lundi 27 mai 2013

Avant la L.G.V.: travaux sur la ligne Limoges-Poitiers en 1966 (photographies de Jean-Marie Bourdelas)


C'était en août et septembre 1966 entre Limoges et Bellac: il s'agissait, du mieux que l'on pouvait, avec conscience et savoir faire, de changer les rails, les aiguillages, etc., pour moderniser la ligne. A l'époque, les voies dépendaient de la S.N.C.F., ce qui semblait normal à tout le monde; à l'époque, il n'était pas non plus question de privatisation, ce qui semblait encore plus normal. La S.N.C.F. était un grand service public, portant les valeurs du Front Populaire et celles du Conseil National de la Résistance. Ceux qui y travaillaient en étaient parfaitement conscients. Le train au service de tous, particuliers, entreprises, contribuant à l'aménagement du territoire. On entretenait donc les voies de traverses, on soignait les omnibus empruntés par ceux qui allaient travailler, mais aussi par les scolaires et les vacanciers. C'était un temps où il y avait du personnel: le conducteur n'était jamais seul dans sa cabine de pilotage! Les gares étaient ouvertes, avec du personnel d'accueil. Certains rêvaient encore de limiter l'impact dévastateur des camions en privilégiant le train pour le transport des marchandises. D'autres proposaient qu'on utilise le train dans Limoges comme un transport en commun. Il y avait un train formidable pour relier Paris-Austerlitz à Toulouse: le Capitole, qui circula jusqu'au début des années 1990. Il effectuait les 713 km du parcours en six heures (plus rapide que l'Intercités actuel qui met 6h30 pour faire le même trajet) avec quatre arrêts intermédiaires (dont la capitale limougeaude) et il était fort prisé (ah! le wagon restaurant...). Si l'on en croit le récent supplément du Populaire du Centre entièrement consacré à la L.G.V. qualifiée de "voie capitale", le temps de parcours entre Paris et Limoges - si cette option voyait le jour - serait "d'environ deux heures".
Après est venu le temps du T.G.V. et même du "tout T.G.V." Bien qu'étant à gauche, comme le président François Mitterrand, le Limousin n'en a pas bénéficié. Ce "tout T.G.V.", critiqué par certains syndicats de cheminots dès sa mise en service, n'a pas toujours fait la preuve de sa rentabilité, asséchant par ailleurs financièrement certaines lignes régionales. Yves Crozet, spécialiste du secteur ferroviaire, professeur à l’Institut d’études politiques de Lyon, chercheur au Laboratoire d’économie des transports, également membre, au titre de personnalité qualifiée, de la commission Mobilité 21, chargée d’analyser les grands projets du Schéma national d’infrastructures des transports, plaide quant à lui "pour un réseau de trains régionaux de qualité pour les déplacements du quotidien, loin de la passion pour la grande vitesse à l’œuvre depuis trente ans."

mardi 21 mai 2013

Mes bibliothèques


Marcel Vinoy, grand-père maternel de Laurent Bourdelas, dans le Nord.
Futur typographe, puis caviste à Limoges, imprimeur de faux-papiers pour l'A.S. pendant la guerre... bibliophile.



« Les bibliothèques sont fascinantes : parfois, on
a l’impression de se trouver sous la marquise d’une
gare et, à la consultation de livres concernant des
terres exotiques, on croit voyager vers des rivages lointains. »

Umberto Eco, Le cimetière de Prague, Grasset, 2011.


