mardi 31 décembre 2013

Dieudonné à Limoges? (suite) La bonne réponse d'Alain Rodet.

AFP.
Dieudonné doit se produire à Limoges le 25 janvier prochain. Des manifestations sont prévues si le spectacle est maintenu..
Le député-maire PS de Limoges, Alain Rodet, a estimé ce lundi que si le ministre de l'Intérieur Manuel Valls n'était pas "en mesure d'empêcher les spectacles de Dieudonné", lui-même s'opposerait à la venue dans sa ville de l'humoriste, le 25 janvier prochain, "par tous les moyens" légaux, sous une forme "qui reste à définir".
"Nous y pensons depuis longtemps", a expliqué à une correspondante de l'AFP M. Rodet. "Localement, nous recevons de plus en plus de lettres d'indignations au sujet de ce spectacle", a-t-il souligné. "Le MRAP, SOS Racisme, mais aussi la communauté israélite, ainsi que les associations de résistants ont fait savoir leur opposition à la venue de Dieudonné", certains ayant annoncé leur intention de manifester le jour J aux abords du Zénith, où doit se produire l'humoriste, a-t-il ajouté.
"Cet homme qui multiplie les provocations et les dérapages a largement dépassé les limites de la liberté d'expression", a ajouté l'élu socialiste.
M. Rodet estime que donner une tribune à Dieudonné "n'est pas acceptable, et encore moins dans un département comme le nôtre qui s'est fortement impliqué dans la Résistance et a lutté contre la persécution des juifs pendant la guerre".
"La tenue d'un tel spectacle serait d'autant plus inacceptable que la région a été le théâtre d'un grand moment de paix et de réconciliation en septembre, quand, pour la première fois depuis la guerre, un président allemand (Joachim Gauck, ndlr) s'est rendu à Oradour pour s'y recueillir avec le président français", a-t-il rappelé.
S'agissant de la forme que pourrait prendre la réaction de la commune, en l'absence de directive du ministère de l'Intérieur, le maire assure qu'"il existe des moyens légaux de s'opposer à la tenue de cette soirée". "Nous sommes en mesure de prendre un arrêté ou de saisir la préfecture notamment en invoquant les risques de troubles à l'ordre public évidents que pourraient entraîner ce spectacle", a-t-il expliqué.
Le ministre de l'Intérieur a annoncé la semaine dernière qu'il étudiait "toutes les voies juridiques" pour interdire les "réunions publiques" de Dieudonné qui, selon lui, "n'appartiennent plus à la dimension créative mais contribuent (...) à accroître les risques de troubles à l'ordre public".


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Le Parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour "incitation à la haine raciale" suite à ses déclarations antisémites à propos du journaliste Patrick Cohen. Le député des Français de l'étranger Meyer Habib (UDI) va déposer un projet de loi visant à interdire la quenelle, considérée comme un salut nazi inversé par beaucoup (Libération a indiqué que circulait sur le web une photographie montrant un jeune homme faisant la quenelle devant l'école juive de Toulouse où Mohamed Merah avait commis quatre meurtres). Ceux qui plaident l'innocence ou la bonne foi après avoir fait ce geste sont en tout cas pour le moins suspects...

dimanche 29 décembre 2013

Dieudonné pourra-t-il se produire au zénith de Limoges fin janvier?

Dieudonné doit se produire au zénith de Limoges en janvier 2014.

Il a fait, à ce jour, l'objet de 7 condamnations pour "délit d'injure et de provocation à la haine et à la discrimination raciale" - il y a peu: 28 000 euros d'amende pour diffamation, injure et provocation à la haine et à la discrimination raciale notamment pour la transformation de Chaud cacao d'Annie Cordy en Shoah nanas
Selon Libération du 28 et 29 novembre 2013, Lors de l'un de ses "spectacles" au théâtre parisien de la Main d'or, il a "agressé verbalement le journaliste de France Inter Patrick Cohen: "Quand je l'entends parler, Patrick Cohen, je me dis, tu vois, les chambres à gaz... Dommage." 
Selon Alain Jakubovicz, le président de la Licra, la "quenelle" (dont le terme a été enregistré à l'Institut national de la propriété intellectuelle par la compagne de Dieudonné) est un "salut nazi inversé". Cette déclaration est poursuivie en justice par Dieudonné "associé pour l'occasion [indique Libération] à l'historien négationniste Robert Faurisson et à une bordée de meurtriers condamnés (Youssouf Fofana, Alfredo Stranieri, Philippe Abitbol...)". Déjà dans Libération, en 2009, Dieudonné avait déclaré: "L'idée de glisser ma petite quenelle dans le fond du fion du sionisme est un projet qui me reste très cher." Depuis, ce geste pour le moins équivoque, en fait très évocateur, a été repris par diverses personnes sur le net et ailleurs, comme le footballeur Anelka lors d'un match, ou comme l'un des fans de Dieudonné regroupés devant la Main d'or devant les caméras de la chaîne LCI.
Tout cela contribue du climat délétère qui règne en France aujourd'hui.

Dieudonné doit-il, dans ses conditions, bénéficier d'une tribune à Limoges?

La billetterie est en tout cas en pleine effervescence: la FNAC, Carrefour, d'autres sites, vendent les places sans se poser de questions. Mais les associations SOS Racisme ainsi que le MRAP 87 (Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples) ont annoncé leur intention de manifester à proximité du Zénith si le spectacle n'est pas annulé. Selon un conseiller de Manuel Valls (Libération): "Dieudonné s'estime libre, et pense que personne ne peut l'atteindre. Moins on agit, plus sa parole devient violente." On attend donc que le Ministre de l'Intérieur et le président de l'agglomération de Limoges prennent leurs responsabilités. Selon France 3, "le maire de Limoges Alain Rodet nous a confirmé "envisager de prendre un arrêté municipal si la Préfecture ne le fait pas". Il y a manifestement une menace de trouble à l'ordre public: les provocations répétées de Dieudonné ne pouvant demeurer éternellement sans réponses. 

Dieudonné saluant Jean-Marie Le Pen (photo: Gala)

mardi 17 décembre 2013

Une Ecole vétérinaire à Limoges

L'Ecole vétérinaire de l'intendant Turgot

C'est le vétérinaire Pierre Desnoyers – ancien élève du Lycée Gay-Lussac – qui, dans sa thèse de 1967, révéla que l'intendant Anne-Jacques-Robert Turgot était à l'origine de la seconde Ecole vétérinaire de Limoges, dont l'existence fut malheureusement fort brève. Dès son arrivée en Limousin, Turgot fut sensible au développement de l'art vétérinaire, nécessaire dans cette région d'élevage. Dès 1763, il ne ménage pas ses efforts en faveur de l'ouverture d'une Ecole vétérinaire à Limoges et surtout d'un financement royal qu'il espérait mais qu'il n'obtint pas. L'établissement ouvrit pourtant en février 1766. Turgot avait informé la population de cette création et proposé aux paroisses les plus riches de prendre sous tutelle certains élèves afin de s'assurer le concours des futurs diplômés. Pour être admis, ceux-ci devaient savoir lire et écrire et avoir entre quinze et vingt-cinq ans. Le professeur responsable était Le Blois, assisté par Barjolin. L'effectif constant ne fut que de trois élèves. L'Ecole avait pour but d'enseigner mais aussi de traiter les animaux malades. « Toutes les parties de la médecine des animaux » étaient étudiées.
Le 5 novembre 1768, toutefois, l'Ecole ferma, faute de reconnaissance officielle, de moyens et faute de candidats – peu de jeunes gens étant attirés par la médecine vétérinaire, la majorité préférant étudier la chirurgie, plus lucrative. Cependant, écrit Pierre Desnoyers, l'existence de l'Ecole fit connaître cette nouvelle profession. En 1786, il y avait trois vétérinaires à Limoges : Persche, Sazerat et Mirat. En 1836, l'Administration préfectorale de la Haute-Vienne émit des souhaits en faveur de la création d'une nouvelle Ecole vétérinaire à Limoges mais, après étude, le projet fut abandonné. 

Et aujourd'hui?
 
