lundi 29 août 2016

Il faut sauvegarder et valoriser le baptistère!

En 2005, une fouille archéologique a permis la découverte à Limoges d’un des plus vastes baptistères des Gaules (290 m2), composé d’une salle hexagonale de plus de dix mètres de diamètre – au centre de laquelle se trouvait une piscine baptismale de forme circulaire – et de six pièces périphériques quadrangulaires ouvrant sur l’hexagone central. Ce monument fut transformé en église dans le courant du haut Moyen Âge. 
Malheureusement ce lieu à la fois archéologique, historique et symbolique situé en face de la cathédrale n'est aucunement mis en valeur, et s'est transformé en terrain vague - verrue fort laid. Il y aurait pourtant de la cohérence touristique et pédagogique à l'aménager, à identifier et présenter le baptistère. 



vendredi 26 août 2016

La place du Vieux Marché à Rouen... une idée pour la place de la République à Limoges?




Les amateurs d'histoire connaissent cet endroit sans toujours le savoir: la renommée de la place est liée au supplice de Jeanne d'Arc qui y fut brûlée vive le 30 mai 1431 (à Limoges, c'est place Fournier qu'est commémorée la pucelle d'Orléans).
Contrairement à Limoges, les immeubles qui bordent la place normande ont conservé un aspect traditionnel, notamment avec les maisons à colombages. En dehors de l'église contemporaine inaugurée en 1979, on y trouve des terrasses de café très fréquentées, en particulier l'été, et des vestiges archéologiques cristallisés bordés de pelouse, sur lesquels on peut s'asseoir pour lire, se détendre, discuter. Le tout entouré par une promenade de pavés.

mardi 16 août 2016

Il faut rétablir un service national universel, militaire et civique, de 10 mois…



Une réforme nécessaire qui redevient d’actualité mais devrait être complétée par celle de la vie politique française, par une nécessaire réflexion sur les valeurs de la République – non réduites à la question de « l’identité »  –, en particulier celle de l’égalité.