            On m’a remis il y a peu le Dictionnaire complet de Pierre Larousse, édition 1913, qui avait appartenu à mon arrière grand-père Emile. La définition de bibliothèque y est assez lapidaire : étymologie grecque (l’armoire à livres), la collection de livres, le lieu où ils sont rangés. Il y a au-dessus un mot plus amusant : bibliomanie, passion excessive pour les livres (de mania, folie). Ainsi donc je suis un grand malade : un bibliomane – d’une maladie à la fois incurable, chronique et finalement qui m’a laissé en vie ; paradoxalement, une maladie qui m’a aidé à vivre. C’est une maladie génétique, atavique : mon grand-père maternel – Marcel – était typographe (avant de devenir caviste), mes parents lisaient, m’ont encouragé à le faire, m’ont donné le goût des bibliothèques.
            La première que j’ai fréquentée (dès que ma mère m’eût appris à lire) – qui demeure chère à mon cœur – était la bibliothèque du comité d’établissement de la S.N.C.F., on disait : « la bibliothèque de la gare » et, en effet, elle était intégrée à la gare des Bénédictins, à Limoges – qui sait ? peut-être à l’emplacement même de la bibliothèque des moines des temps jadis. On y entrait par la place Maison-Dieu. Je ne me souviens pas vraiment des lieux : des rayonnages, des dames charmantes qui me conseillaient des lectures, la main de papa sur le trajet. Mon père, c’était quelqu’un ! Il avait conduit des locomotives à vapeur – des vraies, avant de passer au diesel. Tout ça, c’était expliqué dans deux beaux livres : Les trains, d’Alain Grée, chez Casterman (1964), dans la collection Cadet-Rama, où j’avais pour guides Achille et Bergamote, qui m’expliquaient le métier de papa, et Trains d’aujourd’hui, de Jean Riverain, un grand album cartonné chez Gautier-Languereau (1963). Dès les premières pages de celui-ci, je voyais se croiser la machine à vapeur et l’autorail, les formidables engins que conduisaient mon père. Enfant, j’ai beaucoup plus fréquenté cette bibliothèque ferroviaire qui m’ouvrait sur les grands espaces, que la vénérable bibliothèque municipale de Limoges.
            Celle-là aussi, c’était quelque chose ! Etriquée au centre-ville, non loin de la rédaction du quotidien communiste local, elle s’étageait sur plusieurs niveaux dont le sol était recouvert de linoleum digne d’un commissariat est-allemand et les couloirs ponctués de vitrines balzaciennes. Dans la longue salle d’études, au dernier étage, où il était question de travailler à nos mémoires de maîtrise et autres thèses aux sujets énigmatiques pour les profanes, nous nous serrions les uns les autres sur nos étroites tables de bois, surveillés par des bibliothécaires sévères en blouses, tandis que de vieilles dames parlant occitan se disputaient la presse quotidienne en mettant en œuvre des stratégies complexes. Pour demander des livres, il fallait appuyer sur une sonnette près de la porte, attendre, attendre que les magasiniers viennent chercher les petites fiches blanches et roses, attendre, attendre pendant qu’ils se perdaient dans le labyrinthe mystérieux des réserves, attendre, attendre qu’ils reviennent, parfois sans l’ouvrage espéré. Il fallait aussi se soumettre à l’humiliation de l’amende pour tout retard de restitution de livres, préparer sa monnaie, récupérer le reçu établi en bonne et due forme. Et pourtant, j’avais aussi appris à aimer cette bibliothèque à l’ambiance surannée.
                Plus tard, j’ai fréquenté – pour mes études – le cabinet des manuscrits du quadrilatère Richelieu, où se trouvait la Bibliothèque Nationale de France, dans le 2ème arrondissement de Paris, ouverte au public depuis Louis XIV. Ce n’était pas rien, de trouver le bon catalogue, de s’asseoir à une table, de commander un recueil de textes du 14ème siècle, de le lire dans un silence à peine troublé par les pages que tournaient les autres chercheurs venus du monde entier, avec qui je m’entretenais devant la machine à café (comme les places nous étaient assignées, je devais me lever au bon moment pour rejoindre la jolie médiéviste espagnole). J’étais alors comme hors du temps – le temps arrêté des bibliothèques, à peine rythmé par la course du soleil à travers les grandes fenêtres. On se serait cru dans un scriptorium : nous étions les nouveaux copistes, les ordinateurs portables n’existaient pas.
            Aujourd’hui, la Bibliothèque francophone multimédia de Limoges est un temple de verre éclairé par les écrans d’ordinateur ; elle est claire, vaste, fonctionnelle, pratique, labellisée, structurée, culturellement animée – seule une fresque gallo-romaine la relie au passé. Elle m’ennuie : j’y trouve immédiatement tout ce que je cherche, les bibliothécaires y sont sympathiques et les magasiniers certains de ne plus se perdre. Les étudiants, les chercheurs et les lecteurs n’y semblent plus contraints, les frôlements sont plus rares, les vieilles dames ne se battent plus pour les journaux, on lit tranquillement au milieu des plantes. Unique fantaisie les jours de pluie : un sceau est placé sous l’éventuelle fuite. Il ne faut pas que les vieilles dames se cassent le col du fémur.
            Ma vraie bibliothèque, c’est ma maison, dans la campagne limousine. Il y a des livres partout : sur des étagères de pin, dans des bibliothèques réalisées sur mesure, dans des caisses de fleuriste alignées les unes contre les autres. Sur la banquette du piano, sur les chaises, par terre, sur mon bureau, dans les chambres des enfants.