Depuis 2012, le Lycée Léonard Limosin accueille une classe préparatoire aux grandes écoles: biologie, chimie, physique et sciences de la Terre. Une trentaine d'élèves peuvent y préparer les concours de l'Ecole Normale Supérieure d'Agronomie ou de l'Ecole Nationale Vétérinaire, entre autres. Les 4 écoles nationales vétérinaires (Lyon, Maisons-Alfort, Nantes et Toulouse) recrutent à différents niveaux, via cinq concours communs. L’accès est très sélectif, le taux de réussite allant de 7 à 20 % selon les concours.
La formation se déroule sur 5 ans. Les 4 premières années forment un tronc commun avec des cours théoriques (en anatomie, physiologie, pathologie, bactériologie, virologie, parasitologie, pharmacologie, zootechnie, épidémiologie, chirurgie...) et des cours appliqués. Dénommée "toute clinique", la 4e année est consacrée à des stages. Ce cycle est validé par le diplôme d’études fondamentales vétérinaires (DEFV) qui confère le grade de master. La 5e année est une année d’approfondissement à l’issue de laquelle les élèves doivent présenter leur thèse de doctorat, afin d’obtenir le diplôme d’État de docteur vétérinaire (DEV). Les étudiants approfondissent leur pratique clinique dans une filière (animaux de compagnie, animaux de production, filière équine). Ils peuvent choisir de compléter leur formation à l’université (dans le cadre d’un M2 ou d’une 1re année de thèse selon leur parcours) ou à l’École nationale des services vétérinaires (en santé publique vétérinaire).
On pourrait rêver (comme Pierre Desnoyers je crois) que de véritables passerelles soient justement créées, à l'occasion de la cinquième année, entre les Ecoles et la région Limousin, où l'élevage bovin (et ovin) occupe une place de choix.
 

 

mardi 26 novembre 2013

"Le Bloc" de Jérôme Leroy, Prix Michel Lebrun 2012, chez Folio policier


Jérôme Leroy, né en 1964, est l'auteur d'une vingtaine de livres. Le Bloc a été publié dans la Série noire de Gallimard puis, il y a peu, chez Folio policier. Celui qui était à l'édition 2013 de "Vins noirs", rue Haute-Vienne à Limoges en juin dernier, évoque souvent dans son oeuvre une société au bord de l'apocalypse, et c'est bien le cas dans ce roman où toute ressemblance avec le principal parti d'extrême-droite français et des personnes existant ou ayant existé est absolument volontaire. Mieux qu'un ouvrage historique, ce livre très documenté où sourd un angoissant suspense fait percevoir au plus profond et au plus intime ce qu'est sans doute le Front National, à peine déguisé ici en Bloc Patriotique - dont la nouvelle responsable, Agnès, aimait porter des pulls "bleu marine" à même la peau lorsqu'elle était jeune. Deux narrateurs se partagent le récit alternant présent et flash-back multiples: tandis que la France est à feu et à sang en raison d'émeutes meurtrières, les responsables du Bloc - dont Agnès qui a hérité la direction du parti de son père, après une tentative de scission menée par une certaine Louise Burgos - négocient avec le président leur entrée massive au gouvernement. Antoine Maynard, le mari d'Agnès, ancien prof de lettres, écrivain nostalgique d'un "avant" merveilleux (pas si éloigné d'Alain Finkielkraut dans son constat), très violent à l'occasion, devenu "fasciste à cause d'un sexe de fille", dit-il (celui d'Agnès), alors que sa vie aurait pu être toute autre (basculant peut-être vers une sorte de sainteté laïque) se remémore son itinéraire au Bloc au moment où il va sans doute entrer au gouvernement. Jérôme Leroy sait montrer un personnage à la fois plus nuancé qu'il y paraît - fascinant à certains égards - et sans scrupules. L'autre narrateur, son ami, peut-être une sorte de fils pour lui qui ne peut en avoir, est un ancien skin homosexuel chargé de former les forces spéciales du Bloc, celles qui interviennent pour effectuer les sales besognes. Stanko, qui se prend pour un Spartiate, un fils d'immigré polonais détruit par la crise de la sidérurgie dans le Nord, devenu meurtrier par désespoir, puis par conviction et obéissance aux cadres du Bloc - dont un ancien S.S. -, terrifiant de force et de résolution, plein d'un racisme déterminé. Au moment où se déroule le roman - même pas 24 heures - il est pourchassé par ceux qu'il a formés et qui ont l'ordre de faire disparaître tous les témoins gênants des horreurs commises par le Bloc durant ces quarante années où il a préparé son accession au pouvoir sous la férule de son vieux chef alors que l'économie puis la société française se délitait, perdant peu à peu le sens des valeurs républicaines. On songe à la "nuit des longs couteaux", à Visconti. Tout remonte à la surface tandis que se développe le double suspense de l'attente du résultat des négociations et celui de la chasse à l'homme: la violence et l'opportunisme des militants d'extrême-droite, leur absence de remords mais aussi leurs divisions provenant d'origines politiques disparates. Tout est saisissant de vérité et d'érudition et le lecteur ne peut lâcher le livre, même quand ce qui y est écrit devrait être indicible. La violence a une histoire, nous dit ici Jérôme Leroy, brillant romancier et analyste de la société qui ne cache pas les compromissions ou les lâchetés de la gauche bien pensante. Elle conduit souvent au pire: ici, l'après, ce sera soit la dictature, soit la guerre civile, les deux aimant à se nourrir l'une l'autre. 
En ces temps de progression continue de l'extrême-droite, voici un livre bien écrit qui aide à réfléchir.

dimanche 24 novembre 2013

La campagne en vert (et rose)

Ancien responsable en Limousin du Pôle écologique du P.S., j'évoquais ici-même, il y a peu, les tergiversations vertes à propos de la stratégie pour les municipales. Les militants ont finalement choisi la sagesse électorale la plus cohérente pour eux: ils rejoignent la liste qui sera conduite par Alain Rodet, ce qui devrait leur permettre de peser sur le programme puis sa mise en oeuvre, en particulier s'ils obtiennent un ou deux adjoints. Cela ne va pas sans quelques vagues, comme c'était prévisible: ainsi Marie Wilhelm-Labat qui annonce sa démission du parti pour rejoindre le Front de gauche. Ce dernier ne bénéficiera donc pas - comme il l'espérait - d'une dynamique résultant d'une union écologistes - extrême-gauche. Il lui sera donc plus difficile d'être seul "légitime" à propos des questions écologiques. 

Par ailleurs, les propos de Jean-Luc Mélenchon sur l'enseignement des langues régionales, par exemple du breton dans les écoles Diwan (qualifiées de "secte" dans un débat au Sénat en 2008 - le sénateur socialiste faisait d'ailleurs un certain nombre d'erreurs quant à l'histoire de la langue bretonne), son opposition résolue à la ratification de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires (comme Nicolas Sarkozy) devraient logiquement éloigner les Verts du Front de gauche. On (re)lira ici quelques propos intéressants: http://taban.canalblog.com/archives/2011/11/26/22815055.html et l'on se souviendra opportunément que la Ville de Limoges soutient la Calendreta (à juste raison: j'ai pu constater que les élèves arrivant au collège après ce cursus avaient l'esprit très ouvert), de même que - depuis le début - le Conseil régional du Limousin. Précisons que Calandreta Lemosina est une école indépendante de toute organisation politique, syndicale ou religieuse : gratuite et laïque, elle assure un service public d'enseignement en occitan.
(Concernant la langue bretonne, ce qu'en pense le P.C.F. depuis les années 70, je renvoie aussi à la lecture de ma biographie d'Alan Stivell: http://www.letelegramme.fr/ig/loisirs/musique/alan-stivell-une-biographie-de-reference-05-07-2012-1763002.php ).

Par souci d'objectivité, signalons toutefois que Luc Foulquier, chercheur en écologie – membre de la Commission Écologie du Conseil National du P.C.F.,  explique que le parti s'est préoccupé d'écologie depuis longtemps - au moins depuis le programme commun de la gauche en 1972. Peut-être son long soutien inconditionnel à la politique de l'U.R.S.S., grand Etat productiviste et industriel peu soucieux d'écologie, l'avait-il fait oublier... En 76, Pierre Juquin fit même une intervention au Comité central sur "Les communistes et le cadre de vie" (comme on le sait, il fut exclu du P.C.F. et rejoignit les Verts en 1991 - en 2010 en Auverge, il faisait partie du comité de soutien d'Europe Ecologie). Néanmoins, ces prises de position sont passées pratiquement inaperçues, peu défendues par la base. Luc Foulquier estime que "les « non débats » du style « non » aux nanotechnologies, aux O.G.M., au nucléaire, au TGV… exploitent les peurs et ne permettent pas la construction commune de réponses." Il ajoute: "une vision globale sur les rapports « homme-nature- société » est nécessaire pour lier le « vivre mieux et autrement » avec une autre conception de la croissance et du développement." On peut voir ses repères sur la pensée écologique (2009) ici: http://formation.pcf.fr/11829 .


dimanche 17 novembre 2013

La chapelle du Lycée Gay-Lussac est sauvée!

