jeudi 31 octobre 2013

Le paysage radiophonique limougeaud... une vieille histoire!



C’est au début de 1926, grâce à l'alliance entre un afficheur publicitaire, M. Canet et un radio électricien, M. Lamoureux, qu’un premier poste émetteur T.S.F., Radio Limoges, s’installe boulevard Montmailler, puis dans un grenier de la caserne Beaublanc avant de gagner le 2 de la rue Saint-Paul. Les studios prenant place rue du Consulat, puis rue Adrien-Dubouché, boulevard Victor Hugo et enfin rue des Anglais. Au départ, on utilise un phonographe manuel pour la musique. La radio est gérée par une association qui compte 40 adhérents en 1927 et 3 000 en 1933 ! Son président est d’abord Georges Avryl (Gaston Charlet), auteur de pièces radiophoniques ; Georges Lagueny dirige le bulletin hebdomadaire des programmes Limoges-Radio ; le chef de station était Joly et le speaker, Jarraud. Parmi les intervenants : Lucien Dumazaud qui réalise des chroniques folkloriques. Dès 1927, la radio devient d’Etat et prend le nom de Radio Limoges P.T.T. Son programme est le plus souvent constitué du relais de Paris P.T.T., mais elle réussit néanmoins à produire quelques émissions propres et à s'entourer d'artistes, de comédiens et de musiciens qui donnent vie à ses programmes. La troupe de théâtre déjà constituée de " l'Avant-scène " devient sa troupe régulière pour les émissions de théâtre radiophonique très prisées. La radio réussit même à constituer un orchestre symphonique de 22 musiciens et diffuse des concerts en direct. Pendant la dictature du maréchal Pétain, c’est Radio Vichy qui émet à sa place, à partir du nouvel et puissant émetteur de Nieul – à la Libération, celui-ci est sauvegardé par les résistants. C’est Georges Lamousse (commandant F.F.I.) qui la dirige, Marc Bernard et Georges-Emmanuel Clancier s’occupant des programmes – pour l’écrivain, il s’agit de poursuivre le combat mené pendant la guerre en faveur de la diffusion de la littérature et de la culture. Il avait d’ailleurs déjà participé à quelques émissions littéraires avant la guerre, avec R. d’Etiveaud. L’écrivain trouve l’expérience exaltante : il crée des émissions d’information, s’occupe de la revue de presse, fonde le Magazine des Arts et des Lettres – Couleurs du temps, diffusé chaque lundi (avec pour indicatif la Valse de Ravel). Clancier s’occupe de l’activité littéraire régionale et nationale et s’adjoint deux limougeauds : Bernard de Vergèze, pour les spectacles, et Jean-Marie Masse pour le cinéma et le jazz. En 1947, un émetteur clandestin est découvert à Limoges et arrêté en vertu du monopole d’Etat. Lors de l'éclatement de l'O.R.T.F., Radio Limoges est rattachée, comme toutes les radios de région, à F.R.3. La direction régionale de F.R.3 est à l'époque commune pour les deux régions Limousin et Poitou-Charentes. A la fin des années 60, Serge Solon est à l’origine – avec l’aide d’un professeur du conservatoire – d’un orchestre à cordes (qui devient l’Orchestre de Chambre du Limousin) puis d’une chorale. En 1982, après son rattachement à Radio-France, la radio devient Radio France Centre-Ouest puis Radio France Limoges en 1984. C’est dans ces années que Jean-Marie Masse – encore sur la suggestion de Solon – réalise ses « Entrées libres », où il accueille des musiciens en direct, et des émissions consacrées au jazz. A partir de cette date, elle devient une véritable station avec une grille qui couvre l'ensemble de la journée et plus seulement quelques heures de décrochage. En 2000, elle prend pour nom France Bleu Limousin et joue au maximum la carte de la proximité, séduisant près de 80 000 auditeurs par jour.
