samedi 31 août 2013

Hommage à l'écrivain Serge Vacher

Joël Nivard, Franck Bouysse, Franck Linol et Serge Vacher, "L'école" du polar limousin


            Voilà. Deux semaines après avoir pris sa retraite d’enseignant de l’Ecole publique, Serge Vacher, né en 1957, est mort en Espagne. Pour tous ceux qui l’aimaient – de près ou de loin, ce qui était mon cas – cela a été un grand bouleversement, et l’affluence à ses obsèques estivales, au milieu de la campagne limousine, a été la preuve de l’attachement qu’il suscitait. Serge était un gars du Plateau, d’Eymoutiers, du village de Larue – son nom même était la preuve d’une belle origine rurale – et cela se sentait dans trois de ses bouquins publiés par Après la lune : Lo cro do diable, Le ranch of Léon et Le blues de l’équarisseur (après un premier roman situé aux Coutures, quartier populaire en contrebas de la gare des Bénédictins à Limoges, ville où il s’était installé en devenant instituteur). Serge – grand connaisseur de la littérature policière (il animait avec talent La vache qui lit) – appartenait à ce courant relativement nouveau du « polar régional », en l’occurrence limousin, ce qui veut tout dire et rien dire : un polar est réussi ou non, qu’il soit ou non ancré dans une région. Après tout, dit-on que ceux écrits par le grand James Lee Burke sont « régionaux » parce qu’ils se passent dans la paroisse de New Iberia, en Louisiane ?
            Serge avait un véritable style, savait créer ce que l’on aime dans un bon polar : une ambiance, sans oublier d’instiller une vraie part sociale, éventuellement politique : critique de la gestion des réserves en uranium par les entreprises et les élus, des porcheries industrielles (et donc du capitalisme agricole productiviste), du nationalisme d’extrême-droite. Pas étonnant d’ailleurs lorsqu’on sait que Serge Vacher était un très actif militant syndical enseignant, toujours prêt à manifester contre ceux qui mettent à mal notre système éducatif ou s’en prennent aux acquis sociaux (ce qui a beaucoup été le cas ces dernières années…). Serge savait décrire la beauté du paysage limousin sans s’appesantir ; il savait dire le travail des paysans ; montrer les animaux, les prairies, la « montagne » limousine. A sa manière, qui valait bien, finalement, celle d’un Bergounioux ou d’un Millet – différente. Il connaissait les petites gens, petits agriculteurs, retraités, parlant la langue limousine qui fut celle des grands poètes médiévaux, habitués des bistrots ruraux qu’il agrémentait d’une jolie et solide tenancière. Il savait dire la convivialité des apéros ou des bons petits repas dans les arrières-salles et, lui qui aimait et pratiquait la musique, n’hésitait pas à parsemer ses textes de références à la country, au rock, que jouaient d’ailleurs certains de ses personnages. Ses enquêteurs, Bastien Lenoir (le vieux), Philippe Gonay (le jeune), assistés de Max Léobon – journaliste à L’Echo et grand séducteur de ces dames –, prenaient leur temps pour résoudre les affaires : le temps de boire un coup et plus, de s’attabler, de discuter, d’aimer. Des flics humains. Sa littérature était donc profondément humaniste, comme lui. J’ai beaucoup de tristesse à me dire que je ne lirai plus les énigmes concoctées par Serge, tant je les trouvais attachantes et originales.
            Serge aimait boire un bon coup, comme ses héros. Le vin roule de l’or a écrit Baudelaire qui savait de quoi il parlait. Le vin irrigue les polars de Serge Vacher et il réveillait son sourire. Avec d’autres, il avait créé Vins noirs à Limoges : des rencontres formidables, unissant auteurs de polars et vignerons. Tous ceux qui y participeront désormais n’oublieront pas de lever leur verre en mémoire de Serge, de son univers, de ses personnages. Il faudra d’ailleurs que l’on prenne le temps de lui organiser un bel hommage.
Et je sais qu’il m’accompagnera désormais lorsque j’arpenterai le Plateau de Millevaches ou les Monédières.

lundi 26 août 2013

Et si l'on construisait un fronton à Limoges?

L'auteur de ce blog avec sa pala devant le fronton de Saint-Pée-sur-Nivelle, Pays Basque
 
 Il y a de nombreux et variés équipements sportifs à Limoges, et l'on ne peut que s'en réjouir. Au passage, signalons que, selon le journaliste Georges Chatain qui prépare une édition de ses écrits, Georges Guingouin aurait été heureux que le complexe sportif de Beaublanc porte son nom; il n'est pas trop tard - pourquoi pas pour le 70ème anniversaire de la Libération de Limoges? En 2010, Yannick Noah avait même inauguré au Val de l'Aurence le 26ème site "Fête le mur", pour apprendre le tennis gratuitement (deux terrains en dur et un mur de frappe). Mais il manque un équipement sportif qui réjouirait bien du monde, j'en suis certain: un fronton sur lequel faire rebondir sa pelote, que ce soit à main nue, avec des gants de cuir, une chistera, ou une pala (raquette en bois). Peut-être croyez-vous que c'est là une pratique sportive basque et que, à ce titre, elle n'est pas légitime à Limoges? Mais alors ce reproche vaudrait pour bien d'autres sports qu'on a la chance de pratiquer dans la capitale limousine, comme le baseball!  
En fait, la pelote puise sa racine dans les jeux de paume médiévaux, qui étaient pratiqués partout à travers le royaume. Certes, ce sont bien les Basques qui l'ont modernisée et même exportée - notamment aux Etats-Unis où elle connait un beau succès, mais ce sport qui nécessite de la force et de l'adresse enchante tous ceux qui ont la chance de le pratiquer où que ce soit en France. Il y a d'ailleurs un fronton à Brive-la-Gaillarde, où ont été organisées des compétitions d'envergure nationale - mais il est vrai que la ville qui se veut le "riant portail du Midi" revendique son appartenance au Sud y compris par le sport.

Le fronton de Brive
 
En cette fin d'été ensoleillé où les vacances s'achèvent à peine, faisons le souhait d'être entendu et de voir bientôt les pelotes rebondir sur un fronton limougeaud, dont l'emplacement serait judicieusement choisi.