En septembre dernier, dans mon émission de radio sur RCF Limousin, le proviseur du Lycée Gay-Lussac avait annoncé - et c'était un scoop qui a été très lu lorsque je l'ai retranscrit ici-même - que la rénovation de la chapelle du plus vieux lycée de la ville était en bonne voie. A l'occasion de l'Assemblée Générale des Anciens de Gay-Lu, il a été confirmé que la Région Limousin s'était engagée à en faire une salle de conférences telle que n'en avait pas encore le lycée, permettant aussi d'organiser des expositions et des manifestations culturelles, et mettant en valeur le retable, tout en le protégeant derrière une plaque de verre. C'était l'un de mes souhaits les plus chers de voir ce lieu d'abord religieux, puis qui accueillit la préparation dans notre ville des Etats Généraux de 1789, et ensuite les merveilleuses et regrettées biennales internationales de l'émail, enfin rénové.

Venant d'intégrer - et c'est une joie et un honneur - le Comité de l'Association des Anciens de Gay-Lussac, je ne manquerais pas de proposer des manifestations culturelles à l'association et au proviseur en ce lieu magnifique.

mardi 12 novembre 2013

Le Centenaire de la Grande Guerre à Limoges

Emile - futur poilu - et Jeanne Bourdelas



A la veille de la Grande Guerre, Limoges compte 93 000 habitants. Le 1er août 1914, dans une chaleur étouffante, ceux qui sont en âge de partir au combat sont mobilisés. La majorité de la population semble acquise à l’idée du conflit, une position confortée par l’Union sacrée. Le maire de Limoges, Léon Betoulle déclare : « Une seule chose importe maintenant : défendre le sol national, sauvegarder la République. Nous verrons ensuite.» Ceux qui partent au combat sont acclamés à la gare. Un passant ayant crié « A bas la guerre » est passé à tabac par la foule. Le Populaire se met à publier la liste des tués et blessés socialistes. Néanmoins, le 31 juillet, Jean Jaurès a été assassiné. Le 6 août, dans Le Populaire du Centre, Paul Faure écrit qu’il faut maudire la guerre, « de toutes nos douleurs et de toutes nos larmes de demain. » Il rédige bientôt des articles hostiles à la guerre sous le pseudonyme de Pax. Sous son influence, la fédération S.F.I.O. de la Haute-Vienne est gagnée par les idées pacifistes, défendues aussi par le député Adrien Pressemane. Le 1er mai 1916, le petit-fils de Karl Marx, Jean Longuet, assure à Paris la direction d’un journal imprimé à Limoges, le Populaire-Revue, où s’exprime cette tendance. Par la suite, certains limougeauds demeurent sensibles à ces idées, lors des grèves de 1917, de la conférence de Stockholm – dont les parlementaires Parvy, Betoulle, Pressemane et Valière rendent compte devant 5 000 personnes – ou encore des manifestations de permissionnaires.
            Le XIIème corps d’armée (45 000 hommes), qui comprend notamment les trois départements limousins, est placé sous le commandement du général Roques, en garnison à Limoges. On y trouve le 63ème régiment d’infanterie de Limoges, deux bataillons du 78ème également dans la capitale régionale, le 20ème dragons et le 21ème chasseurs à cheval. Le XIIème corps d’armée est envoyé dans la Marne, non loin de Verdun, pour percer le front allemand, ce qu’il ne peut faire, subissant de lourdes pertes. Les régiments limousins combattent à Verdun, dans la Somme, en Champagne, au Chemin des Dames, en Italie. Ils sont mis à dure épreuve, avec leurs tués, blessés, gazés, disparus – parfois ensevelis par une explosion sans qu’on les retrouve ou que leurs camarades ont juste le temps de sauver. Pour le Limousin, la différence entre les recensements de 1911 et 1921 est de – 108 537 personnes. 40 000 soldats sont morts pour la France. Beaucoup sont aussi devenus des « gueules cassées ». A l’automne 1918, la pandémie de la grippe espagnole frappe aussi la population limousine et donc limougeaude.
            A la fin août 1914, Joseph Joffre prend la décision de sanctionner environ 150 officiers ayant été jugés inefficaces. Parmi ceux-ci, quelques-uns sont envoyés à Limoges. Dans ses souvenirs parus en 1937, Adolphe de Messimy, ministre de la guerre en 1914, a revendiqué l’invention du limogeage : « … Le général Michel, pour la deuxième fois « limogé » - le mot n’existait pas encore, puisque c’est moi qui en ait enrichi la langue française… ». Il poursuit : « Il fallait aviser à ne pas laisser se créer, dans la capitale, un centre d’intrigues contre le chef de nos armées. Guillaumat, d’après mes ordres, leur enjoignit de quitter Paris (…) Il me fallait opter : Limoges fut choisi. Cette belle ville du Sud-Ouest a dû à ce choix non seulement un supplément passager de garnison, mais une célébrité qui a survécu à la guerre : le verbe « limoger » est entré définitivement dans le vocabulaire français. » C’était là un moindre mal pour les exilés, puisque Messimy avait proposé la peine capitale à Joffre pour les officiers en question.
            La ville s’organise pour accueillir les blessés ; en Haute-Vienne, on compte 65 hôpitaux à la fin de la guerre. On réquisitionne divers bâtiments, casernes (3 000 à 4 000 lits), établissements d’enseignement et même le musée de l’Evêché. L’usine de porcelaine Haviland du Mas-Loubier, des maisons religieuses, se transforment en centres de soins. On opère au lycée Gay-Lussac. Aux côtés des médecins, chirurgiens, étudiants, des infirmières religieuses ou de la Croix Rouge se dévouent pour soigner et réconforter.
Limoges a vu partir ses enfants vers le front. Elle voit parfois arriver des convois de prisonniers allemands, comme celui photographié par Jean Jové (photographe catalan installé dans la ville) en 1914 : il pleut, les hommes en uniformes passent au milieu des limougeauds massés là pour les observer, sous de sombres parapluies. De même voit-elle passer les troupes coloniales en route vers le front, comme ces Indiens voyageant en train de Marseille à Saint-Omer, à qui la population offre en gare des boissons et de la nourriture. Certains blessés des hôpitaux appartiennent d’ailleurs aussi bien aux troupes françaises, des colonies (Afrique Noire et Maghreb, Indochine), ou allemandes. Des habitants de la ville découvrent ainsi d’autres couleurs de peau, physionomies et cultures. En particulier, peut-être, les Américains qui s’y installent de la fin de 1917 à mai 1919, après l’entrée en guerre des Etats-Unis. Si l’Etat-Major s’installe près d’Aixe-sur-Vienne, le nouveau séminaire en construction rue Eugène-Varlin accueille une partie du service de santé américain, ce qui permet l’achèvement rapide de sa toiture ; les Haviland étant d’origine américaine, ils mettent à disposition un espace qui compte 510 lits dans leur usine ; dans le quartier Montjovis, un camp de baraques dépend du 28ème hôpital principal des services de santé américain ; un centre de loisirs s’installe au cinéma-théâtre de la rue Croix-Mandonnaud ; des locaux sont mis par la Ville à disposition pour la Coopérative militaire américaine. D’ailleurs, les Editions Ducourtieux impriment un guide en anglais, avec un drapeau américain sur la couverture, où fleurissent les publicités pour séduire les Sammies. Des histoires d’amour ou d’amitié voient le jour. Le 4 juillet 1918, on organise des jeux et un concert. Lorsque la population limougeaude fête l’armistice, elle défile à travers la ville et passe devant les hôpitaux américains pour faire part aux blessés qui les regardent aux fenêtres de leur reconnaissance.
La guerre affecte l’industrie de la porcelaine qui tourne au ralenti, la clientèle française et étrangère se faisant plus rare, les transports étant désorganisés. Dès 1914, l’entreprise du très patriote Alfred Lanternier – bientôt imitée par d’autres fabriques – se met à produire des têtes de poupées au regard bleu alors qu’avant le conflit, elles étaient toutes allemandes. Les moules sont adaptés à la main-d’œuvre féminine, qui a pris de l’importance après le départ des hommes. La fabrication dura surtout jusqu’au milieu des années 30, parfois 70. Les usines de porcelaine fabriquent aussi des objets patriotiques : ainsi Haviland réalise-t-elle des assiettes où l’on voit un poilu ou un blessé. Lanternier produit une statuette de Clémenceau. La manufacture Jules Teissonnière réalise des couronnes mortuaires en porcelaine. L’industrie, comme partout dans le pays, s’oriente vers la production de guerre : métallurgie avec la confection d’obus, draps pour les uniformes, chaussure avec les commandes de brodequins pour l’armée – ce qui va permettre l’accumulation de capitaux profitables par la suite, la chaussure connaissant son apogée à Limoges dans les années 20.
Suite à l’armistice du 11 novembre 1918, la liesse gagne progressivement la population limougeaude, même si beaucoup déplorent la perte ou les blessures d’un proche. Le 17, Cecilio Charreire, l’organiste de Saint-Pierre-du-Queyroix, interprète La Marseillaise sur les grands jeux de l’orgue, après la messe. Le 14 juillet 1919 revêt une solennité particulière. Par la suite, des cérémonies sont organisées pour accueillir le retour des troupes. Ainsi le 17 août 1919, les troupes défilent-elles en passant sous un arc de triomphe de verdure. Des jeunes filles en barbichet leur jettent des fleurs. Ils passent ensuite au Champ de foire puis poursuivent jusqu’à l’hôtel de ville où les attendent les gueules cassées, les veuves et les orphelins. Le mois suivant, la foule se presse à nouveau pour saluer le retour du 63ème régiment d’infanterie.
 En 1925, le conseil municipal décide d’apporter son soutien à un comité constitué afin “d’ériger un monument qui serait non pas une commémoration des souffrances de la guerre, mais un monument à la gloire de la paix”. Ainsi est-il inscrit : « Aux enfants de Limoges morts pour la France et la paix du monde ». La liste des victimes n’apparaît pas. Une femme figure la Paix tandis qu’un dragon terrassé représente la Guerre ; la femme à genoux personnifie la Douleur. De chaque côté, un ouvrier de la porcelaine et un de la chaussure, représentés au travail, rappellent les principales activités de la ville. En 1931, le monument qui a coûté 188 000 francs est inauguré square de la Poste, où il est bien mis en valeur, avant d’être transféré en 1963 place Jourdan. L’architecte en est Henri Vergnolle, le sculpteur André Augustin Sallé. Au lycée Gay-Lussac, face à l’entrée principale, un monument aux morts de diverses guerres rend hommage aux personnels et élèves disparus. Ceux de la guerre de 14-18 sont environ 220. Un bas-relief est réalisé en 1921 : la victoire aîlée couronne les orphelins et les veuves, ainsi que le poilu couché. Deux plaques avec les noms l’entourent. Chaque mois de novembre – toujours aujourd’hui – le lycée (représenté par des élèves de classes préparatoires) et l’association des anciens élèves, se souviennent des morts lors d’une cérémonie avec dépôt de gerbes. 

