lundi 30 septembre 2013

Avoir les boules à Limoges

 

A Limoges, les amateurs de pétanque peuvent utiliser le boulodrome du Moulin Pinard. La gestion du Boulodrome est confiée, par la ville de Limoges, aux 2 comités de pétanque et lyonnaise. Le conseil d'administration est composé de Claude Bourdeau, adjoint aux sports, représentant Alain Rodet. Les charges sont supportées, pour moitié par la ville de Limoges, l'autre moitié étant à la charge des 2 comités. Le Comité Départemental de Pétanque a souhaité que les frais de fonctionnement soient assumés par les utilisateurs de l'enceinte et non par l'ensemble des licenciés ou des clubs. Mais l'on sait bien que les vrais amateurs de ce sport, nombreux dans le département, n'aiment rien tant que jouer en plein air et en pleine ville, sous des arbres - si possible en dilettantes. Ce n'est pas pour rien qu'il a connu tant de succès dans le Sud. Ainsi, mon grand-père maternel Marcel s'occupa-t-il de ce si charmant petit boulodrome de la place de la cathédrale, qui mériterait à lui seul d'être classé monument historique. Un temps, le "Café de la plage" (qui allait devenir, en déménageant rue Haute-Vienne, le mythique bar des Anciennes Majorettes de la Baule, que nous sommes nombreux à regretter), y organisa des concours, puis, il est tombé dans l'oubli, malheureusement coincé entre le vaste parvis rénové et quelques bâtiments. Un aménagement intelligent et peu coûteux consisterait à le mettre en valeur en effectuant un lien entre l'esplanade et lui. 
Que l'on ne s'y trompe pas: la pétanque n'a rien de ringard ou de franchouillard; on prend beaucoup de plaisir à y jouer, depuis fort longtemps, que l'on soit jeune ou vieux, homme ou femme. Je me souviens pour ma part de parties endiablées, entre amateurs de tous âges, sous les remparts de Port-Louis, dans le Morbihan, les étés. En revanche, c'est incontestablement un sport vraiment générateur de convivialité. C'est sans doute pour cette raison que les commerçants du centre ville limougeaud ont rêvé qu'il s'installe place de la République, sous les arbres, préférant la venue de joviaux pétanqueurs à une autre population, plus marginale et parfois agressive avec le passant. Mais cette idée - aussi bonne soit-elle - ne se suffira pas à elle-même: il faudra réfléchir à comment faire venir les joueurs, à organiser des animations; les gérants des brasseries proches pourraient - pourquoi pas ? - installer sur les bords quelques chaises et tables. Selon eux, la place est devenue plus répulsive qu'attractive (pourtant, il semble bien qu'il y a quelques années, les commerçants ont souhaité que "Lire à Limoges", qui y avait sa place, vide les lieux - on l'a donc déplacée vers le Champ de Juillet, non loin de la gare des Bénédictins, ce qui permet aux auteurs parisiens, qui viennent une poignée d'heures, de ne pas trop se fatiguer). 
Avoir les boules à Limoges, place de la République, est sans doute une bonne (petite) idée; mais on ne fera pas l'économie d'une réflexion d'envergure par rapport à cette place qui, sans avoir le charme architectural de la Plaça Reial de Barcelone, n'est pas dépourvue d'un intérêt sixties-seventies. J'ai déjà fait quelques propositions à son sujet sur ce blog; avec l'entrée de ville des Casseaux, ce doit être l'un des chantiers majeurs de rénovation urbaine du prochain mandat municipal. Comment faire revenir la population, en particulier en dehors de la période estivale (le principe de la patinoire à Noël est une bonne idée)? Tout pourrait s'y prêter, malgré la disparition des cinémas d'antan: bars, commerces (par pitié, que les Nouvelles Galeries fassent quelque chose pour rendre leur façade côté place et escaliers attrayante!), entrée de la crypte, fontaine (à embellir, en évitant de faire appel, si possible, à un "artiste" contemporain dépassé), manège... Il suffirait de remettre un peu d'âme, ce que ne demandent qu'à faire les jeunes lycéens de Gay-Lussac tout proche qui viennent parfois se bécoter sur les bancs publics (ils aiment aussi ceux de la place Jourdan ombragée). Sans doute faudrait-il songer à casser la monotonie minérale de cette place, y introduire un peu de végétation, de fleurs, des jeux pour les enfants, dans l'esprit du nouveau square des Emailleurs, une piste de skate board? Penser cette place comme inter-générationnelle, comme lieu appartenant à tous les habitants, pas seulement aux commerçants. Le marché du livre ancien y est à nouveau organisé (on pense alors à la Place aux Herbes de Bruxelles le dimanche matin), pourquoi pas envisager un marché thématique par jour? Il faut repenser la place comme nouveau centre de ville, comme le fut cet endroit à l'époque où l'abbaye Saint-Martial, lieu d'intronisation des ducs d'Aquitaine, capitale européenne de l'émail et de la musique, faisait battre le coeur du Château.

mardi 24 septembre 2013

Augustoritum: désenfouir pour la mise en valeur ou enfouir pour la protection?