Ma bibliothèque rêvée est un chaos où je puise un semblant d’ordre et le souvenir de la main de mon père.

samedi 11 mai 2013

Renaissance du Vieux Limoges fête ses 40 ans

Michel Toulet, président de RVL, Bernard Vareille, 1er adjoint au Maire de Limoges, chargé du patrimoine
L'association Renaissance du Vieux Limoges fête ses 40 ans: quatre décennies à oeuvrer pour la sauvegarde du patrimoine de la ville, depuis que des habitants décidèrent, en 1973, de défendre le quartier de la Boucherie contre la volonté de certains d'y réaliser une opération immobilière douteuse et surprenante. Nul doute que c'est en partie grâce à l'action de ces bénévoles, longtemps présidés par Jean Levet, que Limoges a obtenu son label "Ville d'art et d'histoire". Lors du vernissage de l'exposition consacrée à ces 40 années de combat (salle du temps Libre, derrière l'Hôtel de Ville), Michel Toulet, l'actuel président, a fait un discours commémoratif apaisé et volontaire, en présence de Bernard Vareille, 1er adjoint du Maire, chargé du patrimoine. Devant Jean-Pierre Levet, fils de Jean Levet, devant aussi le petit-fils de celui-ci, venu avec sa famille, Michel Toulet a remarqué qu'une rue Jean Levet aurait largement sa place à Limoges. Il a salué la mémoire de quelques adhérents disparus, parmi lesquels mon ami d'enfance Jean-Michel Imbert, ancien guide, véritable puits de science à propos du vieux Limoges. Renaissance du Vieux Limoges reste mobilisé sur certains sujets d'actualité. Ainsi, en mai 2013, un recours en justice a-t-il été déposé contre le permis de construire de la rue de Châteauroux; il se compose de deux requêtes : une sur le fond et un référé suspension. Le second ayant pour but d'empêcher des travaux irréversibles (démolition) sur le site en attendant le jugement ; la justice s'est prononcée, le permis est suspendu. On comprend donc que le discours de Bernard Vareille ait été prudent, saluant à la fois le parcours de l'association, affirmant la volonté de la municipalité et de lui-même de préserver le patrimoine, mais affirmant la nécessité de concilier les dépenses de la ville et les désirs de sauvegarde. Après les interventions de RVL pour la sauvegarde et l'accès du public à la nécropole médiévale de la rue de la Courtine (sera-ce bien le cas?), divers dossiers demeurent en attente. Ainsi, comme je l'ai déjà écrit sur ce blog, celui de la chapelle du Lycée Gay-Lussac; celui, surtout, du baptistère proche de la cathédrale St-Etienne, l'un des plus vastes de Gaule, dont on espère qu'il va devenir l'une des priorités du prochain mandat municipal, Limoges étant, on l'a souligné, "ville d'art et d'histoire". Cela permettrait de donner encore plus de cohérence à l'aménagement touristique du secteur (comme certains réaménagements nécessaires de la place de la cathédrale; cf: l'un de mes précédents billets).
Il y avait du monde au vernissage, mais on apprécierait que plus de jeunes rejoignent l'association pour défendre le patrimoine de notre belle ville...
 
