lundi 15 juillet 2013

"Limoges 2025 imaginons notre avenir", une lecture de la brochure éditée par la Ville de Limoges

Une fois passée la (petite) polémique liée à l'organisation par la Ville de ce (une exposition à la Bfm) qui est apparu à certains comme de la "propagande" aux frais du contribuable à un an, toutefois, des élections municipales, parcourons la brochure intitulée "Limoges 2025 Imaginons notre avenir" réalisée pour la Ville par l'agence ITI Communication (un nom d'extra-terrestre pour un exercice de prospective... avec un engagement essentiel auprès des cleints, dont nombre d'institutionnels: "du savoir faire au savoir plaire, nous construisons le concept de votre message...") et rédigée par Thierry Dubus (qui revendique "un regard terrien et pragmatique sur les choses"), de la société parisienne Nouveaux Territoires Consultants, spécialiste du territoire. En exergue du site de cette entreprise, une citation de Prévert: "la meilleure façon de ne pas avancer est de suivre une idée fixe". Si l'on cherche une idée fixe dans cette brochure, ou plutôt un leitmotiv, on trouve sans nul doute la conviction maintes fois répétée de la réalisation d'une Ligne à Grande Vitesse Limoges-Poitiers dont tout laisse désormais penser que ce n'est plus la priorité du gouvernement Ayrault (il faudra donc prospecter pour envisager Limoges au moment de la modernisation de l'axe historique Paris-Toulouse).
Mais l'exercice est intéressant, normal, même, pour une métropole, utile, captivant par les pistes qu'il ouvre: il doit être participatif, et ce blog en rejoint, à sa manière, l'esprit. La brochure se déroule entre tendances, enjeux nationaux et contexte singulier de Limoges, nécessairement replacé dans son contexte limousin. Elle est émaillée de témoignages de quelques personnalités comme Jean-Pierre Limousin, président de la C.C.I. ou Gilles Schnepp, P.D.G. de Legrand. Quelques "perspectives illustratives" ponctuent les près de 100 pages, titrées "2025 nous y sommes!"... elles sont plus ou moins anecdotiques ("Mai 2023, le CSP est champion d'Europe! 30 ans après!!" avec deux points d'exclamation... peut-être faudrait-il rêver d'une équipe de foot d'envergure pour le nouveau stade?). 
Alors, que retenir? Comme le déclare en ouverture le député-maire Alain Rodet (candidat à sa réélection), photographié devant une cathédrale rayonnante, citant Alphonse de Lamartine: "l'humanité a en effet toujours éprouvé le besoin de lire dans l'avenir les raisons du présent." L'exposition, la brochure, sont à la fois un bilan d'étape pour cette municipalité (en place depuis 23 ans, avec quelques variantes) et la prise en compte de certaines priorités, sans s'exonérer de prendre des décisions importantes: poursuivre l'engagement fort dans l'éducation populaire et le mutualisme, bref le socialisme; poursuivre celui envers le sport (au fait, n'est-il pas temps de baptiser "Georges Guingouin" le complexe sportif de Beaublanc, comme lui-même en rêvait, selon mon ami le journaliste Georges Chatain?); oeuvrer pour de multiples partenariat à l'échelle du grand Ouest Atlantique français (la question se pose ces jours-ci de la taille des nouvelles régions, de l'utilité de la structure départementale au sein de l'Europe...), dans le cadre national et international; amplifier les dynamiques métropolitaines dans tous les domaines, au profit de "Limoges capitale", une ville en partie réinventée en tenant compte, comme je l'ai déjà écrit ici, de son passé et de ses diverses traditions; comme l'écrit l'archéologue spécialiste du Limoges antique Jean-Pierre Loustaud, à qui l'on doit tant: "Limoges peut devenir un pôle novateur et d'excellence européen en matière de mise en valeur de son patrimoine historique." Pour moi, on le sait, il s'agit d'une priorité. D'ailleurs, dans les judicieux rappels des fondements de Limoges, si la culture est bien présente, la littérature en lien avec le Limousin (contrairement à la francophone...) n'est pas citée. Je renvoie donc immodestement Thierry Dubus à la lecture de mon livre Du Pays et de l'exil (Les Ardents Editeurs, 2008) puisqu'il est évident que Limoges doit valoriser son patrimoine historique matériel (c'est en cours) et immatériel... Les prises de conscience concernent également la nécessité d'une logique écologique y compris dans les transports, la construction, de la prise en compte du savoir vivre et du bien être limougeauds, qui contribuent à attirer de nouveaux habitants mais aussi entreprises (et l'on doit aussi se préoccuper de favoriser la création de nouvelles entreprises par les Limougeauds eux-mêmes). 
Lire cette brochure est finalement une nécessité, car elle ne peut que susciter des réactions et nourrir un débat constructif et apaisé.