 Maquette d'Augustoritum d'après les travaux de J.P. Loustaud (Ministère de la Culture)

Ceux qui s'intéressent à Augustoritum doivent lire les ouvrages de l'archéologue Jean-Pierre Loustaud:


LOUSTAUD J.P., Limoges gallo-romain, Ville de Limoges/Renaissance du Vieux Limoges, 1980.
LOUSTAUD J.P., Limoges antique, Travaux d’Archéologie Limousine, supplément 5, 2000.

Ceux qui ne l'ont pas fait découvriront que notre cité fut, avec ses villas et ses monuments, très prospère, vaste et belle. Une visite dans les salles consacrées à l'Antiquité au Musée des Beaux-Arts rénové permet de s'en rendre compte: il ne faut pas en faire l'économie! L'Express du 28 août lui a consacré un dossier régional, n'hésitant pas - à juste raison - d'évoquer "une petite Rome", avec son amphithéâtre plus grand que celui de Nîmes ou d'Arles, son immense forum ou des demeures de notables les plus grandes de Gaule, pour ne citer que ses exemples. 
Le journaliste Etienne Thierry-Aymé qui propose un circuit "à la recherche d'Augustoritum" intéressant pose une question pertinente: "pourquoi si peu de traces?". Car peu de gens non au fait de cette histoire - limougeauds ou touristes - savent combien le patrimoine gallo-romain de la ville est riche mais enfoui. Dans L'Express, Martine Fabioux, conservateur régional de l'archéologie à la DRAC, observe que "préserver des vestiges ne va pas forcément de pair avec leur présentation. Pour les exposer, encore doivent-ils être lisibles par le grand public. Et cela coûte cher." L'actuelle municipalité rejoint ce constat et note que l'enfouissement est aussi une protection. Ainsi en 1998, celle-ci et la DRAC ont-elles décidé de réenfouir les ruines du grand amphithéâtre au Jardin d'Orsay... En revanche, on peut admirer dans l'atrium de la Bfm une grande mosaïque (emblema du lion). On avait rêvé, au moment de la construction de cette médiathèque, que les vestiges découverts au moment de la destruction de l'ancien hôpital où elle a été édifiée, seraient mis en valeur in situ - par exemple en sous-sol. On espère que la maison à l'Opus sectile, sise entre la galerie des Hospices et la Faculté de droit le sera un jour. On attend avec impatience les fouilles sur le site de l'ancienne clinique Chénieux. C'est, bien entendu, une question de finances publiques - et l'on sait que la période est difficile pour toutes les collectivités locales et pour l'Etat dont le budget en faveur de la culture n'est pas celui qui augmente le plus... Dans L'Express, l'archéologue Christophe Maniquet regrette qu' "au vu des vestiges exceptionnels exhumés de la ville antique, on n'ait rien su conserver". Quant à Michel Toulet, président de Renaissance du Vieux Limoges, il regrette qu'à Limoges, "on enterre tout!". Lors du récent anniversaire de son association, le 1er adjoint au Maire de Limoges, Bernard Vareille, professeur agrégé de droit, a réaffirmé à la fois son souci du patrimoine et celui de l'équilibre des finances municipales, ce que l'on peut comprendre. Il s'agit aussi d'un choix dans l'arbitrage des dépenses de la Ville. On peut penser qu'après avoir mené et réussi la démarche pour obtenir le label "Ville d'art et d'histoire" (ô combien mérité!), celle-ci pourrait planifier, sur plusieurs années, la mise en valeur progressive de certains sites ou d'aspects de ceux-ci, ce qui ne pourrait que plaire aux touristes si nécessaires à notre économie. 

"Bonus": on lira avec intérêt l'ouvrage d'Alix Barbet.

Les Cités enfouies du Vésuve (Editions Fayard)

Fouillée depuis deux siècles et demi, Pompéi n'en finit pas de faire rêver par les merveilles qu'elle recèle. Édifices publics et religieux, nécropoles, villas de prestige, commerces, peintures, mosaïques, statues, simples objets de la vie quotidienne subjuguent et passionnent le visiteur. De leur côté, les archéologues ne cessent d'approfondir leurs connaissances, lesquelles nourrissent la réflexion des historiens. Non loin de là, Herculanum et Stabies, Boscoreale et Oplontis - elles aussi enfouies par l'éruption du Vésuve en 79 - et Baïes, qui a connu un sort plus heureux, possèdent également de magnifiques vestiges. Moins explorées, elles sont malheureusement méconnues (tout comme le Musée national archéologique de Naples où est conservé l'essentiel des oeuvres exhumées). Chacun de ces sites a son atmosphère propre et offre un éclairage particulier sur la civilisation romaine.
Mais il faut une longue patience pour se pénétrer du génie de ces lieux. Archéologue de terrain (elle est spécialiste de la peinture romaine), Alix Barbet hante les cités du Vésuve depuis des décennies. Nul mieux qu'elle ne pouvait convier le néophyte à les découvrir et le guider au long d'un véritable parcours initiatique qui le mène certes vers les monuments les plus fameux (forum, villa des Mystères, thermes...) mais aussi dans l'intimité des occupants de demeures plus humbles. Son regard se conjugue avec celui du grand photographe Stéphane Compoint, qui excelle dans le reportage archéologique, pour nous livrer une somptueuse série d'images réalisées spécialement pour cet ouvrage.
Tous deux nous montrent les cités enfouies du Vésuve comme on ne les avait jamais vues.