Le site de Renaissance du Vieux Limoges

La déclaration d'amour au Limousin de Marie-Noëlle Agniau, poète et philosophe

2011, Tous droits réservés.
Mélodie


Je cherche à créer un nouveau mot pour dire mon attachement au Limousin. Un mot qui traduirait la lente fermentation par laquelle quelqu'un qui n'est pas d'ici se sent d'ici. Cette sorte de capillarité ou de travail obscur et fécond venu du sol capable d'enraciner un être promis sinon à l'exil ou à l'errance perpétuelle. Un mot qui dirait cela non pas seulement comme un moment privilégié mais comme un mouvement souterrain d'alliance et de création continuée. Comme si à chaque moment la sorte d'étrangère que je suis – la nomade – reconnaissait là un lieu où poser le bagage et y demeurer avec l'évidence d'un attachement et peut-être l'illusion des retrouvailles. Un peu comme si j'étais Ulysse revenant à Ithaque après un long et éprouvant voyage. Ce mot traduirait l'enchantement du pays. La manière dont il nous plaît sans qu'on puisse dire exactement pourquoi. Si c'est l'eau ou les genêts. Si c'est le granite ou la sombre mélancolie des forêts. Si c'est cette montagne à hauteur d'homme ou si c'est le grand plateau d'air et de vent. Si c'est le chemin creux ou la chaude lumière d'une vallée. Oui. Un mot comme ça qui traduirait l'exact contraire d'une stagnation sédentaire. L'action sans cesse renouvelée du paysage limousin sur le corps et l'âme d'un être né ailleurs et comme par accident. Oui. L'action d'un paysage. L'action de l'eau. Toutes les eaux. Rivière. Étang. Ruisseau. L'action des arbres. Hêtres et châtaigniers. L'action rude et taiseuse d'un territoire profond. Emmêlé comme les buissons de bruyère ou les fougères. L'action céleste de certains points de vue. La vue des nuages. Claire et large. Ample tout autour de l'axe vibrant du corps. Oui. Un mot bleu et vert. Avec du blanc au milieu. Rond comme une assiette. Un boomerang. Question de mettre une fois pour toutes les points sur les i. Un mot qui dirait aussi la joie d'aimer. L'ancienne ritournelle. La trace d'une langue qui n'est pas faite pour parler mais pour écouter le son et la chair des mots. Oui. Un mot comme ça. Un mot qui dirait l'occulte et le sauvage d'une vie terrestre. D'une vie ingrate et mal faite pour un bonheur sans faille. Sans faiblesse. Un mot sinueux. Capable de secrets et de longueur. Oui. Un mot capable de patience. De réserve. D'un charme qui ne se donne qu'ensuite. Peut-être pas au premier coup d'œil. Un mot peut-être difficile. Peut-être même un peu laborieux. Un mot solide. Comme une épaule d'homme. Musclée et fière. Un mot qui s'entête contre les vents et les froids. Un mot qui déplie sa force dans les obstacles. Un mot doux qui ne renonce pas à la colère. À la rage qu'il faut pour se relever des coups et blessures du sort. Un mot comme ça. Un mot capable de se moquer de lui-même. Gentiment. Comme pour s'excuser parfois d'être ce qu'il est. Un mot qui plaisante mais qui n'a pas honte. Un mot qui dirait d'où il vient. Qu'une langue – une autre plus ancienne encore – le précède. Un mot hanté. Comme un château – en ruines bien sûr – par ses fantômes. Un mot qui ait les pieds sur terre – tourbières et landes, boue et mouillères – et la tête en l'air. Un mot qui coule. Qui glisse avec ses détours et ses retours. Un mot ouvert. Qui passe du nom au verbe. Qui repasse du verbe au nom. L'exact contraire d'une punition. D'une assignation à résidence. D'un limogeage. Un mot qui rayonne. Qui essaime. Qui fait du neuf. Un mot qui donne au déraciné le désir de rester. D'aller par monts et par vaux. Un mot qui dirait la vieille pierre. Et le repos à l'ombre des grands chênes. Un mot qui trouverait là son pays de lecture. Et son école d'écriture. Sorte d'énigme irrésolue mais active. Oui. Un mot cultivé. Un mot qui ne serait pas ignare ni bête. Un mot capable de jouer. Oui. Un jeu de mot. Une métamorphose : une sorte d'oiseau sur un corps de vache. Alors je cherche. Je n'en dors pas. Les heures passent avec la nuit. Les oiseaux de l'aube décrètent que c'est fini. Que le jour arrive. Qu'il faut s'endormir. Ou se lever. Oui. L'un ou l'autre. Les oiseaux commencent à piailler. La lumière du soleil commence à filtrer derrière les volets. Les oiseaux passent dans le ciel d'un arbre à un autre. On entend déjà le bruit des premières voitures. Les premiers travailleurs. Ils y vont. Tôt le matin. Déjà levés. Déjà lavés. Ils ont déjà bu leur café. Les oiseaux se répondent. Semblent se répondre. Ils ne chantent pas pour nous. Ils ne chantent pas. D'arbre en arbre, les messages passent. Le soleil filtre. Inonde la pièce. En clair-obscur. Malgré les volets. Malgré le rideau de coton. La chambre transparaît. Le corps fatigue. Les yeux. La respiration ralentit. Le jour se lève. Les voitures passent. Accélèrent. Les fleurs, les tulipes, et toutes les autres, ont dû s'ouvrir. Un chien aboie. C'est l'heure : ou se lever ou dormir enfin. On s'endort. L'esprit guette encore le mot. Comme l'enfant la libellule... 
 
Je m'enlimousine
Tu t'enlimousines
Il s'enlimousine
Nous nous enlimousinons
Vous vous enlimousinez
Ils s'enlimousinent

Un mot qui soit comme un pont au-dessus de l'eau.



 

vendredi 10 mai 2013

Quelques propositions pour Limoges en réponse à un membre d'Europe Ecologie Les Verts

2007: aménagement de la place de la cathédrale... on reste sur sa faim... mais tout n'est pas perdu!

