour pour s'y recueillir avec le président français", a-t-il rappelé.
S'agissant de la forme que pourrait prendre la réaction de la commune, en l'absence de directive du ministère de l'Intérieur, le maire assure qu'"il existe des moyens légaux de s'opposer à la tenue de cette soirée". "Nous sommes en mesure de prendre un arrêté ou de saisir la préfecture notamment en invoquant les risques de troubles à l'ordre public évidents que pourraient entraîner ce spectacle", a-t-il expliqué.
Le ministre de l'Intérieur a annoncé la semaine dernière qu'il étudiait "toutes les voies juridiques" pour interdire les "réunions publiques" de Dieudonné qui, selon lui, "n'appartiennent plus à la dimension créative mais contribuent (...) à accroître les risques de troubles à l'ordre public".


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Le Parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour "incitation à la haine raciale" suite à ses déclarations antisémites à propos du journaliste Patrick Cohen. Le député des Français de l'étranger Meyer Habib (UDI) va déposer un projet de loi visant à interdire la quenelle, considérée comme un salut nazi inversé par beaucoup (Libération a indiqué que circulait sur le web une photographie montrant un jeune homme faisant la quenelle devant l'école juive de Toulouse où Mohamed Merah avait commis quatre meurtres). Ceux qui plaident l'innocence ou la bonne foi après avoir fait ce geste sont en tout cas pour le moins suspects...

dimanche 29 décembre 2013

Dieudonné pourra-t-il se produire au zénith de Limoges fin janvier?

Dieudonné doit se produire au zénith de Limoges en janvier 2014.

Il a fait, à ce jour, l'objet de 7 condamnations pour "délit d'injure et de provocation à la haine et à la discrimination raciale" - il y a peu: 28 000 euros d'amende pour diffamation, injure et provocation à la haine et à la discrimination raciale notamment pour la transformation de Chaud cacao d'Annie Cordy en Shoah nanas
Selon Libération du 28 et 29 novembre 2013, Lors de l'un de ses "spectacles" au théâtre parisien de la Main d'or, il a "agressé verbalement le journaliste de France Inter Patrick Cohen: "Quand je l'entends parler, Patrick Cohen, je me dis, tu vois, les chambres à gaz... Dommage." 
Selon Alain Jakubovicz, le président de la Licra, la "quenelle" (dont le terme a été enregistré à l'Institut national de la propriété intellectuelle par la compagne de Dieudonné) est un "salut nazi inversé". Cette déclaration est poursuivie en justice par Dieudonné "associé pour l'occasion [indique Libération] à l'historien négationniste Robert Faurisson et à une bordée de meurtriers condamnés (Youssouf Fofana, Alfredo Stranieri, Philippe Abitbol...)". Déjà dans Libération, en 2009, Dieudonné avait déclaré: "L'idée de glisser ma petite quenelle dans le fond du fion du sionisme est un projet qui me reste très cher." Depuis, ce geste pour le moins équivoque, en fait très évocateur, a été repris par diverses personnes sur le net et ailleurs, comme le footballeur Anelka lors d'un match, ou comme l'un des fans de Dieudonné regroupés devant la Main d'or devant les caméras de la chaîne LCI.
Tout cela contribue du climat délétère qui règne en France aujourd'hui.

Dieudonné doit-il, dans ses conditions, bénéficier d'une tribune à Limoges?

La billetterie est en tout cas en pleine effervescence: la FNAC, Carrefour, d'autres sites, vendent les places sans se poser de questions. Mais les associations SOS Racisme ainsi que le MRAP 87 (Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples) ont annoncé leur intention de manifester à proximité du Zénith si le spectacle n'est pas annulé. Selon un conseiller de Manuel Valls (Libération): "Dieudonné s'estime libre, et pense que personne ne peut l'atteindre. Moins on agit, plus sa parole devient violente." On attend donc que le Ministre de l'Intérieur et le président de l'agglomération de Limoges prennent leurs responsabilités. Selon France 3, "le maire de Limoges Alain Rodet nous a confirmé "envisager de prendre un arrêté municipal si la Préfecture ne le fait pas". Il y a manifestement une menace de trouble à l'ordre public: les provocations répétées de Dieudonné ne pouvant demeurer éternellement sans réponses. 