Alix Barbet, directeur de recherche au CNRS, a créé le Centre d'études des peintures murales romaines de Paris-Soissons. Ses travaux portent aussi bien sur les nécropoles du nord de la Jordanie que sur les villes romaines de Bolsena, Pompeï, Herculanum et Stabies, sans oublier la Gaule romaine.
Photographe à l'agence Sygma, Stéphane Compoint a effectué de nombreux reportages sur des sites antiques et des monuments historiques célèbres - en dernier lieu Alexandrie et le château de Versailles.

mardi 17 septembre 2013

On ironise sur France Inter le 17 septembre...

Confortant l'image (fausse!) de Limoges comme lieu perdu, un chroniqueur de l'émission "On va tous y passer", animée par le consensuel Frédéric Lopez, a discrètement ironisé, dans l'émission du 16 septembre 2013 sur le fait que le groupe Tristesse contemporaine s'y produise prochainement en concert...

Un psychiatre pour la droite limougeaude...

Le message de la photographie du Dr Lambertie en ligne sur le site Haute-Vienne Alternance: un homme souriant, devant un paysage verdoyant, avec des lunettes plutôt mode, en veste sombre et chemise blanche mais décontracté car sans cravate, un stylo dépassant de la pochette qui indique l'activité intellectuelle et la prise de décisions par la signature...


                Il est certain que – depuis de longues années – la droite limougeaude, qui n’a jamais contrôlé l’exécutif municipal depuis la Libération, ne va pas bien. C’est finalement un psychiatre qui va tenter de la soigner et, de la faire sortir des outrances et de la médiocrité constatée lors des derniers scrutins : le docteur Roger-Emile Lombertie, né à Champsac en 1951, chef de pôle au CHS Esquirol, issu de familles d’agriculteurs et de propriétaires terriens. En août dernier, à l’occasion de la venue en Haute-Vienne de Valérie Pécresse, Guillaume Guérin avait noté qu’il était « assez rare pour être noté » que la Droite départementale soit réunie. Le candidat-psychiatre aura donc fort à faire dans les prochains mois. Objectifs de la droite limougeaude : entreprendre la « reconquête » être présente au second tour, augmenter le nombre de ses élus.
            Le médecin a fait acte de candidature dans Info magazine (une manière de contourner Le Populaire, qualifié par certains à droite de Pravda) en annonçant qu’il serait le candidat soutenu par l’UMP. Ses propos – comme il se doit à Limoges si l’on excepte les années Marsaud – ont été somme toute nuancés et presque centristes : « Je ne casserai pas ce qui est bien et j’associerai toutes les sensibilités politiques aux propositions de décisions pour un débat citoyen […] Il n’y a qu’une chose qui m’intéresse, ce n’est pas la place ou la fonction mais ce que nous pouvons apporter à la ville pour qu’elle fonctionne différemment. » Il développe par ailleurs une rhétorique étonnante pour un candidat de droite, bien que sans doute exacte : « Un changement de majorité serait salutaire, cela imposerait à l’opposition d’assumer la gestion de la ville et créerait un appel d’air pour renouveler les cadres du PS. » Une philosophie peut-être pas si éloignée de celle d'un de ses prédecesseurs: le professeur chiraquien Michel Bernard.
            En 2011, le Dr Lombertie a constaté dans le cadre d’une journée de travail au CHS Esquirol, que « la société est en souffrance grave », avouant son inquiétude face à la montée « de la paupérisation et de la violence dans les cités » et déplorant les fractures sociales : « socio-économiques, religieuses, philosophiques, générationnelles, de sexe. » Un constat partagé qui pourrait justifier un important pan de programme social, aussi bien pour la droite que pour la gauche, en particulier à destination des quartiers populaires de Limoges : Beaubreuil, La Bastide, Le Vigenal, le Val de l’Aurence et les Portes-Ferrées. Parmi les objectifs du candidat UMP : « La première priorité, oubliée depuis un siècle, est de créer des entreprises et des emplois productifs notamment en soutenant les chercheurs de l’Université afin d’augmenter les dépôts de brevets et les start-up. On peut multiplier par 20, 30 voire 100 ce qui a été fait à ESTER. La seconde priorité est de repenser la sécurité, l’organisation de la ville, la circulation, le commerce et l’aide aux personnes âgées. » Et d’envoyer une pique à l’actuelle majorité, qui se contenterait d’offrir un colis par an et la gratuité des transports aux plus anciens. On se féliciterait d’ailleurs, qu’à Limoges et en France, les entreprises soient encore plus innovantes et créatrices d’emplois, grâce à des choix stratégiques pertinents.
            Pas facile d’exister pour le centre-droit, après cette annonce et ce discours pour l’instant modéré. Objectif Limoges, qui réunit les troupes de l’UDI, du Parti Radical, du Modem et du Nouveau Centre, essaie pourtant de résister à l’appel des sirènes : Nadine Rivet (Modem), Vincent Léonie (UDI) et l’avocat Philippe Pauliat-Defaye (figure du centre-droit limougeaud, homme intelligent, homme de culture et d’esprit) appellent à une « union de citoyens » au moment où Bayrou et Borloo envisagent un rapprochement à l’occasion des prochaines échéances. Mais les militants limougeauds ne prennent-ils pas leurs vessies pour des lanternes lorsqu’ils rêvent d’un rassemblement allant de l’UMP au centre-gauche ? Imagine-t-on sérieusement les petites troupes du PRG de Monique Boulestin et Philip Gaffet les rejoindre, alors qu’il existe un accord de majorité présidentielle unissant le PRG au PS ? (Monique Boulestin envisage plutôt un destin européen, malgré les invectives du sénateur Demerliat sur son blog le 27 juin 2013). Jean-Marc Gabouty, le président de l’UDI en Haute-Vienne, conseiller général et maire de Couzeix, qui s’était présenté aux législatives contre un PS qu’il jugeait « omnipotent », note qu’il y aurait « un manque de renouvellement des idées à Limoges ».
            Bref, tous ces anciens soutiens de la politique de Nicolas Sarkozy ont du pain sur la planche à l’occasion de la campagne pour les municipales de 2014 qui s’annonce captivante. Peut-être s’uniront-ils tous derrière la bannière du docteur venu réanimer la droite locale ?