mercredi 3 juillet 2013

Une exposition à propos des bains-douches en Limousin jusqu'au 10 août 2013

Galerie du CAUE 87
1 rue des Allois Limoges
du mardi au samedi 14h-18h sauf jours fériés
galerieducaue87@wanadoo.fr

mardi 2 juillet 2013

Espaces verts



J’ai fait mes premiers pas, vers 1964, dans les allées du Jardin de l’Evêché, aux pieds de la cathédrale de Limoges. Je remplissais, à l’automne, mes poches de marrons tombés sur le sol sablonneux. C’était un temps de bonheur simple et j’allais à l’école maternelle des Pénitents Blancs – malheureusement aujourd’hui détruite pour laisser la place au bâtiment à l’architecture insipide de la CNASEA –, puis au C.P. à l’école du boulevard Saint-Maurice, avant que nous déménagions vers le quartier de la gare des Bénédictins. Au milieu du jardin, il y avait le grand bassin circulaire où nous faisions voguer nos bateaux à voile ou à moteur (que mon père allait régulièrement récupérer au centre, le pantalon relevé et les pieds nus, lorsqu’il ne conduisait pas ses monstrueuses locomotives à vapeur), un grand tilleul – ou bien était-ce un chêne ? – que j’arrosais avec un petit arrosoir pour le faire pousser et l’avion allemand abattu par la Résistance. Ailleurs, il y avait le jardin botanique – pas aussi développé qu’aujourd’hui –, où j’observais avec maman les carpes koï de toutes les couleurs. J’ai conservé beaucoup de tendresse pour ce jardin, qui est un peu pour moi comme Le jardin extraordinaire chanté par Charles Trenet. Dès la fin du 19ème siècle, cette magnifique propriété ecclésiastique fut mise à la disposition du public, puis elle devint jardin municipal en 1911. Les Limougeauds, aussi déchristianisés soient-ils, l’ont néanmoins toujours appelé Jardin de l’Evêché et l’ont toujours apprécié (il a d’ailleurs été plusieurs fois réaménagé). Créé en 1950 pour les observations des étudiants en pharmacie (ce qui ne pouvait que plaire à Louis Longequeue, maire à partir de 1956, dont le buste sculpté, ou plutôt la tête, accueille les visiteurs), le jardin botanique est fréquenté à la fois par les touristes, les scolaires et les visiteurs de toutes sortes (y compris ceux qui, un temps, arrachèrent quelques pieds de pavot). C’est sans nul doute la partie la plus ancienne, près de Sainte-Marie de la Règle, avec ses parterres et rocailles, que je préfère. Mais il y a aussi, sur la terrasse intermédiaire, les plantes médicinales, plantes dites industrielles, aromatiques, alimentaires, colorantes (j’y ai touché celle qui a inspiré mon livre Le Chemin des indigotiers), et un espace réservé aux plantes protégées du Limousin. Et puis encore la reconstitution des milieux naturels régionaux, en contrebas, près de l’entrée des souterrains de la Règle, jadis vecteurs de tous les fantasmes. Et les jardins à la française, avec leurs bassins et leurs tilleuls. On y organise régulièrement des spectacles, des lectures, on vient y réviser son baccalauréat, flirter. Etudiants, la nuit, nous y pénétrions secrètement pour parler et dormir à la belle étoile. Longtemps, la Ville exposa au pavillon de l’Orangerie une maquette historique du site de Limoges, gardée par des lycéens. En 2003, j’y ai exposé les photographies de ma Rue d’enfance (la rue Aristide Briand à Limoges), avec des textes de Georges-Emmanuel Clancier, Pierre Bergounioux, Marie-Noëlle Agniau et d’autres. J’ai eu la surprise d’y voir affluer des centaines de visiteurs et d’entendre leurs conversations se nouer et se défaire au soleil printanier du petit jardin. Régulièrement, les formidables jardiniers des espaces verts de la Ville de Limoges y créent de très belles expositions végétales thématiques et éphémères. Le jardin de mon enfance est un lieu de calme, luxe et volupté. 