Le moins que l'on puisse dire, c'est que j'ai la "fibre écologique" depuis toujours! Et il n'est pas obligé d'être membre d'Europe Ecologie Les Verts pour cela, même si, au 1er tour de l'élection présidentielle de 1981, j'étais l'un des mandataires à Limoges de Brice Lalonde; même si j'ai un temps adhéré à cette formation; même si je fus le délégué en Haute-Vienne du Pôle écologique du Parti Socialiste (courant minoritaire s'il en est!). Depuis l'adolescence et ma participation aux activités du Club nature L'Ecrevisse, j'ai milité pour la prise en compte des nécessités écologiques; milité pour l'abandon du projet de camp militaire au Larzac; milité contre l'implantation d'une centrale nucléaire à Plogoff; milité en faveur de la décentralisation; du développement du rail plutôt que du routier et du "tout camion"; milité pour les énergies renouvelables; pour l'amélioration de la condition animale (vaste et nécessaire sujet, parfois oublié par les Verts); milité en faveur d'une Europe fédérale des régions; pour la reconnaissance des langues dites "régionales" (j'avais remis un rapport en ce sens à la députée Monique Boulestin)... J'arrête là. En 1992 - très peu le savent, j'imagine -, j'avais servi de go between entre l'équipe de Robert Savy et celle des Verts pour réfléchir à une alliance à la Région - alors laboratoire de la "gauche plurielle". Je me souviens encore de notre réunion, un soir, dans le bureau du Président. Pas étonnant, donc, qu'un cadre des Verts en Limousin me demande de lui faire part de quelques propositions. Voici les premières auxquelles je pense. Il y en aurait, bien entendu, beaucoup d'autres, et je ne doute pas un seul instant qu'elles pourront inspirer certains candidats dont elles compléteront sans nul doute la propre réflexion...
Je passe sur le fait que tout doit être tenté pour développer les énergies renouvelables dans la ville et les transports en commun, qui doivent être accessibles à tous, en particulier aux plus modestes. Tout également - et ce n'est pas facile, pour des raisons à la fois pratiques et de mentalités - pour limiter la voiture et les véhicules à moteur dans le centre ville et les quartiers les plus touristiques. Je songe à la rue Jean Jaurès et aux rues adjacentes qui devraient être réservées aux piétons et aux seuls trolleys (en dehors d'horaires permettant les livraisons et l'accès pour les riverains). Je rêve de la place du Présidial libérée de son parking. Je rêve de la place Denis Dussoubs (ancienne place Dauphine) interdite aux véhicules à moteur (en dehors des trolleys), les soirs d'été à partir de 20 heures, avec possibilité d'extension des terrasses. Et si l'on y réinstallait, comme ce fut initialement le cas, une fontaine au centre (on n'est pas obligé d'y remettre les dauphins à la gloire du fils du roi...)? Il est nécessaire d'encourager et de faciliter la marche et le vélo à travers la ville; de multiplier les parkings extérieurs au centre-ville.
De même faudrait-il sans doute réaménager, refaire, repenser... la place de la République, qui a tant de potentiel. Maintenir un manège et un bassin (refait), certes, mais y faire le lien de manière plus visible avec l'ancienne abbaye Saint-Martial, puisque nous devons beaucoup miser sur le statut de "Ville d'art et d'histoire", modifier et souligner l'entrée de la crypte, demander aux Galeries Lafayette d'enlever la frise colorée et en mauvais état (très années 1970) qui surplombe les escaliers, et surtout... remplacer le dallage par quelque chose de plus "vert" (pourquoi pas un jardin médiéval, puisque l'histoire du lieu y invite). Faire le lien, aussi, avec le fait que Saint-Martial fut un temps la capitale européenne de la musique. Autre place historique: celle de la cathédrale (photographies ci-dessus). Le fait d'avoir supprimé le parking est à lui seul une avancée considérable! Le parvis, l'extérieur de la cathédrale nettoyé, le monument éclairé, le nouveau Musée des Beaux-Arts... autant de décisions pertinentes. Mais cette vaste place en pavés "chinois", flanquée d'une fontaine plutôt laide (dont on espère qu'elle sera bientôt revue et corrigée, mériterait de devenir un vrai lieu de vie, avec plus de végétation, à commencer par des arbres. Et surtout, que l'on conserve le boulodrome (autre lieu historique et populaire), dont s'occupa un temps mon grand-père maternel! La nécessité de la sauvegarde et de la mise en valeur du baptistère, un des plus vastes de la Gaule, est une autre nécessité, en cohérence avec le développement de ce pôle fort, touristico-culturel, de la ville.  Et puisque nous sommes au coeur de l'Occitanie, il faudrait bien que cela soit visible dans la ville, au moins dans les quartiers historico-touristiques, grâce à une signalétique adaptée. D'une manière générale, Limoges a tout à gagner de la sauvegarde et de la mise en valeur de son patrimoine, qui ne peut qu'être un vecteur de développement économique (tourisme, hôtellerie-restauration, commerce de centre-ville). C'est une ville où il fait bon vivre, beaucoup le reconnaissent; il faut que cela continue (l'aménagement des bords de Vienne, même s'il peut se poursuivre, a été une excellente chose, longtemps attendue). 