mercredi 11 septembre 2013

Limoges centre culturel majeur au Moyen Âge

L’abbaye de Saint-Martial, centre culturel majeur

Dès le Xème siècle, l’abbaye limougeaude noue des liens avec l’abbaye bénédictine de Cluny (dirigée par Odon), symbole du renouveau monastique en Occident et centre culturel majeur. A Limoges, ce sont l’abbé Aymon et son frère l’évêque Turpion qui entretiennent ces liens vers le milieu du siècle.
A la fin de celui-ci, le Limousin est touché par le Mal des Ardents, ou « feu sacré », ou encore « feu Saint Antoine » – une gangrène provoquée par la consommation de grains contaminés par un champignon du groupe des ascomycètes se développant sur les épis de seigle, l’ergot de seigle (claviceps purpurea). En 994, de grandes pluies ravagent l’Aquitaine, l’ergot de seigle se développe, il est à l’origine d’une épidémie qui gagne tout le duché, la Touraine, jusqu’à la Bourgogne – le pain de seigle étant l’une des bases de l’alimentation. Le moine et chroniqueur Adémar de Chabannes (vers 988-1034) a relaté les évènements: « En ce temps-là, une peste de feu s’alluma parmi les Limousins. Les corps d’un nombre incalculable d’hommes et de femmes furent consumés d’un feu invisible, et de tous côtés une plainte emplissait la terre… » Les malades souffrent d’hallucinations, leurs membres sont agités de mouvements irrépressibles (une étrange danse), ils prononcent des paroles incompréhensibles, la bave aux lèvres. Les membres gangrénés finissent par se détacher et les malheureux meurent dans d’atroces souffrances, soupçonnés d’être possédés par le Diable – la maladie étant interprétée comme un châtiment divin. Adémar de Chabannes explique que Geoffroy, abbé de Saint-Martial, l’évêque Hilduin, avec l’assentiment du vicomte – ils sont tous les trois de la même famille… - et de Guillaume V, duc d’Aquitaine et comte de Poitiers, ordonnent alors un jeûne de trois jours en Limousin, une réunion épiscopale à Limoges, une ostension de reliques – dont celle du corps de saint Martial. Un grand rassemblement est organisé au Mont-Jovis et le « miracle » a lieu : l’épidémie cesse. Profitant de l’occasion, le duc et les évêques tentent d’imposer aux turbulents aristocrates un pacte de « paix et de justice ». 
En 1031, après plusieurs années d’intense mobilisation, les moines de Saint Martial réussissent à faire reconnaître l’apostolicité de Martial, ce qui accroît le prestige de l’abbaye. Trente et un an plus tard, avec la complicité du vicomte, Cluny s’empare du monastère limougeaud à l’occasion d’un rocambolesque épisode au cours duquel Hugues le Grand et quelques moines clunisiens se cachent dans l’église Saint-Michel-des-Lions avant de forcer – manu militari grâce à l’aide du vicomte – la communauté monastique limougeaude de s’intégrer à l’ordre clunisien, malgré l’opposition de certains moines et d’une partie de la population limougeaude. Seule une menace d’excommunication permet de rétablir l’ordre, au profit de Cluny. Bernadette Barrière a montré combien l’abbaye était alors entrée dans une ère nouvelle, durant l’abbatiat d’Adémar notamment (1063-1114), devenant « prestigieuse, influente, riche et puissante», avec un important patrimoine et un réseau de dépendances, en Limousin et autour, mais aussi jusque dans le diocèse de Tarragone. Elle s’émancipe d’ailleurs même de Cluny dès la deuxième moitié du XIIème siècle. Au début du XIIIème siècle, elle compte un effectif de 70 moines.
