samedi 18 mars 2017

Apparatchik, un métier vieux comme le monde

Lors d'une récente et captivante rencontre au Café littéraire à Limoges, le socialiste critique Robert Savy, juriste éminent, ancien adjoint au maire de Limoges, ancien député de la Haute-Vienne et surtout ancien président de la Région Limousin - unanimement reconnu ou presque - a évoqué, parmi les causes du déclin actuel du Parti Socialiste une sorte de systématisation du politicien professionnel, totalement coupé de la société. Une dérive qui affecte non seulement ce parti mais les autres également. Mais c'est d'autant plus déplorable pour les partis qui devraient être proches et à l'écoute du peuple. Le constat de Robert Savy est partagé également par René Dosière, qui dénonce depuis de nombreuses années gabegie, mauvaise gestion et pratiques douteuses dans l’organisation de nos finances publiques et signe un nouvel ouvrage: Argent, moral et politique (Seuil), préfacé par Jean-Louis Debré. Député rocardien de l’Aisne et ancien vice-président de l’Assemblé nationale, Dozière s’est fait connaître par son travail scrupuleux et tenace sur la gestion des finances publiques. Il est l’auteur notamment de L’argent caché de l’Élysée (2007), L’argent de l’État (2012), L’État au régime (2012). Les deux hommes proposent, chacun à leur manière, de prendre des mesures qui limiteraient le fait que la politique soit un métier. 
Que les élus connaissent la "valeur travail" dont certains parlent tant, ou les difficultés réelles des Français. Qu'ils sachent ce que c'est d'avoir de vrais horaires, un patron, des contraintes, et qu'ils entendent ce qui se dit à la cantine ou à la machine à café. Sans doute cela serait-il profitable pour eux, mais indéniablement pour la politque, conduite aujourd'hui par nombre de gens qui apparaissent comme "hors-sol" aux électeurs et alimente, avec les excès financiers, les emplois familiaux, la non transparence financière, un populisme désormais dangereux et va alimenter les votes à la présidentielle et aux législatives. Combien sont-ils, ces apparatchiks, ces membres de la nomenklatura, qui, comme au vieux temps de l'U.R.S.S., ne doivent leur salaire et leur ascension qu'au parti? Combien sont-ils à avoir connu ces carrières qui conduisent, après deux ou trois ans à l'Université, d'un mouvement ou d'un syndicat de jeunesse à un cabinet ou une permanence parlementaire puis à un poste d'élu sans avoir jamais connu Pôle Emploi ni, finalement, ce qu'est la "vraie vie"? Les exemples se trouvent à foison en région (en Limousin, on a longtemps parlé de plassou pour désigner les postes ou le travail obtenu par accointance politique) et nationalement. Manuel Valls, titulaire d'une licence d'histoire, jeune socialiste puis attaché parlementaire, élu conseiller régional, membre du cabinet de Rocard, administrateur de la MNEF, délégué interministériel, membre du cabinet de Lionel Jospin, élu municipal, député, maire d'Evry, etc. Le parcours de Benoît Hamon est similaire - y compris la licence d'histoire... Bien entendu, tout cela est parfaitement légal mais payé par l'argent des impôts - locaux ou sur le revenu.
Quelles solutions? Elles seront difficiles à prendre, tant la professionnalisation dont on parle concerne de plus en plus d'élus, dont ceux qui font les lois... Mais on peut toujours rêver. Fixer, radicalement, un âge minimum pour accéder à la fonction de député, par exemple? Limiter, bien entendu, le nombre des membres des cabinets, à tous les échelons? Nommer comme membres de ces cabinets des gens ayant exercé une profession dans le champ de leur compétence? Avoir obligatoirement exercé une profession véritable (et non fictive) avant de pouvoir devenir élu ou membre de cabinet ou assistant parlementaire? Et plus largement, réformer de fond en comble la Constitution, en y introduisant également une dose de tirage au sort, tout comme les Athéniens qui inventèrent la démocratie. Et, puisque l'on parle d'eux, on relira avec plaisir et intérêt le Gorgias de Platon. 



samedi 18 février 2017

"Socialisme crépusculaire" et présidentielles...