            Radio Trouble-Fête est la plus ancienne des radios associatives du Limousin. Créée au printemps 1980, la première émission « en pirate » a eu lieu le 26 septembre de la même année dans l’atmosphère particulière qui allait conduire à la victoire des socialistes et de François Mitterrand. Alors qu'elle ne diffusait que deux fois par semaine début 1981, les émissions sont devenues quotidiennes dès le 1er octobre 1981. Son style alternatif, ses programmes ouverts aux jeunes, aux minorités ethniques ou sociales et à divers styles de musique, certaines émissions culturelles très « pointues » (Le Mandarin), en ont fait une radio intéressante notamment des années 1980 et 90. Au début et au milieu des années 1980, deux radios se partageaient l’audience : HPS Diffusion, rue de Maupassant à Limoges, et Radio Porcelaine, à Boisseuil (où officia, parmi d’autres, Jean-Marie Masse qui avait quitté Radio France). La première – où plusieurs jeunes animateurs et futurs professionnels de l’audiovisuel firent leurs armes, dont l’auteur de ces lignes… – était installée dans un garage et émit très rapidement 24 heures sur 24, avec ses platines et ses magnétophones Revox, dans une ambiance souvent bon enfant (on mangeait parfois dans le studio ou on y petit déjeunait après les nuits blanches où un animateur pouvait garder le micro en direct 6 à 7 heures), ce qui ne l’empêcha pas de programmer des émissions musicales, cinématographiques, littéraires, ou culturelles de qualité. Elle participa également (comme Radio Trouble-Fête) à divers évènements musicaux ou culturels limougeauds et régionaux. Il exista aussi, de 1983 à 1987, Radio Luttes, proche de la C.G.T., sise à l’étage de la Maison du Peuple, animée par des travailleurs, préoccupée à la fois de politique et de culture, programmant de la chanson française, occitane, étrangère, de l’accordéon, du rock. Parmi ses animateurs : Jean-Louis Escarfail, cheminot, militant syndical, qui devint éditeur par la suite. Elle réalisa pour contribuer à son financement un magnifique portfolio carré regroupant des reproductions d’œuvres de divers artistes et participa à des fêtes du quotidien communiste L’Echo du Centre, au Mazeau, à Saint-Priest-Taurion. Il y eut un temps une radio Limoges Fréquence Plus, rue des Arènes. En 1987, des jeunes du quartier périphérique de Beaubreuil créèrent Beaub F.M. Elle « se veut avant tout une radio de proximité et d’intégration, en refusant le stigmate du « quartier difficile » et en renforçant l’image d’un dynamisme collectif ou chacun pense construire positivement. » Elle appartient au réseau Férarock qui regroupe des radios associatives qui ont pour finalité commune de diffuser principalement les musiques actuelles en émergence ou peu exposées sur les radios nationales. Elles accordent un regard particulier à la scène française et à l’espace Francophone. En 1989, Martine Jacob propose à Jean-Marie Masse la fréquence de Radio Porcelaine pour créer une émission diffusant du jazz 24 heures sur 24 : Jazz F.M. En 1991, c’est Swing F.M. qui lui succède, sur une idée de Claude-Alain Christophe, du Hot Club – il a raconté cette aventure dans un livre. De 1992 à 1996 exista une Radio Campus Limoges, plutôt destinée aux étudiants. Dans les années 90 est apparue, affiliée au réseau des Radios Chrétiennes de France, R.C.F. Email Limousin : un programme chrétien, généraliste et grand public, dont la diversité s'adresse à tous les auditeurs, un large décrochage régional de 5 heures permettant la réalisation d’émissions à forte tonalité culturelle et patrimoniale, ouvertes musicalement, ainsi qu’une émission destinée aux prisonniers et à leurs familles. Non loin de Limoges, à Feytiat, est installée Flash F.M., radio « commerciale » et musicale locale.
             