A cette époque, l’abbaye est un « chantier permanent », que l’on construit, aménage, embellit au fil du temps (elle est même un jalon essentiel dans la diffusion des formes gothiques en direction du Midi de la France). Des artisans y travaillent régulièrement : maîtres d’œuvre ; en amont du chantier : on travaille dans les carrières, les forêts, on transporte ; sur le chantier même : terrassiers, tailleurs de pierre, maçons, sculpteurs et imagiers (ainsi les voûtes des travées occidentales sont-elles décorées de peintures la deuxième moitié du XIème siècle), charpentiers, plâtriers, couvreurs et plombiers, forgerons et serruriers, verriers, et tous les métiers « annexes » du chantier. Les pèlerins affluent en grand nombre vers ce lieu spirituel qui abrite plusieurs confréries ; c’est donc un endroit très vivant. Selon le Codex Calixtinius, Limoges se situe sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle qui traverse Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay, Saint-Léonard en Limousin et la ville de Périgueux. La ville est sur la Via Lemovicensis, et l’on imagine sans peine tous les voyageurs qui la traversaient, devisant, témoignant de ce qu’ils avaient vu en route, chantant, avec leur besace et leur bourdon, vêtus de leur cotte, surcot (plus tard remplacé par la pèlerine), chaperon et chapeau, munis de la fameuse coquille à qui l’on attribuait parfois des pouvoirs miraculeux.
La vie liturgique est rythmée par le son des cloches : aux grandes fêtes, comme celle des Rameaux, trois cloches résonnaient en même temps à Saint-Martial. Elles accompagnaient aussi les évènements publics ou l’arrivée des personnalités, comme Jacques, roi de Majorque, en 1307.
L’abbatiale romane du Sauveur mesure 100 m de long – son plan caractéristique avec un déambulatoire à chapelles rayonnantes la rattache au groupe des églises de pèlerinage; sa nef compte dix travées ; le clocher superpose des étages octogonaux à des étages carrés. Il y a la crypte ; l’église Saint-Pierre-du-Sépulcre ; la chapelle Saint-Benoît ; divers autres bâtiments comme le réfectoire et le cloître aux baies vitrées rayonnantes. Le scriptorium de l’abbaye est particulièrement réputé. Le chroniqueur Adémar de Chabannes, originaire du Limousin et moine de Saint-Cybard d’Angoulême, y fait plusieurs séjours. Il est un ardent promoteur de l’apostolicité de saint Martial à travers la Vie de saint Martial qu’il rédige dans les années 1028-1029. Autre moine formé à Saint-Martial, Geoffroy de Vigeois, abbé de Vigeois de 1170 à 1184, rédige également une Chronique. La bibliothèque de l’abbaye, riche de nombreux manuscrits, parmi lesquels des documents nécrologiques, martyrologes, antiphonaires, les manuscrits de Bernard Ithier et les livres du chapitre, a été dispersée à partir de l’Ancien Régime (on les trouve aujourd’hui pour la plupart à la Bnf). L’atelier d’enluminure est particulièrement actif et créatif, inspiré, par exemple, par les ivoires. A Limoges, on qualifie de « bibliothécaire » l’officier ayant la charge des livres, ce qui indique un important fonds d’ouvrages (le second, après Cluny) : près de 450 volumes au début du XIIIème siècle. Parmi eux, la superbe Bible de Saint-Martial, signée Bonebertus, avec ses beaux dessins colorés (orange et jaune, brun, bleu foncé et vert très subtilement traité), et ses motifs animaux ou végétaux, qui illustre selon Danielle Gaborit-Chopin la transition entre l’art carolingien et l’art roman. Dans le Tropaire-prosier de Saint-Martial, également très délicatement coloré, on se plaît à découvrir une composition de couleurs vives où Martial (cheveux blonds et yeux ronds) apparaît en « maître des animaux », encadré par deux grands oiseaux au corps arrondi lui agrippant chaque épaule de leur long bec, tandis que lui, vêtu d’une tunique et auréolé, les saisit chacun par une serre. Ces enluminures ont à leur tour inspiré les sculpteurs limousins, notamment ceux des chapiteaux de l’abbatiale du Sauveur.