Sur le plan culturel, si l'on peut se réjouir de l'offre qui contraste tant désormais à ce qu'il y avait autrefois - je pense aux centres culturels municipaux, à l'Opéra-Théâtre, au Conservatoire, aux musées rénovés ou créés, au Théâtre de L'Union (et aux autres théâtres et compagnies qui ont besoin d'une aide constante), à la Bfm -, je regrette à titre personnel l'absence d'un véritable pôle de musiques dites actuelles. Il y a quelques années, le créatif collectif Wild Shores, qui existe toujours (en particulier sur Paris), organisa à plusieurs reprises un formidable festival, Artooz, qui disparut faute de moyens. C'est fort dommage. On pourrait aussi imaginer la création d'une Maison de la Poésie, comme il en existe dans de nombreuses villes en France - mais il est vrai que la Bfm accueille des poètes et/ou des manifestations autour de la poésie. On se félicite en revanche de la future fondation d'un Centre européen du jazz (à la Borie?) à partir de la fabuleuse collection, en particulier de disques vinyles, de Jean-Marie Masse. J'ai la nostalgie des réunions du hot-club auxquelles j'assistais jadis, chez lui, rue François Chénieux, dans cet appartement aux murs recouverts de piles de disques. Il nous faisait écouter des trésors (dont divers spécialistes présents savaient parfois reconnaître tous les musiciens ou trouver l'année et le lieu d'enregistrement!) et ouvrait régulièrement la fenêtre pour chasser la fumée des cigarettes et des pipes accumulée pendant les auditions qui s'achevaient tard dans la nuit.
La programmation du Zénith n'est quant à elle pas toujours très palpitante.
Dans mon ouvrage Du pays et de l'exil Un abécédaire de la littérature du Limousin (Les Ardents Editeurs, 2008), j'ai montré combien les écrivains limousins et, plus spécifiquement, limougeauds (natifs, installés, exilés...) étaient nombreux, depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours. Ce qu'a confirmé le livre Balade sur les pas des écrivains limousins, piloté par mon ami Georges Châtain, auquel j'ai également participé. Le Limousin apparaît comme l'une des villes les plus littéraires de France et Limoges comme une ville littéraire - ce que l'on ne sait pas toujours, à Limoges et à l'extérieur. Certes, le site Géoculture met en lien des lieux de la région et de la ville avec des oeuvres; mais il serait sans doute intéressant, parallèlement, que cela se traduise de manière concrète et visible dans l'espace urbain. On songe à Londres où de petites plaques rondes et bleues rappellent la mémoire d'illustres personnages; pourquoi ne pas envisager la même chose à Limoges pour les auteurs (avec un prospectus diffusé à l'Office du tourisme proposant quelques informations et un circuit)? Que l'on n'hésite pas à puiser dans mon livre: il est fait pour ça... Voilà qui contribuerait à enrichir l'offre touristique et culturelle et à entretenir une identité. (A l'occasion de ces lignes, je signale à ceux qui l'ignorerait que Limoges accueillit l'écrivain japonais Tōson Shimazaki (1872-1943) dont la maison, située 107 rue de Babylone, a été retenue dans le cadre des mesures de protection au titre de l’article L 123-1 7° du Code de l’Urbanisme. Peut-être pourrait-on en envisager une mise en valeur?).
Sans doute faut-il également réfléchir à l'aménagement des "portes de la ville". Limoges Métropole réfléchit (et prépare) à celui - essentiel - des Casseaux, en ayant compris combien il s'agissait d'un lieu important pour l'identité de la ville (paysage urbain, potentiel architectural et culturel, qualité de vie), ce dont on ne peut que se féliciter. On ira consulter ici le dossier: http://www.agglo-limoges.fr/lm.nsf/0/22188fd273d21d74c125773d004ce749/$FILE/Dossier%20concertation%20quatier%20Casseaux.pdf (il semblerait toutefois que le calendrier ait pris du retard). Gageons qu'à cette occasion, la patinoire, la maison de retraite et la piscine bénéficieront d'un ravalement de façade.
On le voit, les propositions ne manquent pas et ce blog continuera à en faire ou à en relayer jusqu'aux élections, tout en sachant qu'il est parfois (souvent?) plus facile de proposer que de réaliser. Mais, comme dirait Jaurès, il faut aller à l'idéal pour comprendre [et aménager] le réel!