Il va sans dire que la Ville de Limoges doit prendre toute sa place dans le souvenir de cette guerre, tout en réfléchissant à ce qu'elle pour elle et ce qu'est la guerre en général, comme l'y invite le monument de 1931. C'est par exemple ce que proposera l'association L'Arbre à Trucs en avril prochain à la Bfm avec une exposition sur les parcours d'Emile et Eugène Bourdelas, pris dans la tourmente de deux conflits mondiaux, mais aussi avec la création d'un spectacle du collectif Wild Shores à propos de la guerre (en général). Diverses autres manifestations sont prévues, des projets sont en cours. Des collègues historiens limougeauds ont fait des propositions, espérons qu'elles soient entendues. Michel Kiener travaille à une histoire de l'un des régiments limousins durant ce conflit.
Parmi les publications à consulter, celle des Ardents Editeurs, qui avaient pris les devant en publiant un précieux Limousin 14-18 en 2008, signé par Stéphane Capot, ex conservateur des Archives municipales de Limoges et l'historien Jean-Michel Valade, ainsi que le hors-série de Centre-France, très illustré: 1914-1918, Auvergne Limousin.On peut aussi lire le passage de mon Du pays et de l'exil (Les Ardents Editeurs) consacré aux écrivains dans la guerre.
Souhaitons aussi qu'à Limoges et en France, ces commémorations soient l'occasion de l'hommage et de la réflexion, du travail historique, et non l'occasion de règlements de comptes honteux et misérables d'une minorité haineuse, comme on a pu le voir le 11 novembre dernier à Paris.

mercredi 6 novembre 2013

La campagne verte

Mais où sont donc passés les verts limougeauds, pour qui on pourrait avoir une indéniable sympathie? Qu'est devenu ce parti politique sur la scène locale? A-t-il été victime des longues divisions nationales (entre autres)? Que l'on se souvienne de la déclaration récente de Pascal Durand, qui n'aura guère duré à sa tête:
"Puisque je ne peux plus être le rassembleur que je souhaitais être et que je ne veux surtout pas être un diviseur de l'écologie, j'en tire les conséquences : je ne serai pas candidat au secrétariat national", a-t-il déclaré. Il a également reproché le "nombrilisme" de certains, accaparés par des "enjeux de pouvoirs". Il faut dire que ce n'est pas facile de reprendre du poil de la bête entre campagne présidentielle calamiteuse (ah! j'ai la nostalgie de Nicolas Hulot!) et engloutissement de couleuvres gouvernementales diverses, grands écarts entre le sénat et le gouvernement... ayant conduit Noël Mamère à quitter le navire. Le Limousin a pourtant - depuis longtemps - bénéficié d'un nombre non négligeable de militants associatifs multiples (dont je fus!) pouvant fournir des cadres de qualité. Mais, depuis un certain temps déjà, les verts ne semblent guère audibles. On les a croisés, il y a peu, sur le parvis de la Bfm de Limoges où ils proposaient un questionnaire à la population, certes pour la consulter, mais pour montrer sans doute aussi qu'ils étaient toujours là... Dans ces conditions, il semble bien difficile pour eux de constituer une liste autonome et, plus encore, de réaliser un bon score électoral. Deux solutions s'offrent alors à eux (puisqu'il n'y aura pas de liste de centre gauche indépendante): s'allier avec le Front de Gauche ou avec le Parti Socialiste (option semble-t-il soutenue par Marie-Anne Robert-Kerbrat). Honnêtement, on voit mal comment la première solution pourrait être retenue: en effet, la fibre écologique du P.C.F. est somme toute assez récente et les déclarations jacobines et à l'emporte-pièce du leader du Front de Gauche contre l'enseignement de langues régionales, par exemple, ou contre la politique menée par le gouvernement socialiste-radical-écologiste ne peuvent faciliter les choses. Reste donc la solution Rodet, et les tractations vont bon train, d'autant plus que le départ des communistes libère des places. La négociation pourrait garantir aux verts des élus qu'ils n'auraient sans doute pas s'ils partaient seuls: cinq, six, plus? En cas de victoire (probable) de la liste Rodet au second tour, cela permettrait peut-être de "verdir" un peu plus la politique municipale... surtout si un ou deux postes d'adjoints sont obtenus. Dans ce cas, les verts devront modérer leur discours d'opposition à la L.G.V. - au moins durant les conseils municipaux! Mais ils pourront sans doute faire avancer certains dossiers (dont certains défendus sur ce blog): ceinture maraîchère bio, développement du bio dans les cantines, rénovation thermique, programme de réduction des consommations sur les bâtiments municipaux, réduction des déchets, renforcement de la démocratie participative, transports plus propres, aménagement d'un éco-quartier à Marceau...attention accrue portée à la mise en valeur patrimoniale. 
On attend donc la suite avec intérêt et curiosité.


La disparition de Claude Gravouille

Les obsèques de Claude Gravouille ont eu lieu hier à Limoges. A l'église St-Paul St-Louis, rue Aristide Briand, de très nombreuses personnes, émues et reconnaissantes, accompagnaient une dernière fois cet homme de 80 ans - j'étais parmi elles.
Claude Gravouille était de ces hommes dont la capitale régionale peut légitimement s'enorgueillir - d'ailleurs, il avait exercé la belle profession de typographe (comme mon grand-père maternel à l'origine) à l'imprimerie de la Ville. C'était un homme discret et affable qui allait son chemin, qui oeuvra de nombreuses années au "patro", au club sportif de la St-Antoine (la L.S.A.), dans le quartier Aristide Briand. Il y recréa en particulier la section tennis de table où il fut mon entraîneur (patient). Ce sont ces hommes d'exception, modestes et efficaces, qui participèrent dans les années 60, 70... activement à la vie des quartiers et à l'éveil des adolescents, à leur bien être, et à leur développement moral et social à travers le sport amateur, bien loin des paillettes scandaleuses que l'on subit parfois à la télévision. Un chouette bénévole, un homme dévoué. A travers lui, il faut saluer tous ceux qui ont encore le courage et la force de participer ainsi à l'éducation sportive des jeunes à travers la ville, parfois en jonglant pour que le budget soit équilibré...

Dans mon livre Des champs de fraises pour toujours, je lui avais consacré ces lignes:

jeudi 31 octobre 2013

Le paysage radiophonique limougeaud... une vieille histoire!