A l’abbaye ou dans ses parages se trouvent des ateliers d’orfèvrerie, qui produisent un grand nombre d’objets liturgiques (châsses, coffrets, statues, croix…) et d’émaillerie champlevée sur cuivre, où se développe l’Opus lemovicense ou Œuvre de Limoges, bien étudiée par ailleurs. L’hypothèse a été émise que la piété particulière des Limousins pour de nombreux saints locaux et leur goût pour les reliques auraient d’abord nourri ces créations émaillées, entraînant par la suite – grâce à leur virtuosité de réalisation et leur coût somme toute raisonnable – une demande élargie, d’autant plus que la ville était dans une situation de carrefour, souvent visitée par les princes, notamment Plantagenêt, généreux commanditaires. Les émaux de Limoges s’exportèrent à travers toute la Chrétienté, jusqu’à Rome sous le pontificat d’Innocent III. L’historien des arts décoratifs Jean-Marc Ferrer a souligné « la simplicité de l’illustration limousine, compréhensible même par un public populaire » ; il parle même des « délices colorés du martyre » lorsqu’il évoque la châsse de Saint-Etienne, à Gimel. L’art de l’émail limousin a évolué au fil des temps romans puis gothiques, apprivoisant progressivement les techniques de la sculpture et du relief. Sans doute les châsses sont-elles les objets qui illustrent ou évoquent le mieux la créativité des émailleurs de Limoges : au gré de nos propres goûts, on apprécie des mouvements et des attitudes, la beauté de palmettes-fleurs, la couleur bleu foncé de la tunique d’un Christ en majesté…
Limoges fut aussi un centre majeur de création musicale, les moines entreprenant dès le début du Xème siècle des recherches à propos de l’office liturgique, y intercalant des passages n’en faisant pas partie, d’abord des vocalises, agrémentées ensuite de paroles, puis des tropes, de véritables pièces polyphoniques chantées, composant aussi des séquences (textes rimés) et contribuant aux débuts de l’organum. Les œuvres dites de l’Ecole de Saint-Martial sont contemporaines de l’apogée de l’architecture romane. Au XIème siècle y fut composé le Sponsus, drame liturgique bilingue en occitan et en latin, mettant en scène la parabole biblique des vierges folles et vierges sages (Matthieu, XXV, 1-13), considéré comme la première œuvre dramatique rédigée en occitan mais aussi comme l’ancêtre de nos opéras et oratorios classiques. C’est du mot trope que vient celui de troubadour et il n’est pas anodin que l’on compte nombre de Limousins parmi les plus grands troubadours. Des liens existèrent entre les moines musiciens de Limoges et les poètes profanes inventeurs de la fin’amor. Le premier troubadour connu, Guillaume IX, est duc d’Aquitaine, c’est le grand-père d’Aliénor, elle-même élevée dans l’amour de la littérature et de la musique, amie et mécène des troubadours, épouse d’Henri II Plantagenêt, et l’on a dit les connexions qui existaient entre ces familles et Limoges.
Il y eut même du théâtre puisque l’on a mention, en mai 1290 et juin 1302 au moins de représentations de miracles dans le cimetière de Saint-Martial, près de la croix en pierre – les auteurs en étant cadurciens.
On doit donc envisager l’abbaye Saint-Martial de Limoges et ses parages comme un centre culturel majeur de l’Europe occidentale médiévale, imaginer ses diverses activités créatrices, mais aussi les rencontres, les recherches, les disputes, des différents artistes et artisans, qu’ils soient religieux ou laïcs : copistes, enlumineurs, orfèvres, émailleurs, sculpteurs, moines musiciens et troubadours. Ce lieu se doublait bien sur d’une école, où l’on apprenait certes à lire et à écrire, mais également à chanter. 