Bien entendu, diverses antennes commerciales nationales disposent de relais en Limousin – mais c’est une autre histoire.

samedi 26 octobre 2013

La passerelle du Chinchauvaud, Eric Vigneron et moi...

(avril 2009)
Eric Vigneron, qui présente une agréable émission culinaire sur France 3 Limousin, me fait fart de sa tendresse pour la passerelle du Chinchauvaud à Limoges; il suggère même, avec juste raison, que celle-ci soit classée. Rénovée il y a peu (mes photos ont été prises avant), elle conserve tout son charme. Celui que je lui ai connu lorsque j'étais un enfant et un adolescent du quartier qui allait voir passer les trains en espérant reconnaître son père dans la cabine de conduite. 
La passerelle est située sur la ligne Limoges-Angoulême qui date de 1875. La gare emblématique de cette ligne étant celle de Montjovis, longtemps desservie par des trains "Grandes lignes", notamment du vendredi au dimanche, qui effectuaient la liaison Saint-Gervais-les-Bains Le Fayet à La Rochelle. Une gare que j'affectionne aussi particulièrement, comme cette petite ligne que les cheminots C.G.T. avaient proposé, il y a plusieurs décennies, de transformer en omnibus urbain qui relierait la gare des Bénédictins à celle d'Aixe-sur-Vienne et permettrait de densifier le trafic de la gare de Montjovis tout en facilitant la desserte des quartiers nord et ouest de Limoges ainsi que le campus universitaire de la Borie. Ce serait une excellente idée. 

samedi 19 octobre 2013

Un siècle après, le fantasme de "L'invasion noire"



Bibliophile, je possède un magnifique exemplaire doré sur tranche et relié cuir de L’invasion noire – La guerre au vingtième siècle, publié par le capitaine Danrit (de son vrai nom Emile Driant) chez Flammarion à la fin du 19ème siècle. L’officier de carrière (1855-1916) mort à Verdun était le gendre du général Boulanger ; il fut officier d’ordonnance en Afrique puis chef de bataillon. En 1910, il est député Action libérale de Nancy. C’est un ami de Déroulède et de Barrès (qui écrit, après l’annonce de sa mort au combat : « le lieutenant-colonel Driant, député de Nancy, demeure allongé sur la terre lorraine, baignée de son sang. » Mais « il respire, il agit, il crée ; il est l’exemple vivant ». Il est également devenu écrivain, faisant un pseudonyme de l’anagramme de son nom. Ses récits se sont inspirés du modèle vernien du roman d'aventures, mais relu à travers la défaite de Sedan et l'expansionnisme colonial français. L’invasion noire est dédiée à Jules Verne, dont enfant il lisait les romans. Ses livres sont axés sur l’armée (à la veille de 14-18), avec des trouvailles qui en font un précurseur de la science-fiction. Dans L’invasion noire, les populations d’Afrique Noire soulevées par les Turcs envahissent l’Europe et ne sont stoppées que par des gaz asphyxiants lâchés des dirigeables français ! « L’intérêt pour l’amateur d’anticipation réside surtout dans les multiples inventions que cite Jacques van Herp : « les ballons métalliques […], soucoupes volantes avant la lettre, fusils silencieux à gaz carbonique, automates combattants, téléviseurs, pluie artificielle, gaz toxiques et guerre bactériologique » ajoutons des super-explosifs ou le Tunnel de Gibraltar creusé par les Espagnols qui permet le passage de supplétifs africains essentiels à la victoire européenne. » indique Philippe Ethuin.