C’est au début de 1926, grâce à l'alliance entre un afficheur publicitaire, M. Canet et un radio électricien, M. Lamoureux, qu’un premier poste émetteur T.S.F., Radio Limoges, s’installe boulevard Montmailler, puis dans un grenier de la caserne Beaublanc avant de gagner le 2 de la rue Saint-Paul. Les studios prenant place rue du Consulat, puis rue Adrien-Dubouché, boulevard Victor Hugo et enfin rue des Anglais. Au départ, on utilise un phonographe manuel pour la musique. La radio est gérée par une association qui compte 40 adhérents en 1927 et 3 000 en 1933 ! Son président est d’abord Georges Avryl (Gaston Charlet), auteur de pièces radiophoniques ; Georges Lagueny dirige le bulletin hebdomadaire des programmes Limoges-Radio ; le chef de station était Joly et le speaker, Jarraud. Parmi les intervenants : Lucien Dumazaud qui réalise des chroniques folkloriques. Dès 1927, la radio devient d’Etat et prend le nom de Radio Limoges P.T.T. Son programme est le plus souvent constitué du relais de Paris P.T.T., mais elle réussit néanmoins à produire quelques émissions propres et à s'entourer d'artistes, de comédiens et de musiciens qui donnent vie à ses programmes. La troupe de théâtre déjà constituée de " l'Avant-scène " devient sa troupe régulière pour les émissions de théâtre radiophonique très prisées. La radio réussit même à constituer un orchestre symphonique de 22 musiciens et diffuse des concerts en direct. Pendant la dictature du maréchal Pétain, c’est Radio Vichy qui émet à sa place, à partir du nouvel et puissant émetteur de Nieul – à la Libération, celui-ci est sauvegardé par les résistants. C’est Georges Lamousse (commandant F.F.I.) qui la dirige, Marc Bernard et Georges-Emmanuel Clancier s’occupant des programmes – pour l’écrivain, il s’agit de poursuivre le combat mené pendant la guerre en faveur de la diffusion de la littérature et de la culture. Il avait d’ailleurs déjà participé à quelques émissions littéraires avant la guerre, avec R. d’Etiveaud. L’écrivain trouve l’expérience exaltante : il crée des émissions d’information, s’occupe de la revue de presse, fonde le Magazine des Arts et des Lettres – Couleurs du temps, diffusé chaque lundi (avec pour indicatif la Valse de Ravel). Clancier s’occupe de l’activité littéraire régionale et nationale et s’adjoint deux limougeauds : Bernard de Vergèze, pour les spectacles, et Jean-Marie Masse pour le cinéma et le jazz. En 1947, un émetteur clandestin est découvert à Limoges et arrêté en vertu du monopole d’Etat. Lors de l'éclatement de l'O.R.T.F., Radio Limoges est rattachée, comme toutes les radios de région, à F.R.3. La direction régionale de F.R.3 est à l'époque commune pour les deux régions Limousin et Poitou-Charentes. A la fin des années 60, Serge Solon est à l’origine – avec l’aide d’un professeur du conservatoire – d’un orchestre à cordes (qui devient l’Orchestre de Chambre du Limousin) puis d’une chorale. En 1982, après son rattachement à Radio-France, la radio devient Radio France Centre-Ouest puis Radio France Limoges en 1984. C’est dans ces années que Jean-Marie Masse – encore sur la suggestion de Solon – réalise ses « Entrées libres », où il accueille des musiciens en direct, et des émissions consacrées au jazz. A partir de cette date, elle devient une véritable station avec une grille qui couvre l'ensemble de la journée et plus seulement quelques heures de décrochage. En 2000, elle prend pour nom France Bleu Limousin et joue au maximum la carte de la proximité, séduisant près de 80 000 auditeurs par jour.
            Radio Trouble-Fête est la plus ancienne des radios associatives du Limousin. Créée au printemps 1980, la première émission « en pirate » a eu lieu le 26 septembre de la même année dans l’atmosphère particulière qui allait conduire à la victoire des socialistes et de François Mitterrand. Alors qu'elle ne diffusait que deux fois par semaine début 1981, les émissions sont devenues quotidiennes dès le 1er octobre 1981. Son style alternatif, ses programmes ouverts aux jeunes, aux minorités ethniques ou sociales et à divers styles de musique, certaines émissions culturelles très « pointues » (Le Mandarin), en ont fait une radio intéressante notamment des années 1980 et 90. Au début et au milieu des années 1980, deux radios se partageaient l’audience : HPS Diffusion, rue de Maupassant à Limoges, et Radio Porcelaine, à Boisseuil (où officia, parmi d’autres, Jean-Marie Masse qui avait quitté Radio France). La première – où plusieurs jeunes animateurs et futurs professionnels de l’audiovisuel firent leurs armes, dont l’auteur de ces lignes… – était installée dans un garage et émit très rapidement 24 heures sur 24, avec ses platines et ses magnétophones Revox, dans une ambiance souvent bon enfant (on mangeait parfois dans le studio ou on y petit déjeunait après les nuits blanches où un animateur pouvait garder le micro en direct 6 à 7 heures), ce qui ne l’empêcha pas de programmer des émissions musicales, cinématographiques, littéraires, ou culturelles de qualité. Elle participa également (comme Radio Trouble-Fête) à divers évènements musicaux ou culturels limougeauds et régionaux. Il exista aussi, de 1983 à 1987, Radio Luttes, proche de la C.G.T., sise à l’étage de la Maison du Peuple, animée par des travailleurs, préoccupée à la fois de politique et de culture, programmant de la chanson française, occitane, étrangère, de l’accordéon, du rock. Parmi ses animateurs : Jean-Louis Escarfail, cheminot, militant syndical, qui devint éditeur par la suite. Elle réalisa pour contribuer à son financement un magnifique portfolio carré regroupant des reproductions d’œuvres de divers artistes et participa à des fêtes du quotidien communiste L’Echo du Centre, au Mazeau, à Saint-Priest-Taurion. Il y eut un temps une radio Limoges Fréquence Plus, rue des Arènes. En 1987, des jeunes du quartier périphérique de Beaubreuil créèrent Beaub F.M. Elle « se veut avant tout une radio de proximité et d’intégration, en refusant le stigmate du « quartier difficile » et en renforçant l’image d’un dynamisme collectif ou chacun pense construire positivement. » Elle appartient au réseau Férarock qui regroupe des radios associatives qui ont pour finalité commune de diffuser principalement les musiques actuelles en émergence ou peu exposées sur les radios nationales. Elles accordent un regard particulier à la scène française et à l’espace Francophone. En 1989, Martine Jacob propose à Jean-Marie Masse la fréquence de Radio Porcelaine pour créer une émission diffusant du jazz 24 heures sur 24 : Jazz F.M. En 1991, c’est Swing F.M. qui lui succède, sur une idée de Claude-Alain Christophe, du Hot Club – il a raconté cette aventure dans un livre. De 1992 à 1996 exista une Radio Campus Limoges, plutôt destinée aux étudiants. Dans les années 90 est apparue, affiliée au réseau des Radios Chrétiennes de France, R.C.F. Email Limousin : un programme chrétien, généraliste et grand public, dont la diversité s'adresse à tous les auditeurs, un large décrochage régional de 5 heures permettant la réalisation d’émissions à forte tonalité culturelle et patrimoniale, ouvertes musicalement, ainsi qu’une émission destinée aux prisonniers et à leurs familles. Non loin de Limoges, à Feytiat, est installée Flash F.M., radio « commerciale » et musicale locale.
             
Bien entendu, diverses antennes commerciales nationales disposent de relais en Limousin – mais c’est une autre histoire.

samedi 26 octobre 2013

La passerelle du Chinchauvaud, Eric Vigneron et moi...

(avril 2009)
Eric Vigneron, qui présente une agréable émission culinaire sur France 3 Limousin, me fait fart de sa tendresse pour la passerelle du Chinchauvaud à Limoges; il suggère même, avec juste raison, que celle-ci soit classée. Rénovée il y a peu (mes photos ont été prises avant), elle conserve tout son charme. Celui que je lui ai connu lorsque j'étais un enfant et un adolescent du quartier qui allait voir passer les trains en espérant reconnaître son père dans la cabine de conduite. 
La passerelle est située sur la ligne Limoges-Angoulême qui date de 1875. La gare emblématique de cette ligne étant celle de Montjovis, longtemps desservie par des trains "Grandes lignes", notamment du vendredi au dimanche, qui effectuaient la liaison Saint-Gervais-les-Bains Le Fayet à La Rochelle. Une gare que j'affectionne aussi particulièrement, comme cette petite ligne que les cheminots C.G.T. avaient proposé, il y a plusieurs décennies, de transformer en omnibus urbain qui relierait la gare des Bénédictins à celle d'Aixe-sur-Vienne et permettrait de densifier le trafic de la gare de Montjovis tout en facilitant la desserte des quartiers nord et ouest de Limoges ainsi que le campus universitaire de la Borie. Ce serait une excellente idée. 

samedi 19 octobre 2013

Un siècle après, le fantasme de "L'invasion noire"