samedi 4 mai 2013

Pourquoi j'aime Jean-Marc Ferrer et Les Ardents Editeurs

Pas uniquement parce que c'est l'un de mes éditeurs!


Jean-Marc Ferrer et moi sommes - à une année près - de la même génération. J'ai croisé pour la première fois ce Varois devenu Limousin à la Faculté d'histoire de Limoges, avant de poursuivre mes études au Centre d'Etudes Supérieures de la Civilisation Médiévale à Poitiers. Puis je l'ai revu lorsqu'il a organisé, au Pavillon du Verdurier à Limoges, une formidable exposition consacrée à Camille Tharaud - l'occasion pour lui de publier un premier ouvrage aux Editions Lucien Souny. Il est ensuite devenu un spécialiste reconnu des arts décoratifs du Limousin des 19ème et 20ème siècles. Par la suite, il a eu le courage de quitter l'Education Nationale, où il était professeur d'histoire et géographie, pour diriger Les Ardents Editeurs, maison d'édition ambitieuse et de grande qualité. Il fait partie - j'ose croire que moi aussi... - de ces historiens limougeauds impliqués à la fois dans la recherche, souvent l'enseignement, mais aussi l'écriture et la vie culturelle et/ou citoyenne et politique de la cité. Je pense, entre autres, et à la suite, par exemple (sans remonter jusqu'à Alain Corbin), de Michel Kiener, qui s'impliqua tant dans les aventures de la Biennale de l'émail ou de l'Ensemble baroque de Limoges, à Philippe Grandcoing, Vincent Brousse, Stéphane Lajaumont, Dominique Danthieux et à d'autres, comme Thomas Duranteau. Je n'irai pas jusqu'à parler d'Ecole de Limoges, mais tout de même... on pourrait y adjoindre d'autres personnalités, comme Etienne Rouziès, dynamique conservateur du pôle Limousin de la Bfm de Limoges (auteur, entre autres, d'un Petit traité d’Odologie artistique [à l'usage de Perpignan et d'ailleurs] suivi de Perpign[an]thologie), ou même Olivier Thuillas, chargé de mission au CRL du limousin, très impliqué dans le projet Géoculture. Ces deux derniers ayant organisé la belle exposition consacrée à Georges-Emmanuel Clancier à la Bfm de Limoges au printemps 2013. On pourrait encore citer Pascal Plas, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, Jean-Marie Allard, assistant qualifié de conservation au pôle Limousin de la Bfm, et noter qu'il existe des connexions avec le reste du Limousin, par exemple avec Christian Rémy, ou Gilbert Beaubatie, professeur d'histoire à l'IUFM de Tulle, correspondant départemental de l'Institut d'histoire du temps présent, et même avec son fils, le philosophe et écrivain Yannick Beaubatie. Et pourquoi pas encore Michel Toulet, président de l'association Renaissance du Vieux Limoges?
Le travail des Ardents Editeurs combine à la fois l'archéologie littéraire en rééditant des textes oubliés assortis d'excellents commentaires historico-littéraires, des fictions contemporaines, de la bande dessinée, des documents précieux sur le patrimoine sous toutes ses formes, la plupart du temps sous forme de beaux livres (pour ma part, j'ai eu la chance d'y publier une histoire de la littérature du Limousin, de l'Antiquité à nos jours, sous forme d'abécédaire). Ce travail précieux vient après d'autres aventures comme celle du pionnier Lucien Souny ou celle de Culture et Patrimoine en Limousin, maison ayant connu des vicissitudes, à laquelle collaborèrent/collaborent certains des historiens mentionnés ci-dessus (il est concurrencé également par certaines publications des puissantes Editions Sud-Ouest ou de Geste Editions, qui publient de plus en plus d'auteurs limousins). L'esprit d'entreprise et le dynamisme, la suractivité même, de Jean-Marc Ferrer, lui font inventer de véritables évènements accompagnant la parution de certains ouvrages, en particulier de belles expositions, avec le soutien de divers partenaires, dont la Ville de Limoges. Ainsi, lorsque pour la première fois en 2013, et au grand dam des libraires, des éditeurs ou auteurs originaires du Limousin ne furent invités que le vendredi à Lire à Limoges, on constata que ce ne fut pas le cas des Ardents, qui restèrent tout le week-end (de même que Geste Editions et son équipe d'auteurs limougeauds de polars, coachée par Franck Linol).
Pourquoi évoquer Jean-Marc Ferrer et sa maison d'édition dans un blog autour de la campagne des élections municipales de 2014 à Limoges, me demanderez-vous? D'abord parce que la figure de cet éditeur actif s'est imposée comme une figure politique - au sens grec du mot - de notre cité; figure complétée par les autres évoquées ci-dessus, aussi diverses soient-elles (c'est d'ailleurs ce qui fait leur richesse). A ce titre, sa parole et son action sont donc, même indirectement, tout aussi légitimes que d'autres, plus politiciennes. C'est pourquoi les édiles auraient tout intérêt, pour nourrir leur réflexion et enrichir leur action, à écouter Jean-Marc Ferrer, mais aussi ces historiens (au sens large) limougeauds qui connaissent fort bien la ville et sa région. Certain(e)s, on n'en doute pas, le font déjà. Et certains de ces historiens sont d'ailleurs déjà engagés en politique, comme Stéphane Lajaumont au Front de Gauche.