Dans son livre (à succès) Le crépuscule des socialistes en Haute-Vienne, Robert Savy, ancien député et ancien président du Conseil régional du Limousin (région rayée d'un trait de plume par François Hollande...), écrit en conclusion que "le moment est peut-être venu pour les socialistes et pour toute la gauche d'engager une réflexion sur la manière de rendre leurs valeurs vivantes, localement, en France et en Europe, dans la société du XXIème siècle". C'est vraisemblablement ce qu'ont aussi voulu dire les électeurs limousins au second tour de la primaire socialiste en votant majoritairement pour Benoît Hamon et en désavouant de la sorte les élus qui, à l'exception notable de Jean-Claude Peyronnet, soutenaient Manuel Valls, et donc s'affichaient comme solidaires de son bilan. Comme le dit le philosophe Jean-Claude Michéa, "depuis son origine, la "gauche" (...) s'est toujours définie comme ce parti du "mouvement" et du "progrès" dont les ennemis constitutifs ne pouvaient être, par définition, que le "vieux monde", le "conservatisme" et la "réaction" (de ce point de vue, Macron est l'homme de gauche par excellence). La force de la critique sociale originelle (...) c'est (...) d'avoir tout de suite compris que la principale menace à laquelle l'humanité allait désormais se voir confrontée se situait (...) dans l'avènement progressif d'un ordre entièrement inédit. Celui que symbolisait ce nouveau monde industriel libéral (...) dont les premiers effets déshumanisants étaient du reste déjà clairement perceptibles." Et Michéa de citer Engels en 1845: "Partout indifférence barbare, dureté égoïste d'un côté et misère indicible de l'autre, partout la guerre sociale, la maison de chacun en état de siège, partout pillage réciproque sous couvert de la loi, et le tout avec un cynisme, une franchise tels qu'on est effrayé des conséquences de notre état social et qu'on ne s'étonne plus de rien, sinon que tout ce monde fou ne soit pas encore disloqué." (Le Nouvel Observateur, 9/02/2017). Cette remarque est d'une sidérante actualité, la situation s'est d'autant plus dégradée avec le passage au capitalisme financier et à sa mondialisation, ainsi qu'à la destruction de l'environnement. On s'étonne alors d'autant plus qu'une réflexion du Parti Socialiste, sociale, écologique... n'ait pas eu lieu lorsque François Hollande dirigeait le parti, ce qui a eu - entre autres résultats - pour conséquence cette "navigation à vue", parfois très éloignée des valeurs de la gauche, conduite (?) en particulier par François Hollande, Emmanuel Macron à Bercy et Manuel Valls à Matignon, sans parler de Najat Vallaud-Belkacem. L'idée d'une déchéance de nationalité, la "loi travail", la réforme du collège, la refonte des régions (...) ont suscité des oppositions parfois particulièrement vives et/ou tendues. Et, contrairement à ce que pourrait faire croire la communication gouvernementale, c'est toujours le cas. Il est étonnant que les "grands" élus du Limousin ne l'aient, pour la plupart (à l'exception de ceux de Creuse), pas compris, ce qui témoigne, finalement, d'une sorte d'éloignement des préoccupations du terrain, au point d'apparaître conservateurs. « C’est le signe d’une absence de flair politique, a observé Jean-Claude Peyronnet, ancien sénateur P.S. Ce vote correspond à ce que veulent les électeurs de gauche. » Rien qu'en Haute-Vienne, la participation, en hausse de près de 20 % au second tour de la primaire, a largement profité à Hamon. Au lendemain du vote, Gérard Vandenbroucke, n° 2 de la Nouvelle Aquitaine, soutien de Valls, déclarait: « Entre deux programmes, un réaliste et un autre laissant la part à l’envie et au rêve, il semble que les électeurs aient fait le choix de l’envie et du rêve. Mais le réalisme, ça peut aussi éviter des désillusions. » (Le Populaire du Centre, 30/01/2017). Comment ne pas se rendre compte, à l'issue d'un quinquennat qui ne permet même pas à François Hollande de se représenter, que c'est lui qui est responsable des désillusions? Désormais, les trois candidats socialistes aux élections législatives doivent préparer leur (ré)élection, avec Benoît Hamon comme nouvel homme fort, légitimé par les primaires. Ils doivent faire campagne alors que le P.S. a déçu et qu'il est à bout de souffle et que, localement, il a subi nombre de revers. Seule la suite (présidentielles, législatives...) va permettre de mesurer où en est le vieux parti d'Epinay, s'il survit difficilement ou s'il a la force et l'intelligence de se réformer - nationalement et localement. 

Il est bien compliqué pour le commentateur politique, même historien, de travailler sérieusement aujourd'hui, tant cette Vème République, elle-même à bout de souffle, semble moribonde en ce moment d'élections. Les surprises qui émaillent la campagne (élimination de Juppé, renoncement d'Hollande, montée en puissance de Macron, choix d'Hamon, ennuis de Fillon, etc.) ne facilitent pas l'analyse. Il y a un an, Jacques Attali affirmait qu'on ne connaissait pas alors celui qui serait président. Peut-être avait-il raison. En 2016, il affirmait toutefois qu'Emmanuel Macron "fait partie de cette nouvelle génération dont le pays a besoin. Je l'ai dit il y a longtemps et je continue à le penser : les Français aimeraient élire un inconnu, ils aimeraient faire table rase de la classe politique. De ce point de vue, Emmanuel Macron représente le désir des Français de remplacer totalement leur classe politique. Les Français veulent une révolution." (France Info, 26/10/2017) Mais ce qui semble certain, c'est que malgré ses propres casseroles, Marine Le Pen est en passe non seulement d'être au second tour mais, désormais, de gagner l'élection présidentielle. Une vague de mécontentement, vieille de plusieurs années, de décennies, nourrie par la désillusion (Sarkozy, Hollande), le mépris, l’écœurement, la souffrance (professionnelle, territoriale, personnelle...) alimente cette probabilité que seuls les aveugles ne veulent pas voir. Les affaires d'argent qui plombent la campagne des Républicains la renforcent comme, à ce jour, la désunion de la gauche (Jadot, Mélenchon, Hamon). Tandis que les socialistes confient en off  qu'ils pourraient n'avoir qu'une cinquantaine de circonscriptions, les stratèges du F.N. avancent qu'il pourrait y avoir un triomphe de leur parti en cas de victoire de Marine Le Pen. Tout est incertain, et l'on ne croit plus les sondages. En tout cas, les législatives seront au moins aussi importantes que la présidentielle pour la suite. 