Dieudonné saluant Jean-Marie Le Pen (photo: Gala)

mardi 17 décembre 2013

Une Ecole vétérinaire à Limoges

L'Ecole vétérinaire de l'intendant Turgot

C'est le vétérinaire Pierre Desnoyers – ancien élève du Lycée Gay-Lussac – qui, dans sa thèse de 1967, révéla que l'intendant Anne-Jacques-Robert Turgot était à l'origine de la seconde Ecole vétérinaire de Limoges, dont l'existence fut malheureusement fort brève. Dès son arrivée en Limousin, Turgot fut sensible au développement de l'art vétérinaire, nécessaire dans cette région d'élevage. Dès 1763, il ne ménage pas ses efforts en faveur de l'ouverture d'une Ecole vétérinaire à Limoges et surtout d'un financement royal qu'il espérait mais qu'il n'obtint pas. L'établissement ouvrit pourtant en février 1766. Turgot avait informé la population de cette création et proposé aux paroisses les plus riches de prendre sous tutelle certains élèves afin de s'assurer le concours des futurs diplômés. Pour être admis, ceux-ci devaient savoir lire et écrire et avoir entre quinze et vingt-cinq ans. Le professeur responsable était Le Blois, assisté par Barjolin. L'effectif constant ne fut que de trois élèves. L'Ecole avait pour but d'enseigner mais aussi de traiter les animaux malades. « Toutes les parties de la médecine des animaux » étaient étudiées.
Le 5 novembre 1768, toutefois, l'Ecole ferma, faute de reconnaissance officielle, de moyens et faute de candidats – peu de jeunes gens étant attirés par la médecine vétérinaire, la majorité préférant étudier la chirurgie, plus lucrative. Cependant, écrit Pierre Desnoyers, l'existence de l'Ecole fit connaître cette nouvelle profession. En 1786, il y avait trois vétérinaires à Limoges : Persche, Sazerat et Mirat. En 1836, l'Administration préfectorale de la Haute-Vienne émit des souhaits en faveur de la création d'une nouvelle Ecole vétérinaire à Limoges mais, après étude, le projet fut abandonné. 

Et aujourd'hui?
 
Depuis 2012, le Lycée Léonard Limosin accueille une classe préparatoire aux grandes écoles: biologie, chimie, physique et sciences de la Terre. Une trentaine d'élèves peuvent y préparer les concours de l'Ecole Normale Supérieure d'Agronomie ou de l'Ecole Nationale Vétérinaire, entre autres. Les 4 écoles nationales vétérinaires (Lyon, Maisons-Alfort, Nantes et Toulouse) recrutent à différents niveaux, via cinq concours communs. L’accès est très sélectif, le taux de réussite allant de 7 à 20 % selon les concours.
La formation se déroule sur 5 ans. Les 4 premières années forment un tronc commun avec des cours théoriques (en anatomie, physiologie, pathologie, bactériologie, virologie, parasitologie, pharmacologie, zootechnie, épidémiologie, chirurgie...) et des cours appliqués. Dénommée "toute clinique", la 4e année est consacrée à des stages. Ce cycle est validé par le diplôme d’études fondamentales vétérinaires (DEFV) qui confère le grade de master. La 5e année est une année d’approfondissement à l’issue de laquelle les élèves doivent présenter leur thèse de doctorat, afin d’obtenir le diplôme d’État de docteur vétérinaire (DEV). Les étudiants approfondissent leur pratique clinique dans une filière (animaux de compagnie, animaux de production, filière équine). Ils peuvent choisir de compléter leur formation à l’université (dans le cadre d’un M2 ou d’une 1re année de thèse selon leur parcours) ou à l’École nationale des services vétérinaires (en santé publique vétérinaire).
On pourrait rêver (comme Pierre Desnoyers je crois) que de véritables passerelles soient justement créées, à l'occasion de la cinquième année, entre les Ecoles et la région Limousin, où l'élevage bovin (et ovin) occupe une place de choix.