Lorsque mes parents décidèrent de quitter le quartier de la cathédrale pour la rue du Bas Chinchauvaud, dans le quartier de la gare des Bénédictins, à l’ombre de l’église Saint-Paul Saint-Louis, non loin du club sportif de la Saint-Antoine où j’allais me mettre à jouer au tennis de table, non loin également de ma chère école de La Monnaie (dont j’ai raconté l’histoire avec l’éminent Pierre Delage), nous avons pu bénéficier de notre propre jardin… et je passais du Jardin de l’Evêché au Champ de Juillet, où j’allais sur mon vélo rouge – car, à cette époque, les soirs d’été, un garçon d’une dizaine d’années pouvait encore s’y promener sans risques, ce qui est plus difficile aujourd’hui que la prostitution s’y est développée et que les abords sont peuplés d’une communauté pas toujours hospitalière. D’ailleurs, ma grand-mère maternelle habitait un appartement Cours Gay-Lussac, dont les fenêtres donnaient sur le parc pour notre plus grand plaisir : c’est là que se regroupait la famille pour assister au feu d’artifice du 14 juillet… le 13. Les fenêtres de derrière ouvraient sur les toits d’un magasin de fourrure devenu depuis le créatif théâtre de La Passerelle de Michel Bruzat, rue du Général Du Bessol.
Ancien emplacement de l’abbaye Saint-Martin et de cultures agricoles, puis terrain de manœuvre du 9ème régiment de chasseurs sous le nom évocateur de Champ de Mars, le Champ de Juillet fut aussi un champ de foire, avant que le paysagiste Eugène Bühler puis Roger Gonthier, l’architecte de la gare, le réaménagent. Enfants, nous fréquentions sa piste de sécurité routière sous la férule bienveillante de sympathiques… C.R.S., dont l’amabilité contrastait avec les slogans scandés par nos pères en Mai 1968, lorsqu’ils décidèrent d’orner le campanile de la gare des Bénédictins d’un magnifique drapeau rouge. Des ânes portant des enfants et parsemant le sol de crottin faisaient le tour du grand bassin où l’on pouvait même monter sur une grande barque pour un voyage sans grand péril. Aujourd’hui, le grand parking du haut accueille Lire à Limoges, écartée de la place de la République. La fête du livre est ainsi devenue une annexe des maisons d’édition parisienne (dont l’une des miennes…), puisque les auteurs n’ont que quelques pas à faire depuis leur train pour s’asseoir à leurs tables de signature. Le Champ de Juillet est aussi l’endroit où s’installe, à chaque Noël, la fête foraine : manèges, attractions diverses, autos tamponneuses, et foule interlope en quête de sensations fortes à bon marché.
- Qui emportera le gros ours en peluche ?