            La question redevient d’actualité, notamment suite aux menaces qui planent sur la France, et face au communautarisme inquiétant qui gagne dans le pays. Jacques Chirac n’avait pas eu la volonté ou le courage de réformer cette institution qui semblait arrivée en bout de course, en particulier en raison des inégalités (modalités d’appel, de sursis, d’affectation, etc.). Le service national a donc été supprimé et ni Nicolas Sarkozy, ni François Hollande ne l’ont rétabli. Plusieurs générations – en vingt ans – n’ont donc pas vécu ce temps contraint mais qui, malgré tout, permettait, bon an mal an, de recevoir une formation, militaire certes, mais aussi, pour certains, scolaire, aux premiers secours ou à la conduite ; d’acquérir une certaine discipline de vie, d’éprouver ses capacités et ses limites ; et de vivre en communauté, plus ou moins brassée socialement. Ainsi, étudiant en histoire sursitaire issu de la classe moyenne, ai-je côtoyé, durant mon service d’un an, des analphabètes et des jeunes en grande difficulté sociale. Une bonne façon de sortir de « l’entre-soi ».
            Aujourd’hui, le service civique concerne une infime partie de la jeunesse, sur la base du volontariat. Nombre d’étudiants qui choisissent de le faire le conçoivent plus comme une sorte de stage que comme un véritable engagement citoyen.
            Aujourd’hui, l’Ecole de la République, malmenée pour diverses raisons, ni refondée par la droite, ni par la gauche, malgré les promesses des uns et des autres, ne semble  capable de transmettre efficacement les valeurs républicaines – malgré les efforts des enseignants –, puisque, privée des moyens dont elle aurait besoin, elle reproduit, particulièrement au collège, les inégalités sociales. Face aux difficultés et aux communautarismes qui gagnent du terrain, l’institution propose moins de contenus et plus de « bienveillance ». Quant à la « culture de l’effort », au respect du « maître » et des autres, ils seraient passés de mode… et au lieu de sanctuariser les établissements scolaires de l’omniprésence (et potence) des « réseaux sociaux », la priorité est au numérique. Ceux qui connaissent un tant soit peu l’enseignement savent que tous les efforts, depuis plusieurs années – décennies ? – auraient dû être faits à l’école primaire et dans l’apprentissage sans concession de la langue française, à la base de tout le reste, en particulier d’une culture commune et exigeante garantissant une égalité réelle. Longtemps, l’école républicaine permit à certains une véritable ascension sociale, ce n’est plus le cas aujourd’hui.
            Sans être une panacée idéale, le rétablissement d’un service civique obligatoire et universel – y compris, bien entendu accompli par les filles – serait plus utile que sa disparition. Le moment idéal pourrait être, pour une classe d’âge, l’année qui suit le passage du baccalauréat, d’une manière générale l’âge de 18 ans. Il serait la condition sine qua non pour poursuivre des études supérieures, suivre une formation, passer un concours d’entrée dans la fonction publique. Les dispenses devant se limiter à des raisons de santé ou de soutien de famille. Un brassage social devant obligatoirement être effectué dans les affectations.
            Concrètement, comment ce service obligatoire équivalent à une année universitaire pourrait-il s’organiser ? Par une période préalable d’environ trois mois comprenant à la fois, sous la direction de militaires, policiers, professeurs… des activités sportives en commun (rien de tel que l’effort en commun pour mieux se connaître soi et les autres), de formation de base à la défense, à la police, aux secours, au civisme[1] et aux valeurs républicaines (droits des hommes et des femmes mais aussi devoirs). Ce service pourrait également permettre d’établir un bilan générationnel sur le plan de l’alphabétisation, de l’état de santé physique et mental, de (re)faire un travail d’orientation scolaire, universitaire, de formation qualifiante. Utilisant la discipline de manière intelligente, il permettrait aux jeunes d’éprouver et de réfléchir au respect mutuel et à la vie en communauté sans communautarisme, à se préparer, aussi, aux gestes adéquats en cas d’attaque ou de danger. Au bout de cette première formation, environ sept mois pourraient être occupés différemment selon à la fois le bilan opéré et les goûts des appelés : participation à des activités de défense et/ou de police, au moment où la menace est à son maximum ; engagement au sein d’institutions, d’associations… ayant besoin de plus d’intervenants (écoles, collèges, lycées, associations de quartiers, de préservation de l’environnement, hôpitaux, services pénitentiaires, etc.) ; poursuite de formation (alphabétisation, conduite, secours, etc.).
            Cette période obligatoire de dix mois devrait être suivie d’une période de réserve obligatoire de 3 à 5 années (avec exercices divers, formation complémentaire, participation à l’encadrement des appelés, renforcement de certaines équipes selon sa formation initiale, etc.), pouvant déboucher pour ceux qui le souhaiteraient sur une période de réserve facultative.
            Que l’on ne nous dise pas que tout ceci est impossible, pour diverses raisons : ce service national d’inspiration révolutionnaire – au sens historique français –, a déjà plus ou moins existé en France, et existe, selon diverses modalités, dans différents pays du monde – réserve comprise. Surtout, que l’on ne prétexte pas de son coût financier : l’argent existe dans notre pays qui est l’un des plus riches au monde – mais la redistribution en est à revoir – et le profit social sera sans conteste plus grand que la dépense.
            (Nul doute enfin que tous les jeunes qui s’amusent à chercher à attraper des pokemons, à jouer au laser game, au paint ball ou à l’air soft, auront plaisir à pratiquer un peu d’activités militaires de base).
                       


[1] Il va sans dire que la formation au civisme des jeunes doit s’accompagner d’une réforme de la vie politique pour plus de moralisation de celle-ci (exemplarité des élus, mandats limités et non cumulables, etc.).

lundi 18 juillet 2016

La disparition de Frédéric Bazin



 Photos ci-dessus: en juin 2007, Frédéric Bazin propose une exposition sur la presse underground à la Bfm de Limoges, lors de mon festival "Revues et bla bla bla"

En 2006, Frédéric propose un stand de la librairie Livresse au Pavillon du Verdurier, dans le même cadre


Un grand ami s'en est allé.