L’arrière-petite-fille du député officier écrivain, Laure Driant, a épousé Xavier Darcos.
Les relents racistes de Danrit m’ont immédiatement fait songer à la rumeur qui a frappé Limoges ces derniers temps – comme d’autres villes de France – et dont Libération a tenté l’analyse, signalant au passage que le député-maire Alain Rodet avait porté plainte. Le bruit qui court à Limoges serait que des populations noires de la région parisienne seraient accueillies dans la ville en échange d’argent pour financer des équipements municipaux ! On voit l’incongruité d’un pareil fantasme (que j’ai pourtant entendu relayé par des gens habituellement plutôt intelligents et sans doute de gauche). Le « tort » de certains immigrants est sans doute que leur couleur de peau soit plus visible que d’autres ; c’est une banalité de dire que l’on remarque plus facilement, dans les rues de Limoges, un Noir qu’un Espagnol. La capitale régionale, comme toutes les villes de province de moyenne importance, reçoit des populations, en situation régulière ou non, venues en France pour échapper à la misère, à la guerre, à la dictature ou aux trois réunies. Il arrive qu’elles se regroupent dans certains quartiers, rues ou immeubles, où il est donc normal qu’on les remarque. On ne saura jamais, comme pour la plupart des rumeurs, qui a créé celle-là. Souvent, la rumeur naît d’une erreur ou d’un mensonge – le phénomène a bien été analysé par les psychologues, les sociologues et les historiens (y compris par Edgar Morin). Mais on perçoit bien tous les effets délétères, en ces temps difficiles pour le gouvernement, en ces temps nauséabonds de progression idéologique et donc électorale de l’extrême-droite, en cette période pré-électorale. Avec cette rumeur, on fait d’une pierre deux coups : on s’en prend à une communauté de migrants et à l’équipe municipale en place. Et comme souvent, toutes les stratégies pour contrer la rumeur ne font que l’amplifier (l’analyser, ne pas en parler ou tenter de la vaincre).
A la fin de L’invasion noire, l’auteur évoque « la réconciliation des peuples de race blanche et leur retour aux principes de justice et d’humanité. Le sang versé par l’Invasion noire, au lieu de noyer la vieille Europe, l’avait fécondée, tant il est vrai que la GUERRE, lorsqu’elle est soutenue par une cause juste, lorsqu’elle a pour enjeu l’existence et la liberté, est toujours une leçon et un enseignement. C’est elle, en effet, qui retrempe les races, elle qui arrête les nations sur la pente de la décomposition sociale ; elle, enfin, qui rend aux individus le sentiment du devoir et du sacrifice ! ». On saisit bien, en parcourant ce galimatias, le message sur la suprématie des Blancs et des Européens (sur les colonies) et la mise en condition avant la Première Guerre mondiale. Il faut toutefois se garder de croire que cette rhétorique a disparu : en effet, internet nous montre, si besoin est, jusqu’au dégoût, que des tenants du « white power » sévissent encore. Et la rumeur est bien révélatrice de la pérennité de certaines peurs irrationnelles de l’autre, qui font le jeu de certains.