Bibliophile, je possède un magnifique exemplaire doré sur tranche et relié cuir de L’invasion noire – La guerre au vingtième siècle, publié par le capitaine Danrit (de son vrai nom Emile Driant) chez Flammarion à la fin du 19ème siècle. L’officier de carrière (1855-1916) mort à Verdun était le gendre du général Boulanger ; il fut officier d’ordonnance en Afrique puis chef de bataillon. En 1910, il est député Action libérale de Nancy. C’est un ami de Déroulède et de Barrès (qui écrit, après l’annonce de sa mort au combat : « le lieutenant-colonel Driant, député de Nancy, demeure allongé sur la terre lorraine, baignée de son sang. » Mais « il respire, il agit, il crée ; il est l’exemple vivant ». Il est également devenu écrivain, faisant un pseudonyme de l’anagramme de son nom. Ses récits se sont inspirés du modèle vernien du roman d'aventures, mais relu à travers la défaite de Sedan et l'expansionnisme colonial français. L’invasion noire est dédiée à Jules Verne, dont enfant il lisait les romans. Ses livres sont axés sur l’armée (à la veille de 14-18), avec des trouvailles qui en font un précurseur de la science-fiction. Dans L’invasion noire, les populations d’Afrique Noire soulevées par les Turcs envahissent l’Europe et ne sont stoppées que par des gaz asphyxiants lâchés des dirigeables français ! « L’intérêt pour l’amateur d’anticipation réside surtout dans les multiples inventions que cite Jacques van Herp : « les ballons métalliques […], soucoupes volantes avant la lettre, fusils silencieux à gaz carbonique, automates combattants, téléviseurs, pluie artificielle, gaz toxiques et guerre bactériologique » ajoutons des super-explosifs ou le Tunnel de Gibraltar creusé par les Espagnols qui permet le passage de supplétifs africains essentiels à la victoire européenne. » indique Philippe Ethuin.
L’arrière-petite-fille du député officier écrivain, Laure Driant, a épousé Xavier Darcos.
Les relents racistes de Danrit m’ont immédiatement fait songer à la rumeur qui a frappé Limoges ces derniers temps – comme d’autres villes de France – et dont Libération a tenté l’analyse, signalant au passage que le député-maire Alain Rodet avait porté plainte. Le bruit qui court à Limoges serait que des populations noires de la région parisienne seraient accueillies dans la ville en échange d’argent pour financer des équipements municipaux ! On voit l’incongruité d’un pareil fantasme (que j’ai pourtant entendu relayé par des gens habituellement plutôt intelligents et sans doute de gauche). Le « tort » de certains immigrants est sans doute que leur couleur de peau soit plus visible que d’autres ; c’est une banalité de dire que l’on remarque plus facilement, dans les rues de Limoges, un Noir qu’un Espagnol. La capitale régionale, comme toutes les villes de province de moyenne importance, reçoit des populations, en situation régulière ou non, venues en France pour échapper à la misère, à la guerre, à la dictature ou aux trois réunies. Il arrive qu’elles se regroupent dans certains quartiers, rues ou immeubles, où il est donc normal qu’on les remarque. On ne saura jamais, comme pour la plupart des rumeurs, qui a créé celle-là. Souvent, la rumeur naît d’une erreur ou d’un mensonge – le phénomène a bien été analysé par les psychologues, les sociologues et les historiens (y compris par Edgar Morin). Mais on perçoit bien tous les effets délétères, en ces temps difficiles pour le gouvernement, en ces temps nauséabonds de progression idéologique et donc électorale de l’extrême-droite, en cette période pré-électorale. Avec cette rumeur, on fait d’une pierre deux coups : on s’en prend à une communauté de migrants et à l’équipe municipale en place. Et comme souvent, toutes les stratégies pour contrer la rumeur ne font que l’amplifier (l’analyser, ne pas en parler ou tenter de la vaincre).
A la fin de L’invasion noire, l’auteur évoque « la réconciliation des peuples de race blanche et leur retour aux principes de justice et d’humanité. Le sang versé par l’Invasion noire, au lieu de noyer la vieille Europe, l’avait fécondée, tant il est vrai que la GUERRE, lorsqu’elle est soutenue par une cause juste, lorsqu’elle a pour enjeu l’existence et la liberté, est toujours une leçon et un enseignement. C’est elle, en effet, qui retrempe les races, elle qui arrête les nations sur la pente de la décomposition sociale ; elle, enfin, qui rend aux individus le sentiment du devoir et du sacrifice ! ». On saisit bien, en parcourant ce galimatias, le message sur la suprématie des Blancs et des Européens (sur les colonies) et la mise en condition avant la Première Guerre mondiale. Il faut toutefois se garder de croire que cette rhétorique a disparu : en effet, internet nous montre, si besoin est, jusqu’au dégoût, que des tenants du « white power » sévissent encore. Et la rumeur est bien révélatrice de la pérennité de certaines peurs irrationnelles de l’autre, qui font le jeu de certains.

mardi 15 octobre 2013

Les élus limougeauds: une très vieille histoire...



              Elle remonte au Moyen Âge...

            Face à la Cité dont sont maîtres les évêques, le Château profite du rayonnement de l’abbaye et de l’essor du commerce. Surtout, ses bourgeois – burgenses ou homines castrum lemovicum – manœuvrent fort habilement et avec âpreté pour conquérir de nouveaux droits, profitant notamment des rivalités entre le vicomte de Limoges, Adémar V, qui conteste l’autorité anglaise, alors que le duché d’Aquitaine est passé sous le contrôle de l’Angleterre suite au mariage d’Aliénor avec Henri II Plantagenêt. En 1171 ( ?), d’après Geoffroy de Vigeois, le jeune Richard Cœur de Lion, nouveau duc d’Aquitaine, après une entrée processionnelle devant la foule en liesse, où il est accompagné par sa mère, reçoit à la cathédrale (« église matrice du Limousin ») la bénédiction de l’évêque de Limoges, une belle tunique de soie et une relique précieuse mais sans doute apparue pour « la cause » : l’anneau de sainte Valérie, signe d’une union mystique entre le prince et la Cité, le culte de la sainte ayant été redynamisé depuis une dizaine d’années. Suivent diverses festivités : tournois et banquets. L’Eglise limougeaude légitimant ainsi la Cité comme le lieu du couronnement ducal – Reims étant celui du sacre royal. Mais, progressivement, l’opposition entre le duc et les Limousins grandit et le Château se retrouve au cœur des affrontements. En 1183, Henri II en fait raser l’enceinte et démantèle le pont Saint-Martial pour châtier les habitants indociles. En 1199, faisant face à une coalition entre Philippe-Auguste, le comte d’Angoulême et le vicomte de Limoges, Richard Cœur de Lion est mortellement blessé (vraisemblablement par Pierre Basile) d’un carreau d’arbalète à Châlus-Chabrol, ce qui inspira nombre de chroniqueurs médiévaux puis Walter Scott dans Ivanhoé. Il rend son dernier souffle dans les bras de sa mère Aliénor.
            Malgré les désagréments, les bourgeois de Limoges – dont le vicomte a besoin pour assurer la défense de ses positions – se voient reconnaître des droits politiques par celui-ci et par l’abbé. De 1212 à 1260, ils établissent progressivement leurs coutumes, fixent l’organisation de leur institution consulaire – avec l’élection annuelle de huit (puis douze) consuls élus par les quartiers de la ville, assistés par le Conseil des Prud’hommes de l’Hôpital. Les consuls ont pour attributions la possession et l’entretien coûteux de l’enceinte et du guet, celui de la voierie, des aqueducs, des fontaines et des égouts, de la police, le contrôle des activités commerciales. Ils mettent aussi progressivement la main sur la justice, au détriment des seigneurs locaux. Malgré le soutien du roi d’Angleterre Henri III Plantagenêt qui confirme leurs franchises, les consuls se retrouvent face à l’hostilité vicomtale qui dégénère en une guerre – dite de la Vicomté – qui dure longtemps, de 1260 à 1276, alternant les combats et les trêves, les appels au roi de France ou au Parlement. Celle-ci ravage et épuise la commune et ses alentours (les vendangeurs se joignent aux bourgeois car leurs vignes subissent des dégâts). Parmi les victimes, on compte des femmes, des enfants, des clercs ; les vicomtins – dont le siège est à Aixe – se battent à cheval, les bourgeois à pied, parfois au son de tambours et trompettes : c’est un conflit violent. Après la mort du vicomte Guy VI, c’est sa veuve Marguerite de Bourgogne qui poursuit l’affrontement, aidée par Gérard de Maumont, détesté par les bourgeois, conseiller de Philippe III, futur ambassadeur puis chapelain du pape, qui reçut le château de Châlus-Chabrol pour services rendus avant d’acquérir celui de Châlucet haut. En 1276, alors que la commune est épuisée, une sentence, confirmée un an plus tard par le roi de France Philippe III, prive les consuls et les bourgeois de nombre de leurs droits au profit de la vicomtesse.
            Il existe également un consulat dans la Cité de l’évêque, que l’on connaît mal, faute de sources. J’ai déjà montré qu’en 1307, un contrat de pariage fut signé entre le roi de France Philippe IV le Bel et l’évêque Raynaud de La Porte, à l’occasion d’un conflit entre les consuls de la Cité et ceux de Saint-Léonard-de-Noblat et l’évêque : celui-ci prive les bourgeois de tout droit sur la justice des villes, mais permet au souverain d’en récupérer la moitié et de faire habilement progresser son influence.
            C’est la guerre de Cent Ans qui permet finalement aux consuls de Limoges de faire à nouveau reconnaître leurs pouvoirs, par Edouard III d’Angleterre, d’abord – suite au Traité de Brétigny qui place Limoges sous souveraineté anglaise en 1365 –  puis, suite à leur ralliement, par Charles V de France en 1371. Ils redeviennent ainsi les maîtres de leur ville, jusqu’au règne de Louis XI qui l’amoindrira au profit de la Couronne et de ses officiers. Les charges consulaires se transmettent de génération en génération, comme la richesse économique ; en sont écartés le peuple et les bourgeois modestes.