Je le connaissais depuis le début des années 1980, depuis qu'il avait encouragé ma revue littéraire naissante, Analogie. Et notre amitié, fidèle, était discrète. Il m'a finalement plus prouvé la sienne que moi la mienne...
Frédéric avait créé la librairie de livres anciens Livresse, qui voyagea de Limoges à Brive en passant par Feytiat. J'y trouvais régulièrement mon bonheur.
Frédéric était aussi l'âme du salon du livre ancien de Limoges - à l'occasion duquel je l'ai vu pour la dernière fois à la Toussaint 2015. Il y a trop longtemps, avant que le crabe accomplisse son oeuvre dévastatrice. J'aimais y vagabonder, y découvrir des merveilles, y rencontrer des amis.
L'un de nos meilleurs moments aura sans doute été son invitation à dédicacer dans sa librairie briviste mon essai L'ivresse des rimes. "Tu comprends, dans ma librairie Livresse, je ne pouvais pas faire autrement". Nous avions beaucoup parlé, il s'était un peu livré et puis, en fin d'après-midi, nous avions partagé un vin de Bourgogne qu'il avait débouché pour la circonstance...
A partir d'aujourd'hui, il reposera dans la terre du Lot, et je ne l'oublierai jamais.


dimanche 10 juillet 2016

Réaménagement de la place de la République à Limoges: le changement, c'est maintenant!



Ci-dessus, photographies de la photothèque de Paul Colmar publiées dans notre livre Limoges années 1950 1960 1970 chez Geste Editions (2015):
destruction de l'ancien mail de la place, du théâtre Berlioz, vue aérienne de l'ancien cirque-théâtre.


On ne reviendra pas sur les destructions et constructions malheureuses de l'ère Longequeue. La place de la République - ancienne place Royale - a été irrémédiablement abimée, pour laisser place à une architecture années 60 qui lui a enlevé tout son cachet. Les vestiges de l'abbaye Saint-Martial qui n'ont pas disparu ont été alors entassés dans une crypte sur le côté, dont l'entrée était particulièrement mal mise en valeur, à la périphérie du parking souterrain.
Pendant quatre décennies, habitants et touristes ont foulé une triste place grise, à peine égayée par un bassin et un manège, puis par des terrasses, sans souvent savoir que leurs pas les conduisaient sur les traces d'une formidable abbaye médiévale dont je parle dans mon Histoire de Limoges (Geste Editions, 2014): c'était un lieu de spiritualité, et encore plus de culture, avec ses ateliers d'orfèvrerie, d'émaillerie, ses expériences musicales, en lien avec les troubadours, la réflexion architecturale qu'on y mena - le tout sur l'itinéraire du pèlerinage de Saint-Jacques. Lieu exceptionnel dans le royaume de France et au sein de la Chrétienté européenne. Jusqu'à il y a peu, rien ne le rappelait.
A la faveur de fouilles conduites ces dernières années, grâce à l'impulsion d'associations comme Renaissance du Vieux Limoges, mais aussi d'avis donnés par divers historiens et spécialistes du patrimoine - y compris sur ce blog - la place de la République et son (ré)aménagement sont devenus un enjeu politique, surgi notamment au moment de la campagne des élections municipales de 2014 qui vit la victoire de la liste UMP-centre droit conduite par Emile-Roger Lombertie. Incontestablement, comme Vincent Léonie, adjoint chargé du patrimoine, Xavier Lhermite, archéologue et moi-même, le disions dans l'émission de Jérôme Cadet "Les informés du Tour" lors du passage du Tour de France à Limoges, on constate un renouveau de l'intérêt des Limougeauds pour leur patrimoine, et pour cette place centrale, et l'actuelle municipalité l'a bien compris - faire un aménagement réussi du lieu serait pour elle un pas important vers une nouvelle victoire. Le marché de Noël redynamisé qui s'y déroule désormais montre combien la place de la République pourrait redevenir un lieu de vie incontournable du centre-ville. La municipalité de droite veille scrupuleusement à écouter la population sur ce sujet et à l'informer, par exemple du résultat des fouilles conduites: cela passe par des panneaux explicatifs in situ et des soirées à l'opéra-théâtre, qui surprennent par le nombre élevé des personnes présentes... Notons que l'éphémère mais réactif mouvement "Nuit Debout", né de la déception face à la politique de François Hollande et à la "loi travail", s'est installé sur cette place, lui conférant une symbolique politique (c'était aussi là que c'était cristallisé l'opposition au Front National entre les deux tours de l'élection de 2002).

L'heure est désormais aux décisions.
Les fouilles conduites sur la place ont montré leur grand intérêt.