De temps à autres, j’allais, enfant, me promener avec mes parents (et le chien Tex – un épagneul breton qui toussait lorsqu’il s’imaginait pouvoir aboyer) « au Bois de la Bastide », dont une partie appartenait encore au baron du même nom, et dont le garde-chasse nous chassa un jour, fusil à l’épaule, mon père et moi, car nous avions pénétré sur les terres de celui dans la grange duquel on retrouverait plus tard les chapiteaux de l’abbaye Saint-Martial… Progressivement, la zone boisée et champêtre située au nord de Limoges fut grignotée par les nécessités de l’urbanisation et des transports automobiles (ceux que l’on a malheureusement privilégié au 20ème siècle). Je me souviens de cette promenade hivernale que je fis avec mon père (et Tex – dont j’ai oublié de préciser qu’il dormait sur le toit de sa niche, comme un célèbre héros canin de comics) à travers le joli village campagnard déserté de Beaubreuil, promis à la destruction, où on allait bientôt construire les immeubles et les pavillons d’une Z.A.C. et loger diverses communautés d’origines étrangères. Comme il se doit, l’ensemble fut accompagné de l’aménagement d’une zone commerciale, avec son supermarché alors appelé Radar. La Ville de Limoges y édifia un centre culturel (Jean Moulin), à la très étrange architecture contemporaine (vaisseau spatial ?), où l’on excentra un temps la fête du livre. Plus de 4 200 personnes habitent désormais ce quartier dit « sensible ».
Désormais, le Bois de la Bastide de mon enfance est bordé par le lac d’Uzurat, le Zénith et le technopôle Ester (deux autres bâtiments à la Star Trek qui laissent à penser que l’on a connu une phase science-fiction dans les écoles d’architecture…). C’est un bois aménagé pour les citadins, leur footing balisé, leurs exploits en V.T.T. et leurs rencontres les plus diverses à l’ombre des chênes pédonculés.


Non loin de chez moi se situait le parc Victor-Thuillat, nous le longions en empruntant les bus nous conduisant à la piscine de Beaublanc l’été (le reste du temps, nous préférions celle des Casseaux), certes à la recherche d’un peu de fraîcheur ou de quelques parties de volley, mais surtout d’improbables aventures sentimentales. Une buvette et de grands gradins bordaient le grand bassin. J’ai découvert plus tard – lorsqu’un ami rejoignit l’hédoniste corporation – que la piscine d’été devenait le terrain de jeu, et plus encore, des maîtres nageurs sauveteurs après la fermeture. Le parc fut imaginé à la fin du 19ème siècle par M. Fizot-Lavergne, sur le terrain de son exploitation agricole, et la rivière anglaise est élaborée à partir d'une source existante. De magnifiques espèces arboricoles (taxodium, sequoiadendron, libocedrus, aubépine de 250 ans) et végétales lui donnent un indéniable cachet. Occupé en 1940 par des baraquements pour réfugiés (comme le furent mes grands-parents maternels, venus de Picardie sous les bombes et accueillis par les Limougeauds comme « Boches du Nord »), il fut acheté par la Ville l’année de ma naissance – chantée par Claude François sous le titre plutôt pertinent de Cette année-là. C’est dans ce quartier jadis porcelainier (dont témoigne un ancien four classé) que l’on a installé le commissariat central et la caserne de la Gendarmerie Nationale. Comme la plupart des parcs limougeauds, celui-ci abrite des jeux pour les enfants et c’est toujours un plaisir de contempler leurs charmantes baby-sitters. 

Il existe d’autres espaces verts à Limoges, mais mon propos n’est pas de tous les citer. Le Parc de l’Auzette est assurément l’un des plus charmants, et l’on ne saurait oublier ce qui semble le plus évident mais fut long à le devenir : les bords aménagés de la Vienne, l’un des berceaux populaires de la ville, où il fait si bon se promener, de pont en pont… Il est enfin des jardins auxquels je n’ai pas accès mais qui me font rêver : les jardins ouvriers, cheminots ou autres, dont l’écrivain et metteur en scène Max Eyrolle a écrit combien il était agréable d’y faire son potager, la sieste, et d’y contempler une nature apprivoisée.


Installations contemporaines à l'Auzette