mercredi 1 mai 2013

Quelques réflexions à propos du pont de Limoges sans nom...

(photo du bas: site infociments)

J'ai déjà dit combien - par mon histoire familiale paternelle - j'étais attaché aux ponts de Limoges, et plus particulièrement à l'antique et médiéval pont Saint-Martial (détruit en 1182 par Henri II Plantagenêt pour punir les habitants du Château de leur manque de fidélité) et au pont Saint-Etienne, dont les noms parlent d'eux-mêmes. Sous la Monarchie de Juillet, on construisit un nouveau pont qui prit l'inévitable nom du souverain: Louis-Philippe. Pour les Limougeauds, c'est le pont "neuf". En 1885, ce fut l'édification du pont de la Révolution. Et, en 2006, fut inauguré un pont sans nom officiel, même si des "Banturles" le baptisèrent le "ponticaud" (en hommage aux habitants des bords de Vienne) et d'autres le pont du Clos-Moreau, ce qui est un peu fade. C'est pourquoi j'aimerais apporter ma contribution pour donner des idées aux édiles qui disposent, parmi leurs fonctions, de la possibilité essentielle de dénommer les rues, places et autres ouvrages d'art de la commune (et donc d'ordonner le chaos). Dans son captivant livre Petit Dictionnaire maçonnique des rues du Limousin, au Puy-Fraud éditeur, Michel Laguionie a recensé près de 200 rues portant des noms de francs-maçons, ce qui n'est pas étonnant, et l'on sait que nombre de voies portent également - ou conjointement... - le nom de personnalités issues du mouvement socialiste, au sens le plus large du mot. Sans tenir forcément compte de ces paramètres, mais sans obligatoirement chercher à les éviter, réfléchissons à quelques noms possibles pour notre nouveau pont... 
Les nostalgiques de la gauloiserie seraient en droit d'avoir un pont des Lémovices, bien que l'ancienne capitale indépendante de ce peuple ait été située sur l'oppidum de Villejoubert. N'importe, cela aurait du panache. Mais mieux vaut un nom contemporain! Camille Fauré (dont une récente exposition a montré la popularité) fait déjà trop ancien. Léon Jouhaud aussi... Georges Magadoux serait mieux, mais il a déjà une rue. Le peintre Guy Salesse, peut-être, ou le designer Olivier Gagnère. Je proposerais bien Georges-Emmanuel Clancier, mais je l'ai déjà fait pour la Bfm (on ne sait jamais, la proposition pourrait être retenue!). L'autre grand poète limougeaud du 20ème siècle, Prix Mallarmé, étant Joseph Rouffanche. Un pont Joseph Rouffanche, cela aurait de la gueule, tout de même! Un pont René Rougerie, aussi d'ailleurs. Le dada Raoul Hausmann, ce ne serait pas mal non plus. Joseph Storck, proviseur du Lycée Gay-Lussac pendant la Seconde Guerre mondiale, résistant et Juste parmi les Nations, ce serait magnifique. Mieux encore, et ce n'est pas son biographe Olivier Bailly qui me contredira: un pont Robert Giraud, ancien du Lycée Gay-Lussac, de la Fac de droit, ex maquisard, devenu écrivain - piéton de Paris, auteur du fameux Vin des rues. D'ailleurs, j'en vois déjà qui pensent à Antoine Blondin (mais ce n'est que de l'eau qui coule sous ce pont)... et d'autres à Georges Fourest, quels dilemmes! Et pourquoi pas un pont Pierre Debauche, certes originaire de Namur mais qui dynamisa le théâtre à Limoges au début des années 1980 et fut à l'origine du Festival des Francophonies? Et puis pourquoi pas le pont Jean-Marie Masse, celui qui fit de Limoges une des capitales du jazz (et je me suis laissé dire que le maire actuel aime cette musique...). 
La réflexion est ouverte... elle peut durer encore un peu de temps.  Je la reprendrai peut-être un jour ou l'autre sur ce blog.