C'est cette riche histoire qui doit nourrir aussi, encore aujourd'hui, la mise en valeur patrimoniale et donc culturelle et touristique de la Ville - et la communication de celle-ci.

Jean-Christophe Torres, proviseur du Lycée Gay-Lussac, annonce la rénovation de la chapelle

J'ai écrit ici-même combien la rénovation et l'utilisation de la chapelle (à l'origine jésuite) du Lycée Gay-Lussac, construite en 1629, où se tinrent les Etats Généraux en 1789 et qui abrite un magnifique retable du XVIIème siècle, méritait d'être menée à bien.
Dans mon émission "Apéro Tendances" du mardi 10 septembre 2013, sur RCF Limousin, le proviseur du Lycée Gay-Lussac a annoncé que cette rénovation était programmée et que la chapelle allait devenir une salle polyvalente.

dimanche 1 septembre 2013

Les communistes de Limoges feront-ils liste à part? Cyril Cognéras sera-t-il sur la liste d'Alain Rodet?

Stéphane Lajaumont (photo Conseil régional du Limousin)


Rencontré au concert de Tri Yann en juin 2013 à Chaptelat, à l'occasion du festival Catalacum où l'on croisait aussi Stéphane Cambou, vice-président de la Région Limousin, Stéphane Lajaumont, historien de talent, conseiller régional ayant quitté le NPA pour rejoindre le Front de gauche, affirmait sa volonté de convaincre les communistes de constituer une liste indépendante à Limoges, suivant la stratégie de Jean-Luc Mélenchon, qui ne semble pas tout à fait avoir convaincu Pierre Laurent. On a d'ailleurs entendu, durant l'été, quelques différences s'exprimer, notamment à propos des outrances langagières de l'ancien candidat du F.G. à la Présidentielle (en particulier le même Pierre Laurent dans Libération).
Actuellement, à Limoges, les communistes présents au Conseil municipal sont Bernard Ebenstein, chargé de la gestion financière et patrimoniale, du contrôle de gestion, des relations avec l'université, les établissements de formation et de recherche; Francis Dauliac, chargé des transports collectifs; Christiane Dupuy-Raffy, pour l'hygiène publique, les politiques de santé publique; Josette Balanche; Hugues Foubert; Ghislaine Gastaldin
et il y a encore un élu de l'ADS - particularité limousine -: Patrick Charles, chargé de l'abattoir municipal et de l'aménagement des rivières et des sites naturels... Une vieille tradition limougeaude, avec ses hauts et ses bas, unit socialistes et communistes (et P.R.G. ...) sur les listes et au conseil municipal. Le Front de gauche aura fort à faire, sans doute, pour convaincre les communistes limougeauds de faire une liste indépendante en 2014. Pourtant, lors de la rentrée du Front de Gauche fin août, Marie-Pierre Vieu, membre de l’exécutif du PCF, a exposé la position de son parti : « Le premier objectif est de créer à l’échelle des municipalités des majorités pour des politiques anti-austéritaires. » Et Pierre Laurent : « Il faut en finir avec l’idée que les élus communistes seraient concédés par le PS. Derrière chacun d’eux, il y a des décennies de batailles ouvrières pour donner de la place à la force de gauche qui ne renonce pas au progrès social. » Et Jean-Luc Mélenchon d'affirmer : « Il n’y aura pas une seule ville de plus de 10 000 habitants dans laquelle les membres du PG feront autre chose qu’une liste autonome au premier tour. » (L'Humanité).
Lors des dernières élections régionales, le Secrétariat national du Parti de Gauche avait protesté contre les dirigeants socialistes locaux n'ayant pas voulu opérer de "fusion démocratique" avec la liste conduite par Christian Audouin (12,67% au 1er tour en Haute-Vienne), la liste Limousin Terre de Gauche avait alors été maintenue au second tour, Mélenchon venant animer un meeting le 18 mars. Au second tour, le P.S. avait obtenu, en Haute-Vienne: 49,24%, l'UMP 29,29% et le P.G. 21,47%. Le groupe Limousin Terre de Gauche dispose à la Région de 6 conseillers: Christian Audouin, Stéphane Lajaumont (Haute-Vienne), Véronique Momenteau, Laurence Pache, Joël Ratier (qui s'intéresse à Saint-Junien...), et Pascale Rome (Haute-Vienne).
On observe aussi avec intérêt les positions de Cyril Cognéras, passé par le P.S., le Parti Occitan, les alternatifs... (ce qui n'enlève rien à sa sincérité), élu municipal qui a rejoint en 2012 Europe Ecologie Les Verts: "Nous, militants et élus proches des Alternatifs et de Limousin Terre de Gauche, rejoignons Europe Écologie Les Verts, parce que l’Écologie doit être au cœur des politiques publiques aujourd’hui plus que jamais!". Une position qui a d'ailleurs été diversement appréciée chez les Verts. Au printemps 2013, Alain Rodet lui a confié la délégation à l'Occitan, peu de temps avant que des panneaux rédigés dans cette langue apparaissent à l'entrée de la ville (ce dont je me félicite); Cyril Cognéras a donc pu écrire sur son blog: "...ces panneaux étaient mon exigence première. Mais je me dois de remercier le Maire, Bernard Vareille le 1er adjoint pour leur soutien et les services." Après avoir signé (comme moi) le Manifeste occitaniste, Cyril semble favorable au mouvement BASTIR ! municipalas 2014, qui prône légitimement la défense de la langue à l'occasion des prochaines municipales. On en lira ici les propositions. Elles pourraient être portées par Europe Ecologie Les Verts sur une liste indépendante (une autre tentation pour certains...), comme par les candidats EELV s'ils étaient sur la liste d'Alain Rodet (et dans ce cas, Cyril Cognéras y figurera-t-il?).