samedi 12 octobre 2013

Pierre Mahaut: Le petit Pierre, Dico décalé de l'ordre républicain ( Solilang, 2013)

Pas étonnant que Marcel Rigout, ancien ministre, signe la préface du livre captivant et féroce de Pierre Mahaut, puisque le père de celui-ci, conseiller général et maire de Nieul, fut l'un de ses compagnons, en particulier au moment de cette aventure qui consista à quitter le parti communiste dans les années 1990. Il a raison d'écrire: "Bon sang ne saurait mentir. Faites honneur à votre bibliothèque, offrez-lui Le petit Pierre." L'ouvrage de cet ancien fonctionnaire attaché à sa région se lit avec délectation, au fil de nombreuses entrées classées par ordre alphabétique et mises en page de façon dynamique par des étudiants du Master 2 (Ecriture, typographie, édition) de l'Université de Limoges. Il faut souligner la grande qualité du style de l'auteur (qui utilise des registres variés, jusqu'à imiter celui des tweets), ce qui est la moindre des choses que l'on puisse espérer de la part de quelqu'un qui écrit des livres, mais qui est loin d'être si fréquent... Aussi reprécise-t-il régulièrement le sens des mots. C'est d'ailleurs parce que l'on connaît la définition de ceux-ci de la manière la plus exacte que l'on pense plus clairement et plus justement. Pierre Mahaut est, semble-t-il, un homme en colère: contre le capitalisme, le libéralisme, le délitement des services publics, celui, plus général, de la société, contre tous les opiums du peuple. Son constat est plein de verve et d'humour, il n'en est pas moins vrai et sa conclusion, son "terminologue" est plutôt le constat de la mort des illusions: "Le changement n'est plus possible; il y faudrait des révolutions, elles ne sont plus possibles, devenues trop chères, on ne peut plus se les payer [...] Le verouillage sociétal est total, autant culturel et idéologique que matériel et technique; le verrouillage politico-économique est parfait, sur des scènes où tout le monde tient tout le monde, qui par la barbichette, qui par la main, qui par le portefeuille, qui par les couilles. Demain sera médiocre [...] Alors c'est terminé, je ne crois plus rien des promesses de qui que ce soit, et j'essaie de répandre la mauvaise nouvelle: le côté obscur a gagné [...] La Terre se vengera. Les lendemains pleureront. Le savoir ne représente même pas un dernier espoir. Rejoins-moi, aide-moi au moins à en rire, à faire en sorte que la lucidité ait du panache."
Derrière ce constat lucide et presque désespéré d'un homme qui - comme ceux de sa et de ma génération - ont beaucoup rêvé et ont cru faire changer le monde (ce fut un slogan à gauche, avant de se convertir entièrement aux "lois du marché"), se lit en creux ce que pourrait être une société idéale: celle où le politique imposerait sa loi à l'économie - modèle que réfuta un 1er ministre socialiste tout étonné du coup d'être éliminé par le candidat du Front National. Car, n'est-ce pas, c'est cela la gauche, depuis Marx, Proudhon et d'autres: être persuadé que le politique et l'humain doivent l'emporter sur le profit. On rêverait que chaque candidat aux élections municipales (comme aux autres d'ailleurs) lise cet ouvrage si pertinent, où est critiqué le cumul des mandats ("le pompon dans cette affaire revient aux sénateurs, élus au deuxième degré par des grands électeurs (maires, conseillers généraux,...) réduits par le cumulard au rôle de mandants des enjeux importants quand lui-même se désigne mandataire des enjeux de la base. # léguignol"), où est repensée la démocratie: "L'heure est venue d'opter résolument pour un mode de désignation nouveau, donnant au moins une chance aux meilleurs - et meilleures - d'entre nous: le tirage au sort." Et ce souhait que nous devrions tous partager - qui reste encore un idéal non atteint -: "Vive les cultures ou les traditions, régionales ou nationales, mais que tous se retrouvent dans la république et en partagent les fondements, à commencer par la devise, liberté, égalité, fraternité et reconnaissent le droit et la laïcité comme des mètres étalons de l'intérêt général".

vendredi 11 octobre 2013

Hommage à Hayat Lofti

(photo E.E.L.V.)

Hayat Lotfi est décédée à Limoges. Membre active d'Europe Ecologie Les Verts, plusieurs fois candidate à diverses élections, locales, législatives ou européennes, c'était une personne engagée, cultivée et attachante.
Née au Maroc, elle était arrivée en France pour faire son doctorat de chimie à Lyon. Elle trouva un emploi à la faculté de Limoges vers 1992/93, où elle résidait depuis. Elle était maître de conférences en toxicologie, et enseignait à la faculté de pharmacie.
Hayat était la co-fondatrice de l'association "Culture Maghreb Limousin", militante de la Maison des Droits de l'Homme et de la FCPE.
Je suis triste de cette disparition et adresse mes condoléances à sa famille et à ses proches.  

Les obsèques, à la mosquée de Limoges, puis au cimetière de Louyat, ont rassemblé un grand nombre de personnes autour de la famille: amis, collègues, militants politiques de diverses obédiences, pour un moment de communion et de souvenir. Des paroles fortes et belles ont été prononcées et Gilles Favreau a chanté une très belle interprétation de Le vent l'emportera.  

lundi 30 septembre 2013

Avoir les boules à Limoges

 