mardi 15 octobre 2013

Les élus limougeauds: une très vieille histoire...



              Elle remonte au Moyen Âge...

            Face à la Cité dont sont maîtres les évêques, le Château profite du rayonnement de l’abbaye et de l’essor du commerce. Surtout, ses bourgeois – burgenses ou homines castrum lemovicum – manœuvrent fort habilement et avec âpreté pour conquérir de nouveaux droits, profitant notamment des rivalités entre le vicomte de Limoges, Adémar V, qui conteste l’autorité anglaise, alors que le duché d’Aquitaine est passé sous le contrôle de l’Angleterre suite au mariage d’Aliénor avec Henri II Plantagenêt. En 1171 ( ?), d’après Geoffroy de Vigeois, le jeune Richard Cœur de Lion, nouveau duc d’Aquitaine, après une entrée processionnelle devant la foule en liesse, où il est accompagné par sa mère, reçoit à la cathédrale (« église matrice du Limousin ») la bénédiction de l’évêque de Limoges, une belle tunique de soie et une relique précieuse mais sans doute apparue pour « la cause » : l’anneau de sainte Valérie, signe d’une union mystique entre le prince et la Cité, le culte de la sainte ayant été redynamisé depuis une dizaine d’années. Suivent diverses festivités : tournois et banquets. L’Eglise limougeaude légitimant ainsi la Cité comme le lieu du couronnement ducal – Reims étant celui du sacre royal. Mais, progressivement, l’opposition entre le duc et les Limousins grandit et le Château se retrouve au cœur des affrontements. En 1183, Henri II en fait raser l’enceinte et démantèle le pont Saint-Martial pour châtier les habitants indociles. En 1199, faisant face à une coalition entre Philippe-Auguste, le comte d’Angoulême et le vicomte de Limoges, Richard Cœur de Lion est mortellement blessé (vraisemblablement par Pierre Basile) d’un carreau d’arbalète à Châlus-Chabrol, ce qui inspira nombre de chroniqueurs médiévaux puis Walter Scott dans Ivanhoé. Il rend son dernier souffle dans les bras de sa mère Aliénor.
            Malgré les désagréments, les bourgeois de Limoges – dont le vicomte a besoin pour assurer la défense de ses positions – se voient reconnaître des droits politiques par celui-ci et par l’abbé. De 1212 à 1260, ils établissent progressivement leurs coutumes, fixent l’organisation de leur institution consulaire – avec l’élection annuelle de huit (puis douze) consuls élus par les quartiers de la ville, assistés par le Conseil des Prud’hommes de l’Hôpital. Les consuls ont pour attributions la possession et l’entretien coûteux de l’enceinte et du guet, celui de la voierie, des aqueducs, des fontaines et des égouts, de la police, le contrôle des activités commerciales. Ils mettent aussi progressivement la main sur la justice, au détriment des seigneurs locaux. Malgré le soutien du roi d’Angleterre Henri III Plantagenêt qui confirme leurs franchises, les consuls se retrouvent face à l’hostilité vicomtale qui dégénère en une guerre – dite de la Vicomté – qui dure longtemps, de 1260 à 1276, alternant les combats et les trêves, les appels au roi de France ou au Parlement. Celle-ci ravage et épuise la commune et ses alentours (les vendangeurs se joignent aux bourgeois car leurs vignes subissent des dégâts). Parmi les victimes, on compte des femmes, des enfants, des clercs ; les vicomtins – dont le siège est à Aixe – se battent à cheval, les bourgeois à pied, parfois au son de tambours et trompettes : c’est un conflit violent. Après la mort du vicomte Guy VI, c’est sa veuve Marguerite de Bourgogne qui poursuit l’affrontement, aidée par Gérard de Maumont, détesté par les bourgeois, conseiller de Philippe III, futur ambassadeur puis chapelain du pape, qui reçut le château de Châlus-Chabrol pour services rendus avant d’acquérir celui de Châlucet haut. En 1276, alors que la commune est épuisée, une sentence, confirmée un an plus tard par le roi de France Philippe III, prive les consuls et les bourgeois de nombre de leurs droits au profit de la vicomtesse.
            Il existe également un consulat dans la Cité de l’évêque, que l’on connaît mal, faute de sources. J’ai déjà montré qu’en 1307, un contrat de pariage fut signé entre le roi de France Philippe IV le Bel et l’évêque Raynaud de La Porte, à l’occasion d’un conflit entre les consuls de la Cité et ceux de Saint-Léonard-de-Noblat et l’évêque : celui-ci prive les bourgeois de tout droit sur la justice des villes, mais permet au souverain d’en récupérer la moitié et de faire habilement progresser son influence.
            C’est la guerre de Cent Ans qui permet finalement aux consuls de Limoges de faire à nouveau reconnaître leurs pouvoirs, par Edouard III d’Angleterre, d’abord – suite au Traité de Brétigny qui place Limoges sous souveraineté anglaise en 1365 –  puis, suite à leur ralliement, par Charles V de France en 1371. Ils redeviennent ainsi les maîtres de leur ville, jusqu’au règne de Louis XI qui l’amoindrira au profit de la Couronne et de ses officiers. Les charges consulaires se transmettent de génération en génération, comme la richesse économique ; en sont écartés le peuple et les bourgeois modestes.

samedi 12 octobre 2013

Pierre Mahaut: Le petit Pierre, Dico décalé de l'ordre républicain ( Solilang, 2013)