Dernière nouvelle: le 25 octobre, les communistes de Limoges ont décidé de participer à une liste indépendante de celle du P.S. 
"Le Secrétariat National du Parti de Gauche regrette l’attitude du Parti socialiste dans le Limousin. En effet, les dirigeants socialistes locaux ont rendu impossible le rassemblement de la gauche au second tour. Voilà le résultat lamentable des réflexes dominateurs du PS : il préfère mener un bras de fer avec ses concurrents à gauche plutôt que de respecter loyalement la tradition du rassemblement de la gauche au deuxième tour. Les dirigeants socialistes locaux ont nié le suffrage des électeurs de gauche en refusant une fusion démocratique avec la liste conduite par Christian Audouin et en prononçant des exclusives à l’encontre de candidats de la liste Front de Gauche/NPA. Fort heureusement, le rapport de forces dans cette région écarte tout risque de victoire de la droite. Le Parti de Gauche appelle donc sans réserve les électeurs de gauche à soutenir au second tour la liste Limousin Terre de Gauche." - See more at: http://www.lepartidegauche.fr/actualites/actualite/2373-limousin-terre-de-gauche#sthash.eIW5sbwc.dpuf
"Le Secrétariat National du Parti de Gauche regrette l’attitude du Parti socialiste dans le Limousin. En effet, les dirigeants socialistes locaux ont rendu impossible le rassemblement de la gauche au second tour. Voilà le résultat lamentable des réflexes dominateurs du PS : il préfère mener un bras de fer avec ses concurrents à gauche plutôt que de respecter loyalement la tradition du rassemblement de la gauche au deuxième tour. Les dirigeants socialistes locaux ont nié le suffrage des électeurs de gauche en refusant une fusion démocratique avec la liste conduite par Christian Audouin et en prononçant des exclusives à l’encontre de candidats de la liste Front de Gauche/NPA. Fort heureusement, le rapport de forces dans cette région écarte tout risque de victoire de la droite. Le Parti de Gauche appelle donc sans réserve les électeurs de gauche à soutenir au second tour la liste Limousin Terre de Gauche." - See more at: http://www.lepartidegauche.fr/actualites/actualite/2373-limousin-terre-de-gauche#sthash.eIW5sbwc.dpuf
"Le Secrétariat National du Parti de Gauche regrette l’attitude du Parti socialiste dans le Limousin. En effet, les dirigeants socialistes locaux ont rendu impossible le rassemblement de la gauche au second tour. Voilà le résultat lamentable des réflexes dominateurs du PS : il préfère mener un bras de fer avec ses concurrents à gauche plutôt que de respecter loyalement la tradition du rassemblement de la gauche au deuxième tour. Les dirigeants socialistes locaux ont nié le suffrage des électeurs de gauche en refusant une fusion démocratique avec la liste conduite par Christian Audouin et en prononçant des exclusives à l’encontre de candidats de la liste Front de Gauche/NPA. Fort heureusement, le rapport de forces dans cette région écarte tout risque de victoire de la droite. Le Parti de Gauche appelle donc sans réserve les électeurs de gauche à soutenir au second tour la liste Limousin Terre de Gauche." - See more at: http://www.lepartidegauche.fr/actualites/actualite/2373-limousin-terre-de-gauche#sthash.eIW5sbwc.dpuf

Michel Kiener invité par Laurent Bourdelas sur RCF Limousin mardi 3 septembre 2013 à 18h30

Il y a 30 ans, mon premier invité à la radio (HPS Diffusion, installée rue de Maupassant à Limoges), fut Michel Kiener, alors professeur agrégé d'histoire au Lycée Gay-Lussac, qui venait de rédiger une intéressante étude consacrée aux musiques à Limoges. Il allait par la suite devenir adjoint au maire de Limoges, président de la Biennale internationale de l'émail de Limoges, fondateur de l'Ensemble baroque de Limoges.
C'est dire si cet homme libre, fait chevalier des arts et des lettres il y a peu, est à la fois un témoin et un acteur important de la ville. C'est pourquoi j'ai souhaité le réinviter dans mon émission trente années après, pour ma rentrée radiophonique sur RCF Email Limousin, qui aura lieu le mardi 3 septembre à 18h30 (Limoges: 99.6/fréquences et écoute en direct sur rcf.fr/rediffusion en Limousin le samedi à 11h30).

Un hommage à Jean Mazeaufroid en préparation


Jean Mazeaufroid mena parallèlement son activité de poète et de peintre. Né en 1943 à Limoges, il est mort en 2001. De caractère difficile, ce fut incontestablement un artiste important de la ville, notamment dans les années 1960-70. En 1983, le critique d'art Patrick Mialon écrivit, dans la revue Artension n°10 un article intitulé "Jean Mazeaufroid ou la tentation de la catastrophe", puis Patrick Rousseau et Cécile Sénamaud lui consacrèrent une étude en 1994. Deux ans plus tard, c'est Joseph Rouffanche qui lui consacra une notice dans son ouvrage (sujet à controverses): 12 poètes, 12 voix(es), édité par Jean-Pierre Thuillat, directeur de la revue Friches (Mazeaufroid m'écrivit alors tout le mal qu'il pensait de cet ouvrage... je publierai cette lettre le moment venu). Jean-Luc Peurot, alors à la DRAC Limousin, lui a composé un tombeau dans l'éphémère revue creusoise Littérature en marche, dirigée par Pierre Courtaud. La revue L'Indicible frontière souhaita également lui rendre hommage au milieu des années 2000, ce qui nous valut la réception d'une lettre anonyme nous traitant de "charognards" et attaquant au physique Patrick Mialon, qui en faisait partie (cela avait un côté France moisie et délation). En 2008, j'ai consacré une notice de mon livre Du pays et de l'exil Un abécédaire de la littérature du Limousin" (Les Ardents Editeurs) à Mazeaufroid (pages 27-28). 

Un hommage - dont la forme définitive n'est pas encore connue - serait en cours de préparation, ce qui n'est que justice pour celui qui animait jadis avec sa bande l'arrière-salle de "Chez Thérèse", "la reine du petit salé", aux Ruchoux, et dont la poésie mérite absolument qu'on la lise, au moins pour son rire désespéré et sa radicalité.