A Limoges, les amateurs de pétanque peuvent utiliser le boulodrome du Moulin Pinard. La gestion du Boulodrome est confiée, par la ville de Limoges, aux 2 comités de pétanque et lyonnaise. Le conseil d'administration est composé de Claude Bourdeau, adjoint aux sports, représentant Alain Rodet. Les charges sont supportées, pour moitié par la ville de Limoges, l'autre moitié étant à la charge des 2 comités. Le Comité Départemental de Pétanque a souhaité que les frais de fonctionnement soient assumés par les utilisateurs de l'enceinte et non par l'ensemble des licenciés ou des clubs. Mais l'on sait bien que les vrais amateurs de ce sport, nombreux dans le département, n'aiment rien tant que jouer en plein air et en pleine ville, sous des arbres - si possible en dilettantes. Ce n'est pas pour rien qu'il a connu tant de succès dans le Sud. Ainsi, mon grand-père maternel Marcel s'occupa-t-il de ce si charmant petit boulodrome de la place de la cathédrale, qui mériterait à lui seul d'être classé monument historique. Un temps, le "Café de la plage" (qui allait devenir, en déménageant rue Haute-Vienne, le mythique bar des Anciennes Majorettes de la Baule, que nous sommes nombreux à regretter), y organisa des concours, puis, il est tombé dans l'oubli, malheureusement coincé entre le vaste parvis rénové et quelques bâtiments. Un aménagement intelligent et peu coûteux consisterait à le mettre en valeur en effectuant un lien entre l'esplanade et lui. 
Que l'on ne s'y trompe pas: la pétanque n'a rien de ringard ou de franchouillard; on prend beaucoup de plaisir à y jouer, depuis fort longtemps, que l'on soit jeune ou vieux, homme ou femme. Je me souviens pour ma part de parties endiablées, entre amateurs de tous âges, sous les remparts de Port-Louis, dans le Morbihan, les étés. En revanche, c'est incontestablement un sport vraiment générateur de convivialité. C'est sans doute pour cette raison que les commerçants du centre ville limougeaud ont rêvé qu'il s'installe place de la République, sous les arbres, préférant la venue de joviaux pétanqueurs à une autre population, plus marginale et parfois agressive avec le passant. Mais cette idée - aussi bonne soit-elle - ne se suffira pas à elle-même: il faudra réfléchir à comment faire venir les joueurs, à organiser des animations; les gérants des brasseries proches pourraient - pourquoi pas ? - installer sur les bords quelques chaises et tables. Selon eux, la place est devenue plus répulsive qu'attractive (pourtant, il semble bien qu'il y a quelques années, les commerçants ont souhaité que "Lire à Limoges", qui y avait sa place, vide les lieux - on l'a donc déplacée vers le Champ de Juillet, non loin de la gare des Bénédictins, ce qui permet aux auteurs parisiens, qui viennent une poignée d'heures, de ne pas trop se fatiguer). 
Avoir les boules à Limoges, place de la République, est sans doute une bonne (petite) idée; mais on ne fera pas l'économie d'une réflexion d'envergure par rapport à cette place qui, sans avoir le charme architectural de la Plaça Reial de Barcelone, n'est pas dépourvue d'un intérêt sixties-seventies. J'ai déjà fait quelques propositions à son sujet sur ce blog; avec l'entrée de ville des Casseaux, ce doit être l'un des chantiers majeurs de rénovation urbaine du prochain mandat municipal. Comment faire revenir la population, en particulier en dehors de la période estivale (le principe de la patinoire à Noël est une bonne idée)? Tout pourrait s'y prêter, malgré la disparition des cinémas d'antan: bars, commerces (par pitié, que les Nouvelles Galeries fassent quelque chose pour rendre leur façade côté place et escaliers attrayante!), entrée de la crypte, fontaine (à embellir, en évitant de faire appel, si possible, à un "artiste" contemporain dépassé), manège... Il suffirait de remettre un peu d'âme, ce que ne demandent qu'à faire les jeunes lycéens de Gay-Lussac tout proche qui viennent parfois se bécoter sur les bancs publics (ils aiment aussi ceux de la place Jourdan ombragée). Sans doute faudrait-il songer à casser la monotonie minérale de cette place, y introduire un peu de végétation, de fleurs, des jeux pour les enfants, dans l'esprit du nouveau square des Emailleurs, une piste de skate board? Penser cette place comme inter-générationnelle, comme lieu appartenant à tous les habitants, pas seulement aux commerçants. Le marché du livre ancien y est à nouveau organisé (on pense alors à la Place aux Herbes de Bruxelles le dimanche matin), pourquoi pas envisager un marché thématique par jour? Il faut repenser la place comme nouveau centre de ville, comme le fut cet endroit à l'époque où l'abbaye Saint-Martial, lieu d'intronisation des ducs d'Aquitaine, capitale européenne de l'émail et de la musique, faisait battre le coeur du Château.

mardi 24 septembre 2013

Augustoritum: désenfouir pour la mise en valeur ou enfouir pour la protection?

 Maquette d'Augustoritum d'après les travaux de J.P. Loustaud (Ministère de la Culture)

Ceux qui s'intéressent à Augustoritum doivent lire les ouvrages de l'archéologue Jean-Pierre Loustaud:


LOUSTAUD J.P., Limoges gallo-romain, Ville de Limoges/Renaissance du Vieux Limoges, 1980.
LOUSTAUD J.P., Limoges antique, Travaux d’Archéologie Limousine, supplément 5, 2000.

Ceux qui ne l'ont pas fait découvriront que notre cité fut, avec ses villas et ses monuments, très prospère, vaste et belle. Une visite dans les salles consacrées à l'Antiquité au Musée des Beaux-Arts rénové permet de s'en rendre compte: il ne faut pas en faire l'économie! L'Express du 28 août lui a consacré un dossier régional, n'hésitant pas - à juste raison - d'évoquer "une petite Rome", avec son amphithéâtre plus grand que celui de Nîmes ou d'Arles, son immense forum ou des demeures de notables les plus grandes de Gaule, pour ne citer que ses exemples. 
Le journaliste Etienne Thierry-Aymé qui propose un circuit "à la recherche d'Augustoritum" intéressant pose une question pertinente: "pourquoi si peu de traces?". Car peu de gens non au fait de cette histoire - limougeauds ou touristes - savent combien le patrimoine gallo-romain de la ville est riche mais enfoui. Dans L'Express, Martine Fabioux, conservateur régional de l'archéologie à la DRAC, observe que "préserver des vestiges ne va pas forcément de pair avec leur présentation. Pour les exposer, encore doivent-ils être lisibles par le grand public. Et cela coûte cher." L'actuelle municipalité rejoint ce constat et note que l'enfouissement est aussi une protection. Ainsi en 1998, celle-ci et la DRAC ont-elles décidé de réenfouir les ruines du grand amphithéâtre au Jardin d'Orsay... En revanche, on peut admirer dans l'atrium de la Bfm une grande mosaïque (emblema du lion). On avait rêvé, au moment de la construction de cette médiathèque, que les vestiges découverts au moment de la destruction de l'ancien hôpital où elle a été édifiée, seraient mis en valeur in situ - par exemple en sous-sol. On espère que la maison à l'Opus sectile, sise entre la galerie des Hospices et la Faculté de droit le sera un jour. On attend avec impatience les fouilles sur le site de l'ancienne clinique Chénieux. C'est, bien entendu, une question de finances publiques - et l'on sait que la période est difficile pour toutes les collectivités locales et pour l'Etat dont le budget en faveur de la culture n'est pas celui qui augmente le plus... Dans L'Express, l'archéologue Christophe Maniquet regrette qu' "au vu des vestiges exceptionnels exhumés de la ville antique, on n'ait rien su conserver". Quant à Michel Toulet, président de Renaissance du Vieux Limoges, il regrette qu'à Limoges, "on enterre tout!". Lors du récent anniversaire de son association, le 1er adjoint au Maire de Limoges, Bernard Vareille, professeur agrégé de droit, a réaffirmé à la fois son souci du patrimoine et celui de l'équilibre des finances municipales, ce que l'on peut comprendre. Il s'agit aussi d'un choix dans l'arbitrage des dépenses de la Ville. On peut penser qu'après avoir mené et réussi la démarche pour obtenir le label "Ville d'art et d'histoire" (ô combien mérité!), celle-ci pourrait planifier, sur plusieurs années, la mise en valeur progressive de certains sites ou d'aspects de ceux-ci, ce qui ne pourrait que plaire aux touristes si nécessaires à notre économie. 

"Bonus": on lira avec intérêt l'ouvrage d'Alix Barbet.

Les Cités enfouies du Vésuve (Editions Fayard)

Fouillée depuis deux siècles et demi, Pompéi n'en finit pas de faire rêver par les merveilles qu'elle recèle. Édifices publics et religieux, nécropoles, villas de prestige, commerces, peintures, mosaïques, statues, simples objets de la vie quotidienne subjuguent et passionnent le visiteur. De leur côté, les archéologues ne cessent d'approfondir leurs connaissances, lesquelles nourrissent la réflexion des historiens. Non loin de là, Herculanum et Stabies, Boscoreale et Oplontis - elles aussi enfouies par l'éruption du Vésuve en 79 - et Baïes, qui a connu un sort plus heureux, possèdent également de magnifiques vestiges. Moins explorées, elles sont malheureusement méconnues (tout comme le Musée national archéologique de Naples où est conservé l'essentiel des oeuvres exhumées). Chacun de ces sites a son atmosphère propre et offre un éclairage particulier sur la civilisation romaine.
Mais il faut une longue patience pour se pénétrer du génie de ces lieux. Archéologue de terrain (elle est spécialiste de la peinture romaine), Alix Barbet hante les cités du Vésuve depuis des décennies. Nul mieux qu'elle ne pouvait convier le néophyte à les découvrir et le guider au long d'un véritable parcours initiatique qui le mène certes vers les monuments les plus fameux (forum, villa des Mystères, thermes...) mais aussi dans l'intimité des occupants de demeures plus humbles. Son regard se conjugue avec celui du grand photographe Stéphane Compoint, qui excelle dans le reportage archéologique, pour nous livrer une somptueuse série d'images réalisées spécialement pour cet ouvrage.
Tous deux nous montrent les cités enfouies du Vésuve comme on ne les avait jamais vues.

Alix Barbet, directeur de recherche au CNRS, a créé le Centre d'études des peintures murales romaines de Paris-Soissons. Ses travaux portent aussi bien sur les nécropoles du nord de la Jordanie que sur les villes romaines de Bolsena, Pompeï, Herculanum et Stabies, sans oublier la Gaule romaine.
Photographe à l'agence Sygma, Stéphane Compoint a effectué de nombreux reportages sur des sites antiques et des monuments historiques célèbres - en dernier lieu Alexandrie et le château de Versailles.