Cliquer ici à ce sujet

Désormais, l'heure est à l'aménagement. Nous avons déjà écrit sur ce blog à ce propos. Il est évident que la tradition d'enfouissement qui a prévalu à Limoges depuis des dizaines d'années, en particulier pour les vestiges gallo-romains (notamment d'Augustoritum, sur l'emplacement de l'actuelle médiathèque), doit en partie cesser. Les Limougeauds le veulent, les touristes en feront leur miel. Depuis presque dix ans, la ville a obtenu le label Ville d'art et d'histoire, mais n'a pas réalisé le Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine (CIAP) que prévoit la convention. Certes, le Musée des Beaux-Arts accueille de belles salles consacrées à l'histoire de la ville, mais on doit envisager leur déplacement raisonné vers une nouvelle structure dédiée - libérant ainsi par ailleurs de nouveaux espaces pour montrer les oeuvres en réserve au musée. Se pose la question de l'implantation du Centre: soit un bâtiment nouveau place de la République (attention à l'architecture, par pitié!), ou l'utilisation de deux bâtiments situés non loin de la place, dont un appartient déjà à la Ville et bénéficie d'une très belle architecture: le pavillon du Verdurier (mais serait-il assez grand?) qui pourrait être associé, dans une démarche dynamique de parcours, à la chapelle du lycée Gay-Lussac rénovée - c'est un lieu historique important, que l'on a connu très visité à l'époque des biennales de l'émail qui mériteraient d'être réinventées! L'autre lieu, idéalement situé à une porte du centre-ville, entre place Jourdan et place de la République, étant l'ancien hôtel de commandement militaire, très beau bâtiment à réhabiliter, doté d'un joli parc... Endroit où l'équipe centre-droit de Pierre Coinaud rêvait d'aménager un musée de l'impressionnisme.
La présence des vestiges médiévaux mis en valeur et l'éventuel CIAP suffiraient à drainer un large public - c'est le cas, à travers la France, de tous les lieux antiques ou médiévaux ainsi présentés (Bavay, par exemple, dans le Nord).
Mais cet aménagement ne saurait suffire. Il faut réfléchir à l'esthétique - sans tomber dans les excès contemporains qui avaient par exemple prévalu place d'Aine ou la froideur de la place de la cathédrale, revoir le revêtement. Bien entendu maintenir les terrasses, peut-être remettre un bassin (repensé) en eau, pourquoi pas un manège, un simple boulodrome festif - amusant en centre-ville et toujours automatiquement investi, remis à la mode par la culture bobo, bordé d'arbustes ou de fleurs, préserver un espace pour des activités ponctuelles  et de la végétation décorative au moins sur les pourtours.

Place Fournier avant le réaménagement de la place de la République
Photothèque Paul Colmar/Limoges années 1950 1960 1970 (Geste Editions, 2015)

L'occasion - en cas de volonté politique vraiment ambitieuse - de repenser le plan de circulation. Supprimer les places de stationnement de la rue Saint-Martial, rendre celle-ci piétonne et remettre en valeur la place Fournier et la statue de Jeanne d'Arc. Impliquer la direction des Galeries Lafayette pour qu'ils envisagent une autre décoration que celle, colorée mais décatie, des années 70 qui borde les escaliers. Mener avec les autres commerçants une réflexion à propos des façades. Et surtout: réserver la rue Jean Jaurès aux piétons, cyclistes et trolleys, pour en faire un lieu de promenade et commercial charmant, entre la place et les autres rues piétonnes.Voilà près de 25 ans que cette réflexion a été menée à Strasbourg et ailleurs, ne désespérons pas pour Limoges!
On le voit, les enjeux, historiques, culturels, urbains et politiques, économiques, sont d'envergure. Il ne saurait être question de les ignorer ou de ne faire que des "mesurettes": c'est une partie de l'avenir de notre ville qui se joue aujourd'hui. Bien entendu, ce réaménagement ne saurait occulter d'autres aménagements nécessaires: l'entrée de ville des Casseaux et les bords de Vienne (port du Naveix, four à porcelaine...); mise en valeur du baptistère aujourd'hui à l'abandon; mise en valeur également du four à porcelaine situé derrière l'hôtel de police...
Pour ces réflexions, ces combats, les édiles nous trouveront toujours à leurs côtés.