Et, localement, mais nous y reviendrons probablement, la situation spécifique - l'évolution - sur la commune de Limoges, où la pauvreté et l'incertitude sociale semblent aussi gagner du terrain, pourrait surprendre. Les résultats électoraux devront donc y être finement analysés afin d'envisager les prochaines municipales.

lundi 23 janvier 2017

Environ 9 000 votants de moins qu'en 2011 pour le 1er tour de la Primaire du PS en Haute-Vienne

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Le P.S. n'aura pas pu éviter, à nouveau, des cafouillages de comptabilité, mais il est clair que Benoît Hamon est bien arrivé en tête de la primaire organisée par son parti, avec pour invités quelques petits candidats autorisés. Au moment où j'écris ces lignes, fort du soutien d'Arnaud Montebourg, il semble favori du second tour face à Manuel Valls, qui doit assumer une large partie du bilan Hollande (dont l'usage répété du 49.3, l'idée de la déchéance de la nationalité, la loi travail, la réforme contestée du collège, les cadeaux fiscaux aux entreprises sans contrepartie, etc.). Apparatchik socialiste comme Manuel Valls, Benoît Hamon s'est cependant imposé comme le chef des "frondeurs" et comme le leader, devant Montebourg, de la gauche du Parti Socialiste - parti dont le chef n'aura guère brillé durant le mandat hollandais. Il aura su imposer ses thèmes de campagne (comme François Fillon à droite), en particulier le revenu universel, concept tout à fait légitime à gauche, en tout cas plus que le CICE! Très fragilisé, le Parti Socialiste va devoir résister à ce schisme profond entre "social-libéralisme" vallsien (qui avait été rejeté en 2011) et coup de barre à gauche. Certains proches de l'ancien 1er ministre évoquant déjà en catimini - selon France 2 - leur possible ralliement à Emmanuel Macron en cas de victoire de Benoît Hamon.

En Limousin - d'après les chiffres communiqués par Le Populaire du Centre le 23 janvier - Manuel Valls - soutenu par tous les "grands" élus - arrive en tête en Haute Vienne (38,43% contre 32,55% pour Hamon), en Corrèze également (où quelques facétieux un peu masochistes ont glissé des bulletins au nom de François Hollande... - 37,43% contre 33,65%), mais la Creuse s'affirme plus à gauche, en donnant 41,52% des voix à Hamon contre 31,98% à l'ancien 1er ministre. Michel Vergnier, député-maire de Guéret, soutenait d'ailleurs Benoît Hamon. On note que dans les deux départements où Valls est en tête, Hamon ne décroche pas. A Tulle, fief hollandais, Valls ne devance son rival que d'une trentaine de voix. A Limoges, seuls 2% les séparent. Finalement, le soutien de tous les "grands" élus haut-viennois n'a pas été aussi suivi qu'ils auraient pu le penser. « Soutenir Manuel Valls, avait pourtant déclaré Laurent Lafaye, candidat aux législatives sur l'ancienne circonscription d'Alain Rodet, c’est une forme de reconnaissance de l’action menée. C’est de la cohérence. »

Mais ce qui est très frappant et, il faut bien le dire, guère étonnant, par rapport à la primaire de 2011, c'est que si plus de 11 000 personnes se sont déplacées pour voter, leur nombre est inférieur d'environ 9 000 par rapport à 2011. Une importante baisse, comme à l'échelon national, qui témoigne manifestement du désamour des habitants du département par rapport au P.S. et à ses alliés, mais également de leur déception par rapport à la politique menée par François Hollande depuis 5 ans et Manuel Valls de mars 2014 à décembre 2016. Mais - qui sait ? - la dynamique Benoît Hamon va peut-être déplacer les sympathisants qu'il reste au P.S. vers les bureaux de vote? 

Après la possible victoire de Benoît Hamon, certains pourraient rêver d'une union de la gauche, avec Yannick Jadot (le programme de Hamon prend en compte les problèmes environnementaux) et, pourquoi pas, avec Jean-Luc Mélenchon. Un an après la commémoration - discrète il est vrai, notamment en Limousin - de 1936, cela aurait du sens. Seule l'union permet la victoire. Et puis ce serait une belle façon de renouer avec l'esprit de Jean Jaurès, dont on se souvient du discours à la jeunesse, en 1903: " (...) le courage, c’est d’aimer la vie et de regarder la mort d’un regard tranquille ; c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense. Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. » Mais on est loin du compte et puis Macron, Fillon et Le Pen sont en embuscade...