Pas étonnant que Marcel Rigout, ancien ministre, signe la préface du livre captivant et féroce de Pierre Mahaut, puisque le père de celui-ci, conseiller général et maire de Nieul, fut l'un de ses compagnons, en particulier au moment de cette aventure qui consista à quitter le parti communiste dans les années 1990. Il a raison d'écrire: "Bon sang ne saurait mentir. Faites honneur à votre bibliothèque, offrez-lui Le petit Pierre." L'ouvrage de cet ancien fonctionnaire attaché à sa région se lit avec délectation, au fil de nombreuses entrées classées par ordre alphabétique et mises en page de façon dynamique par des étudiants du Master 2 (Ecriture, typographie, édition) de l'Université de Limoges. Il faut souligner la grande qualité du style de l'auteur (qui utilise des registres variés, jusqu'à imiter celui des tweets), ce qui est la moindre des choses que l'on puisse espérer de la part de quelqu'un qui écrit des livres, mais qui est loin d'être si fréquent... Aussi reprécise-t-il régulièrement le sens des mots. C'est d'ailleurs parce que l'on connaît la définition de ceux-ci de la manière la plus exacte que l'on pense plus clairement et plus justement. Pierre Mahaut est, semble-t-il, un homme en colère: contre le capitalisme, le libéralisme, le délitement des services publics, celui, plus général, de la société, contre tous les opiums du peuple. Son constat est plein de verve et d'humour, il n'en est pas moins vrai et sa conclusion, son "terminologue" est plutôt le constat de la mort des illusions: "Le changement n'est plus possible; il y faudrait des révolutions, elles ne sont plus possibles, devenues trop chères, on ne peut plus se les payer [...] Le verouillage sociétal est total, autant culturel et idéologique que matériel et technique; le verrouillage politico-économique est parfait, sur des scènes où tout le monde tient tout le monde, qui par la barbichette, qui par la main, qui par le portefeuille, qui par les couilles. Demain sera médiocre [...] Alors c'est terminé, je ne crois plus rien des promesses de qui que ce soit, et j'essaie de répandre la mauvaise nouvelle: le côté obscur a gagné [...] La Terre se vengera. Les lendemains pleureront. Le savoir ne représente même pas un dernier espoir. Rejoins-moi, aide-moi au moins à en rire, à faire en sorte que la lucidité ait du panache."
Derrière ce constat lucide et presque désespéré d'un homme qui - comme ceux de sa et de ma génération - ont beaucoup rêvé et ont cru faire changer le monde (ce fut un slogan à gauche, avant de se convertir entièrement aux "lois du marché"), se lit en creux ce que pourrait être une société idéale: celle où le politique imposerait sa loi à l'économie - modèle que réfuta un 1er ministre socialiste tout étonné du coup d'être éliminé par le candidat du Front National. Car, n'est-ce pas, c'est cela la gauche, depuis Marx, Proudhon et d'autres: être persuadé que le politique et l'humain doivent l'emporter sur le profit. On rêverait que chaque candidat aux élections municipales (comme aux autres d'ailleurs) lise cet ouvrage si pertinent, où est critiqué le cumul des mandats ("le pompon dans cette affaire revient aux sénateurs, élus au deuxième degré par des grands électeurs (maires, conseillers généraux,...) réduits par le cumulard au rôle de mandants des enjeux importants quand lui-même se désigne mandataire des enjeux de la base. # léguignol"), où est repensée la démocratie: "L'heure est venue d'opter résolument pour un mode de désignation nouveau, donnant au moins une chance aux meilleurs - et meilleures - d'entre nous: le tirage au sort." Et ce souhait que nous devrions tous partager - qui reste encore un idéal non atteint -: "Vive les cultures ou les traditions, régionales ou nationales, mais que tous se retrouvent dans la république et en partagent les fondements, à commencer par la devise, liberté, égalité, fraternité et reconnaissent le droit et la laïcité comme des mètres étalons de l'intérêt général".

vendredi 11 octobre 2013

Hommage à Hayat Lofti

(photo E.E.L.V.)

Hayat Lotfi est décédée à Limoges. Membre active d'Europe Ecologie Les Verts, plusieurs fois candidate à diverses élections, locales, législatives ou européennes, c'était une personne engagée, cultivée et attachante.
Née au Maroc, elle était arrivée en France pour faire son doctorat de chimie à Lyon. Elle trouva un emploi à la faculté de Limoges vers 1992/93, où elle résidait depuis. Elle était maître de conférences en toxicologie, et enseignait à la faculté de pharmacie.
Hayat était la co-fondatrice de l'association "Culture Maghreb Limousin", militante de la Maison des Droits de l'Homme et de la FCPE.
Je suis triste de cette disparition et adresse mes condoléances à sa famille et à ses proches.  

Les obsèques, à la mosquée de Limoges, puis au cimetière de Louyat, ont rassemblé un grand nombre de personnes autour de la famille: amis, collègues, militants politiques de diverses obédiences, pour un moment de communion et de souvenir. Des paroles fortes et belles ont été prononcées et Gilles Favreau a chanté une très belle interprétation de Le vent l'emportera.